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Publié dans L'évêque

Homélie de Mgr Dognin

Chers Amis,

Ne trouvez-vous pas un peu bizarre de célébrer l’ordination diaconale de Sébastien DAVY à la veille de Noël ? Ce n’est pas courant, c’est le moins qu’on puisse dire !

Cependant, les textes de la liturgie, qui nous introduisent dans le Mystère et la joie de Noël, nous montrent à quel point notre foi doit nécessairement s’incarner dans notre vie pour porter du fruit. Cela donne une coloration particulière à cette ordination.

Elle nous fait toucher du doigt qu’accueillir le Christ dans notre vie, cela doit nous bouleverser et engager toute notre existence à nous mettre à son service et à celui de nos frères, chacun selon notre vocation bien évidemment.

En méditant cet Évangile, nous sommes touchés par la foi de la Vierge Marie et sa disponibilité à l’Esprit Saint comme le dit sa cousine Élisabeth : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». C’est la foi de Marie qui a permis à la Parole du Seigneur, de s’incarner en elle. Et c’est toujours sa foi et celle de Joseph, qui a permis à Jésus, le Verbe de Dieu, de s’incarner dans le monde afin de le sauver.

La foi de Marie, sa confiance, a été source d’une immense fécondité parce qu’elle s’est engagée. Elle a mis sa vie a disposition du Seigneur. Elle s’est offerte !

Nous-mêmes sommes appelés à accueillir le Christ dans notre vie et à nous engager. Pas comme Marie évidemment mais, comme elle, nous pouvons faire l’expérience de la joie d’Élisabeth. Heureux sommes-nous d’avoir cru à l’accomplissement des paroles que nous avons reçues du Seigneur.

Noël, c’est accueillir le Christ, le Verbe, la Parole vivante de Dieu. Elle n’est pas seulement bonne à entendre et à remuer nos cœurs. Elle doit aussi remuer nos corps. Comme le dit l’auteur de la lettre aux Hébreux en citant le psalmiste : « Tu n’as voulu ni sacrifice, ni offrande, mais tu m’as formé un corps. » et plus loin : « Nous sommes sanctifiés par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes. »

Nous pouvons avoir une foi profonde, mais si elle ne s’incarne pas dans notre corps, c’est-à-dire dans tout ce que nous sommes et toutes nos activités, cela ne sert à rien et ne produit pas de fruit.

Comme le dit Saint-Paul dans sa lettre aux Romains : « Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. » Rm 12, 1.

Et comment peut-elle s’incarner en nous cette Parole de Dieu ?

Je vous donne un exemple. Demain, un certain nombre d’entre nous va fêter Noël en famille. Elles sont parfois compliquées les relations familiales ! Accueillir le Verbe de Dieu, c’est mettre en œuvre concrètement l’appel de Jésus à se pardonner mutuellement nos offenses, à accueillir chez nous la sœur ou le frère avec lequel nous n’avons pas toujours eu de bonnes relations. À tout faire pour nous réconcilier.

À Noël, nous accueillons dans nos familles le Prince de la Paix qui a brisé le mur de la haine qui existait entre Juifs et païens à l’époque de Jésus. Il peut bien briser celui qui se dresse parfois dans notre propre maison ! Nous devons prier, nous devons croire et vouloir que nos familles soient de plus en plus unies.

Accueillir le Christ, c’est accueillir sa parole, c’est mettre notre foi en Lui, mais cela nous engage totalement et, quand nous mettons en œuvre cela, les fruits sont magnifiques et c’est la vraie joie de Noël qui jaillit pour tous.

La foi qui engage toute notre vie, nous en sommes témoins aussi aujourd’hui avec l’ordination diaconale de Sébastien. Comme Jésus, il offre son corps, c’est-à-dire toute sa vie, une fois pour toute. Il s’y engage de plusieurs manières. D’abord dans l’engagement au célibat comme nous l’avons entendu au début de cette messe. Un célibat qui n’a de sens et qui ne trouve sa fécondité, que s’il n’est pas une contrainte, mais un don de soi au Seigneur par amour, pour se mettre au service de Dieu et du prochain.

Ce don apporte une grande joie quand il est vécu de cette façon-là, et le Seigneur nous donne alors la grâce d’y trouver le vrai bonheur de celui qui vit en communion avec son Seigneur. Une véritable amitié, nourrie par la prière, l’oraison, la méditation de la Parole de Dieu, les sacrements.

Cette vie de prière est aussi un engagement que Sébastien va prendre dans quelques instants, notamment en célébrant chaque jour la liturgie des heures « en union avec le peuple de Dieu, intercédant pour lui et pour le monde entier » comme je le lui demanderai. Une vie de prière qui n’est donc pas qu’une dévotion personnelle, mais un service rendu à tous.

C’est par la prière que la paix germe dans les cœurs ; c’est par la prière que nous sommes libérés de nos peurs ; c’est par la prière que des vocations germent ; c’est par la prière que l’Espérance vient nous soutenir dans les difficultés.

Il arrive très souvent que des personnes, même éloignées de l’Église, nous demandent de prier pour elles lorsqu’elles sont dans l’épreuve. Ce n’est pas une fiction. Nous croyons vraiment que Dieu exauce notre prière comme le promet Jésus. Sébastien a toujours eu une vie de prière, mais aujourd’hui il s’engage dans cette prière continuelle de l’Église pour ce monde en souffrance. C’est aussi une manière d’offrir son corps pour la vie du monde.

Le diacre, dont je vous rappelle que le mot signifie « serviteur », est aussi « consacré à la diaconie de l’Église. » Cela veut dire qu’il manifestera l’amour du Christ serviteur par sa manière de vivre, par la mission qui lui sera confiée, mais aussi par son service dans la liturgie « pour faire progresser le peuple chrétien. » comme le précise le rituel.

Le diacre est pour nous le rappel vivant que Jésus n’est pas né dans un palais, qu’Il est venu nous rejoindre dans la précarité de nos vies. Qu’Il nous appelle à avoir le souci les uns des autres et en particulier de ceux qui manquent de tout. La crise actuelle des gilets jaunes révèle à quel point ce ministère de proximité est important dans un monde où s’expriment beaucoup de peurs face à l’avenir. Le diacre nous entraine à être nous aussi témoins de l’espérance que la venue de Jésus fait naître dans notre humanité.

Enfin Sébastien va recevoir cette belle mission d’annoncer l’Évangile, notamment par la prédication, de célébrer baptêmes et mariages. Selon sa vocation au cœur de l’Église, il va donner le Christ au monde grâce au don de l’Esprit Saint. Sa foi et son engagement vont porter des fruits nouveaux et nous en rendons grâce au Seigneur.

En cette veille de Noël, accueillons, nous aussi, le Christ qui vient combler nos vies, mettons en lui notre foi et soyons disponibles, comme la Vierge Marie, pour accomplir sa volonté dans notre corps, c’est-à-dire par toute notre vie.

Soyons dans la joie du Seigneur. AMEN

X Laurent DOGNIN

Évêque de Quimper et Léon