N’an neus ket eur Zant, evel Zant Erwan

La dévotion à saint Yves s’exprime par plusieurs cantiques bretons, dont le plus célèbre est le N’an neus ket en Breiz ou Kantik Zant Erwan, composé en 1883 sur la mélodie de Lez Breiz, un des chants du Barzaz Breiz, le célèbre recueil de chants, paroles et musiques, recueillis dans la partie bretonnante de la Bretagne au XIXe siècle par le celtisant Théodore Hersart de La Villemarqué (1815-1895).

Cet air, qui est très populaire en Bretagne, a d’ailleurs été repris dans d’autres cantiques, y compris en langue française. Il suffit de mentionner Eürus an hini a garo Doue (Heureux celui qui aimera Dieu), Avel hun tadeu ni vou tud a fé (cantique vannetais : Comme nos pères nous serons hommes de foi) ou, en français, Reine de l’Arvor, nous te saluons :

Reine de l’Arvor, nous venons vers toi,
Mère des Bretons, garde notre foi (bis).

L’auteur de ce Kantik Zant Erwan était un vicaire de la cathédrale de Tréguier, l’abbé Jean-François Le Pon [1]. Né à Plourivo (près de Paimpol) en 1848, ordonné prêtre en 1874, il fut d’abord professeur au petit séminaire de Tréguier, avant d’être nommé en 1883 vicaire à la cathédrale (et plus tard, en 1890, chanoine et recteur de Plougrescant où il décèdera en 1898). C’est cette même année 1883 qu’il composa un nouveau cantique en l’honneur du grand saint trégorois, avec plusieurs couplets évoquant le projet de restauration du tombeau de saint-Yves (détruit par les soldats de la Révolution en 1794).

Parlant des fêtes de l’inauguration en 1890 du nouveau tombeau érigé à saint Yves dans la cathédrale de Tréguier, le célèbre écrivain breton Anatole Le Braz mentionnait avec quel enthousiasme la foule des fidèles chantait ce cantique composé quelques années plus tôt : « Ce cantique de saint Yves, entonné à tue-tête par plus de cinq mille voix, montait en une clameur formidable et roulait au loin comme un hymne de guerre. » Car s’il faut bien constater la faible valeur poétique et « le contenu doctrinal si mince » des versets, sa mélodie, reprise d’une vieille complainte guerrière, lui donne finalement « des allures de chant national breton » (Fañch Morvannou).

En voici les premières paroles (car il y a 32 couplets !) avec leur traduction en français :

KANTIK ZANT ERWAN

Diskan : N’an neus ket en Breiz, N’an neus ket unan,
N’an neus ket eur Zant, evel Zant Erwan (Diou wech)

1. ’Neus ket en Argoad, na mui en Arvor,
Kouls ha Zant Erwan, ’vit an dud a vor.

2. Nan n’eus ket er vro, dre-holl e lerer,
Hag a ve ken mat ’vit al labourer.

3. ’Neus ket kaerroc’h skouerd’an dud a lezenn,
Evit zant Erwan, skouer ar velein.

4.  Ha d’ar bevien gaez, ha d’an dud a boan,
N’an neus ket gwelloc’h evit zant Erwan.

5. ’Neus ket eur chapel, hen beder enni,
Gant mui a galon ’vit er Vinihi.

CANTIQUE À SAINT YVES

Refrain : Il n’y a pas en Bretagne, il n’y en a pas un,
Il n’y a pas un saint comparable à Saint Yves (bis).

1.  Il n’y a pas dans l’Argoat, pas davantage dans l’Arvor,
Pareil (d’aussi bon saint) que saint Yves pour les gens de mer.

2. Il n’y a pas dans le pays, partout on le dit,
D’aussi bon que lui pour le cultivateur.

3. Il n’y a pas de plus bel exemple pour les hommes de loi,
Que saint Yves, le modèle des prêtres.

4. Et pour les pauvres gens, et tous les gens qui peinent,
Il n’y a pas meilleur que saint Yves.

5. Il n’y a pas de chapelle où on le prie,
Avec plus de cœur qu’à Minihy.

Son premier couplet, qui sert de refrain, est répété à l’envi pendant la longue procession du pardon. « C’est lancinant, mais nullement lassant, apaisant au contraire » (Fañch Morvannou). Les trente-et-un couplets suivants racontent la vie de saint Yves, et exaltent sa supériorité sur tous les autres saints bretons !

