Publié dans Santé

Réflexion - Vincent Lambert, cette "mort programmée" est-elle morale ? par le Père Jean-Michel MOYSAN, Prêtre référent Pastorale Santé

L’arrêt de l’hydratation et de la nutrition a été relancé (mardi 2 juillet) par le Dr SANCHEZ, le médecin de Vincent LAMBERT à l’hôpital de Reims, suite à l’arrêt de la Cour de cassation du vendredi 28 juin dernier.

Cette reprise semble "condamner à mort" Vincent LAMBERT. Tous les recours juridiques ont été épuisés, paraît-il, pour arrêter la mise en œuvre de la décision prise en 2013 par le Dr Éric CARIGER et l’équipe médicale d’arrêter ces traitements. Cette décision était appuyée par son épouse Rachel et une partie de la famille. On sait qu’entre temps, les parents de Vincent, Viviane et Pierre LAMBERT ont contesté cette décision par divers recours auprès du Conseil d’État de la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) pour qu’il continue à vivre. Ils ont été déboutés par des arrêts juridiques divers pris par ces deux cours : cela signifie que la décision d’arrêt de la nutrition et de l’hydratation a été faite selon une interprétation permise par la loi Léonetti d’une part (2005) et de la loi Clayes-Léonetti d’autre part (2016).

Mais le légal est-il le moral ? Quelles idées morales ont-elles été amenées ces temps derniers, notamment par l’Église, mais pas uniquement. La principale est celle-ci : Vincent LAMBERT n’est pas en fin de vie, il est victime d’un handicap grave comme 1 700 personnes en état de conscience minimale en France. Et le fait de ne pas le nourrir et de l’hydrater lui donne la mort par le fait même.

En fin de vie, ce qui provoque la mort, c’est la maladie, la vieillesse et le délabrement du corps et non l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation.

Lorsque l’on n’est pas en fin de vie, c’est l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation qui provoque la mort. La personne meurt faute d’avoir été nourrie.

A-t-on le droit éthiquement parlant de le faire ? Ceci n’est-il pas une euthanasie ? Pour l’Église, arrêter la nutrition et l’hydratation est moralement possible quand on est en fin de vie et lorsque ces soins apportent plus d’inconvénients que d’avantages. Cette proportionnalité entre biens et désavantages doit être évaluée. Rappelons la définition de l’euthanasie propre à l’Église : « Par euthanasie au sens strict, on doit entendre une action ou une omission qui, de soi et dans l’intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur. L’euthanasie se situe donc au niveau des intentions et à celui des procédés employés. » (Jean-Paul II, Évangile de la Vie § 65)

C’est un des points aveugles de la loi Clayes-Léonetti qui voulait ne pas verser dans l’euthanasie. Les déclarations d’Église récentes écrits par Mgr Éric de MOULINS BEAUFORT et Mgr Bruno FEILLET (13 mai 2019) et le texte du Groupe de Bioéthique du Conseil permanent de l’épiscopat présidé par Mgr d’ORNELLAS (18 mai 2019) rappellent que nous avons là un être humain jusqu’au bout et que la solidarité demande de le nourrir pour qu’il ne meure pas, car il n’est pas en fin de vie. Il n’y a pas que l’Église sur cette position. L’Union nationale des Associations françaises des traumatisés crâniens et des cérébraux lésés défend la vie de Vincent LAMBERT. Elle relaie la position de ses membres, Philippe PETIT écrivant au Président de la République : « Alors que M Lambert n’est pas en fin de vie, son médecin va mettre fin à son existence, dans le cadre d’une procédure qui s’inscrit dans un angle mort de la loi actuelle. En effet, il s’agit d’interrompre la nutrition et l’hydratation artificielles d’une personne en état dit végétatif chronique, en désaccord avec une partie de sa famille, sans qu’elle puisse exprimer sa volonté, et en l’absence de directives anticipées formalisées ou de désignation d’une personne de confiance. Je suis le père d’une des quelque 1 700 personnes en situation comparable, et cela nous terrifie. Vous qui êtes épris d’humanisme et de philosophie ne pouvez pas admettre que cette question du sens d’une vie se réduise au respect d’une procédure, fût-elle légale… »

Le professeur, Emmanuel HIRSCH, professeur d’éthique médicale à l’université Paris-Saclay, dans plusieurs tribunes au Figaro, dit ceci : « Jusqu’à ce jour M. Vincent LAMBERT a témoigné, résolu à vivre dans le confinement d’une chambre d’hôpital, d’un non-abandon, d’un non-renoncement à son existence. Personne ne peut affirmer que cet acte de résistance est dénué de signification et que, sans être en capacité de l’exprimer, il manifeste ainsi son attachement à être toujours présent. Cette énigme interroge. » (29 juin 2019) et « nous ne pouvons pas nous satisfaire de la légalisation d’une mort donnée » (2 juillet 2019)

L’affaire Vincent LAMBERT a divisé une famille et a provoqué beaucoup de violence de part et d’autre. Elle a divisé également les Français à travers les média globalement favorables à l’arrêt de la nutrition. Dans cette question, il s’agit de réfléchir sur l’éthique en jeu et non de se mettre en guerre ni de crier victoire d’un bord ni d’un autre, mais d’être sobre dans la mise en lumière de cet aspect de la vérité et de ce qu’elle demande éthiquement parlant : Vincent LAMBERT n’est pas en fin de vie… il doit donc être protégé. Un jour viendra où il faudra réfléchir à question suivante : comment en est-on arrivé là ?

Prions pour lui, pour sa famille, pour Rachel son épouse qui a beaucoup souffert de la situation depuis des années, pour ses parents… pour que la paix revienne !  


Père Jean-Michel MOYSAN,
Prêtre référent Pastorale Santé, diocèse de Quimper et Léon - 7 juillet 2019