Édito du 16 juin 2022

Le pape a mal au genou !

Le Pape François ne pourra pas présider la procession du Saint-Sacrement pour la Fête-Dieu, car il a mal au genou. Cela pourrait être un détail tout à fait anecdotique. Mais cela nous rappelle que nous sommes des êtres de chair. On a beau être pape, exercer une immense autorité spirituelle… on n’en reste pas moins un être de chair et de sang. C’est justement le sens de la Fête-Dieu : c’est la fête du Corps et du Sang du Seigneur. Dieu a voulu prendre un corps humain pour être au plus près de nous. La foi chrétienne n’est pas une mystique éthérée, c’est une spiritualité charnelle. C’est dans notre chair que nous rencontrons Dieu. C’est toujours très émouvant, en donnant la communion, de voir la diversité des mains qui se tendent pour recevoir Dieu. Il y a des mains d’enfants, des mains d’adolescents tachées d’encre, des mains d’adultes, des mains à la peau ridée, des mains que l’arthrose empêche de s’ouvrir pleinement, des mains calleuses de paysans… C’est dans notre chair que nous recevons Dieu. J’aime prier à genoux, marquer dans mon corps l’amour qui s’abaisse devant Dieu pour adorer. Notre prière chrétienne est une prière du corps, parce que Dieu s’est fait chair. L’été est aussi le temps des pèlerinages et des pardons, le temps des processions et des fêtes. Là encore, c’est dans notre corps que se fait la rencontre de Dieu. Après le pèlerinage des femmes le week-end dernier, ce sera le pèlerinage des époux et des pères, le 1er week-end de juillet, le pèlerinage des jeunes fin août. Les pèlerinages et les processions sont autant d’occasions de prier avec ses pieds le Dieu qui est venu marcher sur nos routes. Et puis au-delà des grands pèlerinages, il y a simplement cette marche que chacun de nous peut faire, jusqu’à l’église, jusqu’à une chapelle ou un calvaire.

Et un jour, comme le pape, nous faisons l’expérience que notre corps ne nous suit plus. Nous faisons dans notre chair l’expérience de la fragilité, comme le Christ fatigué par la route, comme le Christ qui porte la croix. Nous avons célébré le sacrement des malades cette semaine, pour une trentaine de personnes à Rumengol, 2 jours après le pardon de la Trinité. Que ce soit par l’âge, par la maladie, ou simplement par les limites ordinaires de notre humanité, nous éprouvons dans la chair que nous ne sommes pas tout-puissants. Dieu seul est tout-puissant… et il a voulu restreindre sa puissance en assumant un corps humain. La fête du Corps et du Seigneur est l’occasion d’adorer l’immense amour de Dieu, qui vient ainsi à notre rencontre. C’est l’occasion de remettre avec confiance entre ses mains nos fragilités, nos pauvretés, nos blessures, nos maladies… Adorons Dieu dans un corps semblable au notre, pour qu’il nous rende semblable à lui.

Sur notre paroisse, comme dans beaucoup d’autres, des temps spécifiques d’adoration eucharistique sont proposés. Comme prêtre, lorsque je célèbre la messe et que je tiens l’hostie dans mes mains, je me dis que je voudrais faire durer cet acte d’amour. C’est l’origine de la Fête-Dieu : prolonger ce que nous vivons à la messe, en ayant un temps dédié à l’adoration du Corps du Christ. Cette fête est peut-être pour vous l’occasion de redécouvrir cette manière d’aimer Dieu par le regard. Celui que je reçois dans mes mains et dans mon cœur, je le regarde et je me laisse regarder par lui. Il faut aussi rappeler qu’en dehors de l’adoration eucharistique, il est bon aussi de venir simplement dans le secret de l’église, adorer Dieu dont le corps est présent au tabernacle. Il est là, invisible mais offert. Le Seigneur au tabernacle est un peu comme ces chrétiens que l’âge ou la maladie empêchent de sortir de chez eux, mais qui continuent à assurer une présence de prière et d’amour dans notre Église. Et il est bon de visiter nos frères malades… et il est bon de visiter le Seigneur au tabernacle.

Le pape a mal au genou… c’est sûrement un beau signe pour la fête du Corps et du Sang du Christ… mais souhaitons lui quand même un prompt rétablissement !

Belle Fête-Dieu à tous !

Père Erwan, curé.