On observe que les paroles d’origine du premier verset étaient : N’an eus ket en Breiz, N’an neus ket unan... Or N’an eus ket (variante ortographique : Nan eus ket), que l’on peut abréger en N’eus ket, veut dire « Il n’y a pas ». ce qui donne la traduction : « Il n’y a pas en Bretagne, il n’y en a pas un, il n’y a pas un saint comme Saint Yves ». Plus tard Nan eus ket a été mal compris et graphié Nann, n’eus ket, « Non, il n’y a pas » (comme dans le Kantigou brezonek du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier de 1934, ou le Kantikou brezonek du diocèse de Quimper et de Léon de 1942), ce qui accentue légèrement le sens du refrain : « Non, il n'y a pas en Bretagne, non, il n'y en a pas un. Non, il n'y a pas un saint comme Saint Yves ».

Les couplets ont été retouchés à plusieurs reprises, d’abord en 1890 par l’abbé Jean Le Pon pour l’inauguration du nouveau tombeau, puis en 1905, et ensuite entre 1919 et 1924 par l’abbé Julien Clisson (1883-1945), un autre vicaire de la cathédrale de Tréguier, qui ajoutera de nouveaux couplets.

Les autres cantiques à Monsieur Saint Yves

Le Recueil de cantiques bretons à saint Yves (1958) compte huit pièces, dont six en breton : on les chante presque toutes le jour du grand pardon de Saint Yves à Tréguier [2].

En effet, à Tréguier, la période de 1883 à 1905 fut féconde en nouveaux cantiques à saint Yves, reléguant dans l’oubli les vieilles complaintes ou gwerziou composées jadis en l’honneur de sant Erwan. L’abbé Pierre France, dans son étude sur saint Yves, sa vie et son temps, écrivait à leur propos : « Ces guerz n’ont pas tous l’entrain et la poésie de ceux que produit chaque année un barde dévot et bien inspiré. Tout le monde le connaît, bien qu’il ne dise point son nom. M. l’abbé Le Pon a fait chanter saint Yves sur tous les chemins de Tréguier et de Goëllo, le long du rivage et à travers les plaines de l’Arvor. Il ne fera pas oublier cependant, et telle n’est point son intention du reste, ces autres guerz déjà anciens, où l’on rapporte tout au long, soit la vie, soit quelques miracles éclatants ou des bienfaits reçus par l’entremise du saint, et qui gravent dans la mémoire notre saint compatriote, tel que nos ancêtres l’ont connu » [3].

Outre le désormais célèbre Kantik Zant Erwan, l’abbé Jean Le Pon écrivit également le cantique Pan eo hirie ho pardon, sant Ervoan vinniget – qui ouvre traditionnellement la messe solennelle du pardon à la cathédrale – sur l’air du célèbre cantique vannetais de Quelven (Itron Varia Kelven, en Guern ; grand pardon le 15 août), avec quelques changements de notes, les mêmes que pour le cantique de Notre-Dame du Folgoët qui en a également repris la mélodie. En voici le refrain (orthographe modernisée) :

Pan eo hirie [4] ho pardon, sant Erwan venniget
Pedit evit ho proiz, evit ar Vretoned :
Hirie an holl Vretoned ho ped ha galon vat ;
Roit deze aotrou sant Erwan, roit deze-holl o mennad.
(Puisque c’est aujourd’hui votre pardon, saint Yves béni,
Priez pour vos compatriotes, priez pour les Bretons
Aujourd’hui tous les Bretons vous prient de bon cœur ;
Donnez-leur monsieur saint Yves, donnez-leur-à-tous ce qu’ils désirent).

L’abbé Le Pon écrivit encore en français le cantique Saint Yves, notre Père, sur l’air traditionnel Intron Santez Anna (connu en français sous le titre Sainte Anne ô Bonne Mère), et pour le refrain, en reprenant les paroles du cantique à Sainte Anne :

Saint Yves, notre Père, Toi que nous implorons,
Reçois notre prière, Et bénis tes bretons.

