Édito du 30 juin 2022

Un ascenseur

Mercredi dernier, nous avons fêté les 60 ans d’ordination de Job. C’était le 29 juin 1962, quelques semaines avant l’ouverture du concile. Que d’événements dans une vie de prêtre ! Lundi, j’ai célébré la messe avec un oncle jésuite qui venait de fêter ses 100 ans… et la veille j’étais à l’ordination d’un ami.

A première vue, bien des choses séparent ces vies. Pourtant, le cœur de leur appel est le même. Il s’agit d’aimer le Christ, en le faisant connaître et aimer. Qu’il soit prêtre ouvrier ou curé de paroisse, retraité ou tout juste ordonné, le prêtre a l’immense privilège d’être plongé au cœur des moments les plus forts de la vie des gens. A l’occasion d’un mariage, d’un baptême ou d’un décès, les cœurs s’ouvrent et le prêtre en est le témoin privilégié. Il a aussi pour mission d’accompagner et d’écouter, en de très nombreuses occasions.

C’est pour cela que lors de son ordination, on lui demande d’être d’abord un homme de prière. La mission du prêtre, c’est de faire monter le monde vers Dieu et de faire descendre sur le monde la miséricorde de Dieu. Toutes les rencontres qu’il fait au long de sa journée, toutes ces questions, ces cris, ces révoltes, ces joies auxquelles on l’associe, le prêtre les présente à Dieu dans la prière, à travers la liturgie des heures, c’est-à-dire les laudes, les vêpres et les autres offices de la journée. Cette « liturgie des heures » vient sanctifier ainsi le temps des hommes, le monde dans lequel le prêtre est plongé.

En retour, le prêtre a la charge de faire descendre sur le monde la miséricorde de Dieu. Un ascenseur cela sert à monter et à descendre (bien qu’on ne l’appelle pas un « descenseur ! ») Eh bien le prêtre c’est pareil : il est ministre de la réconciliation. Dieu aime ce monde. Et parce que tant d’hommes et de femmes ont besoin d’entendre une parole qui relève, Dieu a confié à son Église le ministère de la réconciliation. Si certains ont pu garder le souvenir lugubre de confessionnaux humides et sombres, nos vies de prêtres attestent que le sacrement de la miséricorde c’est tout sauf cela. J’y pensais en rentrant de l’ordination de ce jeune prêtre, dimanche dernier. J’ai pris le train à une gare que je fréquentais souvent comme étudiant… et je me suis souvenu avoir demandé le sacrement du pardon sur ce quai de gare, à mon aumônier scout. J’ai donné le sacrement du pardon, au cours de dîner de mariage, sur des bateaux, sur la plage. J’ai été ministre de la réconciliation dans des chambres d’hôpitaux ou sur des chemins de randonnée. Dans la diversité de leurs ministères, les prêtres peuvent témoigner de la beauté de ce sacrement, de la force qu’il donne à ceux qui le reçoivent, de la joie qu’il y a à voir des frères être ainsi relevés par Dieu lui-même.

Le prêtre est donc comme un ascenseur, qui fait monter le monde vers Dieu et fait descendre la miséricorde de Dieu sur le monde. Ce double mouvement, c’est particulièrement dans l’eucharistie que nous le vivons, puisque nous offrons le monde à Dieu et que nous faisons entrer Dieu dans la matérialité du monde. Nous présentons à Dieu le fruit de la terre et du travail des hommes, nous offrons aux hommes, le corps du Christ. C’est une même réalité matérielle, une simple hostie, par laquelle le monde est offert à Dieu et Dieu aux hommes.

Je me réjouis pour les 60 ans de ministère de Job, pour les presque 70 ans de ministère de cet oncle jésuite, pour les premiers jours de ministère de ce jeune prêtre… et je rends grâces d’être, depuis 10 mois, votre curé.

P.Erwan