C’est à la même époque [5] que fut éditée la Guerz koz zant Ervoan, c’est-à-dire la « Vieille complainte de saint Yves ». Tout au long de ses 52 couplets, cette gwerz narre la vie, les pénitences et bien sûr les miracles de Monsieur Saint Yves, comme étudiant puis juge, avocat, recteur de paroisse, ami des pauvres… En voici le refrain :

Aotrou Sant Erwan ni ho ped, Er vuhez-mañ hon sikouret
Da heuilh ervat ho vertuziou, Ha da vont eun deiz d’an Neñvou.
(Monsieur Saint Yves nous vous prions, En cette vie aidez-nous
À bien imiter vos vertus, et à aller un jour aux Cieux).

De nouvelles paroles furent plus tard données à ce cantique par un père jésuite (la signature ne comporte que les initiales J.B, sous lesquelles on peut reconnaître le R.P. Jean Bourdoulous, 1855-1915, auteurs de nombreux cantiques bretons), sous le titre Kantik nevez en Enor da Sant Erwan :

Pedomp, pedomp a greiz kalon, Pedomp Sant Erwan hon faeron,
Ma vo bepred hon alvokad Dirak hon Salver hag e Dad.
(Prions, prions de tout cœur, Prions saint Yves notre patron,
Qu’il soit toujours notre avocat Devant notre Sauveur et son Père).

Le Recueil de cantiques bretons à saint Yves donne encore d’autres cantiques bretons, comme Kannen en Enor da sant Erwan (cantique en l’honneur de saint Yves) [6] (cliquer ici pour écouter la mélodie sur Youtube) :

Aotrou Sant Erwan venniget, Enor ha sikour hon bro,
An neb ho ped en deus bepred Eun difenner en Neñvou.
(Monsieur Saint Yves béni, Honneur et secours de notre pays,
Celui qui vous prie a toujours Un défenseur dans les Cieux).

Ou encore Breiz-Izel da Sant Erwan (La Basse-Bretagne à Saint Yves), écrit dans les années 1930 – époque où le breton était davantage parlé à Tréguier que le français – par l’abbé Louis Mahé, vicaire à Tréguier, sur l’air traditionnel N’an eus ket en Breiz :

Aotrou Sant Erwan, klevit hon fedenn.
Eus lein an Neñvou roit dimp hon goulenn (Diou wech).
(Monsieur Saint Yves, écoutez nos prières,
Du haut des Cieux donnez-nous notre demande (bis))

Autre cantique en langue française, mais sur la mélodie du cantique Salud d’eoc’h, iliz ma farrouz, très populaire en Trégor et en haute Cornouaille : Saint Yves, entendez nos prières. Écrit en 1953 pour le septième centenaire de la naissance de saint Yves, il a toujours – grâce à sa mélodie bretonne – les faveurs des pèlerins lors du grand pardon :

Saint Yves, entendez nos prières,
Montrez que vous restez encor,
Tout comme au vieux temps de nos pères,
Le plus grand des Patrons d’Arvor.

Beaucoup plus récent, l’« Hymne à saint Yves » a été écrit en 2005 ou 2006 par Mme Marie-Antoinette Noury (de Nantes), sur la mélodie de Quis Poli Sedem, une hymne tiré de l’ancien Propre du diocèse de Tréguier (1769) : « Quis poli sedem dotus intrat hospes / Et ciet festos super astra plausus ? / Nempè se reddit socium supernis / Civibus Yvo. » (Quel nouvel habitant entre dans le royaume des cieux, et provoque ces chants de triomphe au-dessus des astres ? C’est Yves qui va rejoindre au ciel ses compagnons de gloire).

Selon Serge Kerrien, diacre du diocèse de Saint-Brieuc-Tréguier et conseiller pastoral au SNPLS, sa musique est « typique des grandes proses des cathédrales souvent composées à partir du XIVe siècle ».

En voici le premier couplet :

Joie de l’Église, bien aimé saint Yves,
Père des pauvres, maître de justice,
Que ta mémoire plaide l’espérance
Au cœur du monde !

* * *

Tréguier n’est pas seul à chanter saint Yves, que ce soit en breton ou en en français. Ainsi, les paroisses de Bubry et Lignol dans le diocèse de Vannes honorent Sant Iouan (c’est ainsi qu’il est appelé du côté de Plouay) par le cantique Kañnen én inour de sant Iouan beniget, chanté sur l’air de Ni hou salud, stirenn er mor.

Aotrou Sant Iouan benniget, a lein an néañv or sekouret.
O patrom lan a garanté, kleùet pedenn ho pugalé.
(Monsieur Saint Yves béni, du haut du ciel aidez-nous.
O patron plein d’amour, entendez la prière de vos enfants).

Notons encore qu’à une quinzaine de kilomètres de Bubry, la paroisse de Plouray a son propre cantique : Guerz Sant Iouan, patrom parréz Plouré (Complainte à saint Yves, patron de la paroisse de Plouray) composé en 1913. Et à Priziac (près du Faouët), où Yves se dit Even, on trouve également un cantique local en son honneur : Cantic én inour de sant Even, daté de 1882, sur un ton anuet, c’est-à-dire anavezet, « connu » !

P. Hervé Queinnec

Notes :
[1] Cet article s’appuie largement sur le travail de Fañch Morvannou, « Les cantiques de saint Yves », dans Saint Yves et les Bretons. Culte, images, mémoire (1303-2003), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, p. 295-305. Du même auteur, voir aussi Kanennoù ar feiz. Les chants de la foi, Paris, éditions du Layeur / Notre Histoire, 1998, p. 37-39.
[2]  Les paroles, traductions et partitions de certains de ces cantiques peuvent être consultées sur le site https://fonds-saintyves.fr/categorie/prier-avec-saint-yves/cantiques-a-saint-yves/.
[3]  Abbé Pierre France, Saint Yves : Étude sur sa vie et son temps, Saint-Brieuc, impr. René Prud’homme, 1re éd. 1888, p. 268-269 ; 2e éd. 1893, p. 234.
[4] Le mot « aujourd’hui » s’écrit et se prononce de différentes manières en breton, selon les « pays » : hirio, hirie, hizio, hiziv, hiriu, hinio… (mais dans la prière du Notre Père en breton, il se prononce toujours /hirio/, même quand on l'écrit hiriv ou encore hiziv).
[5] François Duine, Inventaire liturgique de l’hagiographie bretonne, Paris, E. Champion, 1922, p. 276.
[6] Sur l’air O ma ene kanomp bemdez, selon le livret Saint Yves – Sant Erwan (Runan, Impressions du Trieux, s.d.), p. 20. Les mélodies de Aotrou sant Erwan Binniget et de O ma ene kanomp bemdez sont pourtant différentes, si l’on se réfère au Kantigou brezonek Eskopti Sant-Brieg ha Landreger de 1934 : voir nos 79 p. 95, et 39 p. 44.

Le blog "Feiz ha sevenadur"

  • Minihi Levenez : 11 a viz du

    Ne vo ket eun abadenn evid deski kantikou nevez d'an 11 a viz du 2020.

    Il n'y aura pas de séance d'apprentissage de cantiques le 11 novembre 2020 au Minihi Levenez.

  • Réflexion de Job sur les épidémies passées... : Kleñved-red / Epidémie

    Kleñved-redLampaulGuimiliau

    Pa vez ano euz kleñvejou-red e teu dioustu war or spered ar pez on-eus klevet konta diwar-benn ar vosenn Zu, a skoaz didruez war kêr Gemper e 1349, beteg kas d’ar vered Santig Du, providañs ar re baour. Bez’ e veze mareou a ehan, med aliez e teue ar c’hleñved en-dro goude eun nebeud bloaveziou e Kerne, Leon pe Dreger. Medisinerez ar mareou-ze a oa dihalloud eneb ar c’hleñved-se.?Petra ober neuze ? Netra nemed pedi, hag e stagas an dud da zevel chapeliou en enor d’an daou zant brudet eneb ar vosenn : sant Sebastian ha sant Rok.?Pedet ’veze da genta sant patron ar barrez, hag ive ar Werhez Vari, dreist-oll en he santualiou. Evel-se e 1597 e oe kaset, euz Kastell-Paol ha Montroulez, imachou-koar da Itron-Varia ar Folgoad d’he zrugarekaad da veza lakeet ar vosenn da jom a-zav, dreist-oll e kêr Montroulez ’lec’h m’he-doa eostet mil tri c’hant a dud. Dizale ive eo Anna, mamm Mari, a vezo pedet, ha kement-se a c’hoarvezas da genta e Pont-’n-Abad.

    E 1625 en em ziskouezas santez Anna e Keranna Bro-Wened d’eul labourer-douar anvet Nikolazig, hag e krogas buan pelerinajou braz beteg eno.?An hini a oa bet e karg euz ar pelerinajou-ze da genta a oa an tad Hugues de Saint-François. E 1633 e skoas ar vosenn war kêr Pont-’n-Abad ha tro-war-dro er vro vigouden. An tad Hugues a oa neuze priol an tadou karmez e kêr, hag e kinnigas mond da gavoud santez Anna.?Eur pirhirinaj braz a oe savet, war droad, gand eur c’hant bennag a dud a bep stad, da genta beteg iliz-veur Kemper da reseo bennoz an eskob, ha goude-ze beteg santez-Anna-Wened : eun droiad a gant daou-ugent kilometrad, eur c’houlaouenn en o dorn hag o kana kantikou brezoneg. Meur a zevez pirhirinaj eta... Pa zistroont eo echu ar vosenn : tud kêr a lak kement-se war gont santez Anna, hag evid he zrugarekaad e lakont sevel eun astaol e mên en enor dezi e iliz Iton-Varia-Garmez, e plas chapel santez Barba, anvet abaoe chapel Santez Anna.

    Eun dra a zo sklêr d’an nebeuta : azaleg ar mare-ze e teu muioc’h c’hoaz santez Anna da veza pedet hag enoret en or bro. Kalz karneliou savet er 16ved ha 17ved kantved a vezo lakeet dindan he gwarez, ha ne vijen ket souezet o c’houzoud eo bet savet, goude eur reuziad bosenn, hini pe hini euz an daou-ugent chapel gouestlet dezi hirio c’hoaz e Penn-ar-Bed. Evid chapel Santez-Anna e Lambaol-Gwimilio, da skwer, e tle beza gwir !


    Epidémie

    Lorsqu’il est question d’épidémie nous vient immédiatement à l’esprit ce que nous avons entendu à propos de la Peste Noire, qui frappa impitoyablemet la ville de Quimper en 1349, jusqu’à conduire à la tombe Santig Du, la providence des pauvres. Il y avait des moments d’arrêt, mais elle revenait souvent au bout de quelques années en Cornouaille, Léon ou Trégor.?La médecine de ces temps-là ne pouvait rien contre cette maladie. Que faire alors ? Rien d’autre que prier, et les gens se mirent à élever des chapelles en l’honneur des deux saints réputés contre la peste : saint Sébastien et saint Roch.?On priait d’abord le saint patron de la paroisse, mais aussi la Vierge Marie, spécialement dans ses sanctuaires. C’est ainsi qu’en 1597 des images de cire de Saint-Pol de Léon et de Morlaix sont envoyées au Folgoët en action de grâces par suite de la cessation de la Peste, surtout à Morlaix, où elle avait moissonné mille trois cents personnes. Bientôt c’est aussi Anne, la mère de Marie, que l’on priera, et ceci arrivera d’abord à Pont-l’Abbé.

    En 1625 sainte Anne apparut à Keranna, en pays de Vannes, à un paysan du nom de Nicolasic, et rapidement des pèlerinages s’organisèrent pour s’y rendre. Le premier responsable de ces pèlerinages était le Père Hugues de Saint-François. En 1633, la peste frappa la ville de Pont-l’Abbé et le pays bigouden tout à l’entour. Le Père Hugues était alors prieur des Carmes en ville, et proposa d’aller trouver Sainte Anne.?Un grand pèlerinage fut organisé, à pied, avec une centaine de personnes de toute condition, d’abord vers la cathédrale de Quimper pour recevoir la bénédiction de l’évêque, puis vers Sainte-Anne d’Auray : un périple de cent quarante kilomètres, un cierge à la main et en chantant des cantiques bretons. Plusieurs jours de pèlerinage donc... A leur retour, la peste a cessé : les habitants le mettent sur le compte de sainte Anne.?Pour la remercier, ils font ériger un retable de pierre en son honneur dans l’église des Carmes, au lieu de la chapelle Sainte-Barbe, appelée depuis chapelle Sainte-Anne.

    Un fait du moins est clair : à partir de ce moment, sainte Anne est de plus en plus priée et honorée chez nous. Beaucoup d’ossuaires érigés aux XVIème et XVIIème siècles seront mis sous sa protection, et je ne serais pas étonné d’apprendre que telle ou telle des quarante chapelles, qui lui sont encore aujourd’hui consacrées en Finistère, l’a été après un épisode de peste.?Pour la chapelle Sainte-Anne de Lampaul-Guimiliau, par exemple, ce doit être le cas.

    Tad Job an Irien

  • Message du Père Job an Irien : Follentez / Folie

    Follentez St Urbain

    Mantruz eo ! Ar pez n’e-noa ket greet ar zoudard a oa e traoñ kroaz Jezuz - da lavared eo trerri dezañ e zivesker - a zo bet greet e Lannurvan war groaz mision 1892 d’an 29 a viz eost, hag amañ n’eo ket hepkén e zivesker a zo bet torret, med ive e zivrec’h. N’eo ket êz terri eur C’hrist e mên, hag evid hen ober, e ranke an den e-neus greet an torfed-se pignad war ar zichenn ha skei gand eur varrenn houarn. Siwaz, n’eo ket ar groaz hepkén a zo bet mastaret, med c’hoaz e-kichenn ar groaz, monumant ar re varvet er brezeliou : amañ eo ar pevar obus braz, stag mad koulskoude ouz o leurenn, a zo bet tumpet hag en eur goueza o-deus frigaset ar mên-bez a oa e-kichenn. Seiz bez all o-deus gouzanvet fulor pe follentez ar re o-deus greet kement-se : kroaziou tumpet pe torret, podou bleuniou frigaset, eur mên-sonn torret. Ar re o-deus greet an taol-fall-se ne ouient ket petra e vedont oc’h ober. Frouez ar boeson, pe frouez eur bariadenn zod ? Pe c’hoaz fulor a-eneb kement tra sakr ? Evid kas da benn eur seurt dismantr e oa red dezo beza meur a hini, pôtred yaouank kreñv moarvad...

    Perag en em gemer evel-se ouz ar pez a zo sakr evid an oll dud a skiant-vad ? Beteg-henn n’eus bet kavet roud ebed, na sinadur ebed euz an taol-fall-se. War a zeblant, n’eo ket bet greet eta en ano eun ideologiez bennag. Gouzoud a reer ne ’z-eus sevenadur ebed ha ne vefe ket diazezet war an doujañs e-keñver ar re o-deus roet deom ar vuez. Nemed eun doare a vefe bet d’ar re yaouank-se da ziskarga o c’hounnar a-eneb ar bed-se, bet savet gand on tadou, eur bed ’lec’h ma ne gavont ket o flas ? Kalz martezeadennou a-seurt-se a c’hellfer ober evid klask kompren... Heuget e chomer gand an doare-ze d’en em gemer ouz an anaon.

    Anad eo n’o-deus ket gouezet ar pez a raent! Ar mên-bez, frigaset e-kichenn ar monumant, a zo hini eur marokan hag e-neus klasket gand e gorf gwarezi e gabiten, beziet skoaz-ha-skoaz gantañ, pa ’z-int bet lazet o-daou e Marseill e 1944. Ar bedenn-mañ, skrivet gand komandant eur Goum, a lavar kement-mañ : «O Aotrou, grit ma vo brezelourien kaled Berber skoaz ha skoaz ganeom e peoc’h ho paradoz, ’vel ma vedont war an dachenn a vrezel, ha ma ouezint, Aotrou, pegement on-eus karet anezo!» Torret eo ar mên-bez, med ar bedenn ne c’hell ket beza mouget !



    Folie

    C’est lamentable ! Ce que n’a pas fait le soldat qui était au pied de la croix de Jésus - c’est à dire lui casser les jambes - a été fait à Saint-Urbain sur la croix de mission de 1892 le 29 août, et ici ce ne sont pas seulement les jambes qui ont été cassées, mais aussi les bras. Ce n’est pas facile de casser un Christ en pierre, et pour le faire, celui qui a accompli ce méfait devait monter sur le socle et frapper avec une barre de fer. Hélas, ce n’est pas seulement la croix qui a été dégradée, mais aussi auprès de la croix le monument aux morts des guerres : ici ce sont les quatres grands obus, bien fixés pourtant sur leur dalle, qui ont été renversés et en tombant ont écrasé la pierre tombale à côté. Sept autres tombes ont subi la fureur ou la folie de ceux qui ont fait cela : croix renversées ou cassées, pots de fleurs brisés, une stèle brisée. Ceux qui ont accompli ce mauvais coup ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Conséquence de la boisson ou fruit d’un pari idiot ? Ou encore fureur contre tout ce qui est sacré ? Pour réaliser une telle destruction, il fallait être plusieurs, des jeunes costauds sans doute...

    Pourquoi s’en prendre ainsi à ce qui est sacré pour tous les gens de bon sens ? Pour le moment, il n’a été trouvé aucune trace ni signature de ce mauvais coup. A ce qu’il semble, cela n’a pas été réalisé au nom d’une quelconque idéologie. On sait qu’il n’y a pas de civilisation qui ne soit fondée sur le respect de ceux qui nous ont donné la vie. Serait-ce, pour ces jeunes, une façon de décharger leur colère contre ce monde que leur lèguent nos pères, un monde où ils ne trouvent pas leur place ? On peut échafauder bien des hypothèses de ce genre pour essayer de comprendre... On reste dégoûté par cette façon de s’en prendre aux défunts.

    Il est évident qu’ils n’ont pas su ce qu’ils faisaient! La pierre tombale, écrasée auprès du monument, est celle d’un marocain qui a cherché à protéger de son corps son capitaine, enterré juste à côté, lorsqu’ils ont été tués tous les deux à Marseille en 1944. Cette prière, écrite par le commandant d’un Goum, dit ceci : «Seigneur, faites que les durs guerriers Berbères soient épaule contre épaule avec nous dans la paix de votre paradis, comme ils l’étaient sur le champ de bataille, et qu’ils sachent, Seigneur, combien nous les avons aimés !» La dalle est cassée, mais la prière ne peut pas être étouffée !

    Tad Job an Irien

  • An Niverenn Nevez (171) MINIHI LEVENEZ / Nouveau numéro (171) de la revue MINIHI LEVENEZ

    An dour hag an aoter IV

    Eur groaz a waziou-dour dindan an aoter. ...gand Job an Irien

    Buez sant Gwenole gand Goulc'han Kervella ha c'hoariet gand pirhirined "EN HENT"
     
    NN171
     

    L'EAU ET L'AUTEL (4ème partie)

    Une croix de veines d'eau sous l'autel par Job an Irien

    La vie de Saint Gwenole par Goulc'han Kervella, jouée par les pèlerins d'EN HENT.



    Koumanant bloaz (Bep eil miz),
    Abonnement annuel à la revue "MINIHI LEVENEZ" : 50 €

    Minihi Levenez niverenn 171 EBREL 2020

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    Evid prena / Bon de commande

  • Nouvelle édition de Muzikou Kantikou Brezoneg

    Nouvelle édition de Muzikou Kantikou Brezoneg bannière Minihi

    Projet pour les éditions du Minihi Levenez :
    Une nouvelle édition, revue et corrigée.
    Augmentée  des refrains en breton des psaumes des trois années liturgiques (A, B et C) et de nouveaux cantiques.

    Une souscription sera proposée dans les semaines à venir
    Pour plus d'informations, contacter le Minihi-Levenez
    29800 Tréflévénez
    02 98 25 17 66

     

  • Ar Zalmou war ar rouedad

    Pedenn an deiz GF 1Ema bremañ meur a zalm war ar rouedad, war lehienn eskopti Kemper ha Leon. War ar bajenn digerri e ranker klika war "Feiz" > "Salmou".

    Ar 97 salm kinniget a zo tennet euz al leor “Pedenn an deiz”, embannet e 1988 gand Minihi Levenez. Eun droidigez evid al liderez eo.

    Emichañs e vo gelled kinnig an oll zalmou e brezoneg dizale.

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