Messe en mémoire des marins péris en mer –3 juillet 2016 - Poulgoazec

Messe en mémoire des marins péris en mer – 3 juillet 2016 - Poulgoazec
Is 66, 10-14c ; Ps 65 (66) ; Ga 6, 14-18 ; Mt 14, 22-33

 
Ce passage d’Evangile,qui est assez étonnant, raconte une histoire qui se passe sur la mer. Il faut évidemment en comprendre la signification profonde et ne pas en rester à l’aspect surprenant de l’événement qui est raconté.
La mer est magnifique et mystérieuse à la fois. Même lorsqu’elle est déchaînée, on aime venir la regarder depuis la terre lorsque les vagues éclatent sur les rochers. En revanche, pour les gens de mer, pour les marins et les pêcheurs, une mer déchainée est plutôt redoutée.

A l’époque du Christ, la surface de la mer était parcourue par de nombreux bateaux, moins sûrs que ceux d’aujourd’hui sans doute, et les profondeurs de la mer, les « abimes » comme on disait, étaient alors considérées comme le royaume des ténèbres et de la mort.

En marchant sur les eaux, Jésus montre que ce royaume des ténèbres n’a pas de pouvoir sur Lui. Cet événement a trouvé son accomplissement définitif dans le passage de Jésus de la mort à la vie. Après avoir enduré la trahison, l’injustice, les sévisses, les souffrances atroces et sa mort sur la Croix, Jésus ressuscite après trois jours passés dans les abimes de la mort.

Il est désormais vivant pour toujours. Jésus apparaît à ses disciples, il leur promet le don de son Esprit pour rester pour toujours en communion avec eux. La mort n’a plus aucun pouvoir sur Lui et il est donc pleinement en mesure de donner la vie éternelle à tous ceux qui mettent en Lui sa foi.

Comme le dit le pape François : « La Croix du Christ est donc le jugement de Dieu sur chacun de nous et sur le monde, puisqu’elle nous donne la certitude de l’amour et de la vie nouvelle.1 »

C’est cette Espérance qui nous rassemble ce matin pour cette messe durant laquelle nous confions à Jésus tous ceux qui ont péri en mer. Ils n’étaient sans doute pas tous croyants. Mais nous prions le Seigneur qui a vaincu la mort de leur manifester pleinement sa grande Miséricorde. Par notre prière et la célébration de cette messe, nous nous associons à son amour miséricordieux.

En célébrant cette messe, nous pouvons aussi élargir notre prière à tous les marins et les pêcheurs qui sont bien vivants. Je pense à tous les gens de mer mais notamment aux pêcheurs de nos côtes bretonnes.
Ils ont choisi un métier rude mais magnifique car ils nourrissent la population avec la richesse de la mer.
La mer, ils la connaissent bien, ils l’aiment. Ils ne font pas seulement que naviguer dessus. En pêchant presque chaque jour, ils sont en lien avec elle. C’est la mer qui les fait vivre et on peut dire qu’il y a une sorte de communion entre les pêcheurs et la mer.

Dans le monde, il y a des gens qui ne voient dans la mer qu’un écosystème ou qu’une source de profit. Mais on ne peut pas privatiser la mer, elle est un bien commun de toute l’humanité ! Le pape François, dans son encyclique Laudato Si écrit : « La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle.2 » et un peu plus loin il écrit : « La création est de l’ordre de l’amour 3».

Comme le disait un pêcheur : « J’aime la nature, en cela ça rejoint les valeurs de l’Eglise. »Comme l’exprime en effet le catéchisme de l’Eglise Catholique : « Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau : le spectacle de leurs innombrables diversités et inégalités signifie qu’aucune des créatures ne se suffit à elle-même. Elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au service les unes des autres.4 »

L’homme ne peut pas vivre à l’extérieur de cette création. Il lui est profondément lié. Lorsque l’homme méprise la création en la polluant ou en la détruisant, il se méprise lui-même et il en est de même quand il méprise ses semblables. Tout est lié.

Les pêcheurs vivent pleinement ce lien avec la création, notamment dans la pêche artisanale, c’est pourquoi ils sont en mesure de préserver la mer et de nous alerter sur ce qui l’abime car ils la connaissent mieux que quiconque. Ils le font concrètement en prenant les moyens de protéger la réserve halieutique d’une part, mais également en étant témoins directs de la pollution des océans voir même des changements climatiques avec les déplacements des espèces.

Comme l’écrit encore le pape François, toujours dans son encyclique Laudato Si : « Si le seul fait d’être humain pousse les personnes à prendre soin de l’environnement dont elles font partie, «les chrétiens, notamment, savent que leurs devoirs à l’intérieur de la création et leurs devoirs à l’égard de la nature et du Créateur font partie intégrante de leur foi ».

Dans l’Evangile de ce jour, nous avons vu également que Pierre a voulu marcher sur les eaux pour rejoindre Jésus. Au début, il arrive à dominer les éléments qui, je vous le rappelle, symbolisent les abimes ténébreuses, en mettant en Jésus sa foi, mais il finit par prendre peur devant la force du vent et, on imagine aussi, la violence des flots.

La peur, comme Pierre, d’être submergé, peut être aussi la nôtre devant les difficultés de la vie, les épreuves de tous ordres, les défis qui nous paraissent insurmontables, les deuils douloureux. Les pêcheurs ne sont pas épargnés dans un métier où il est si difficile pour les jeunes de se lancer dans l’aventure, ne serait-ce que pour investir dans un bateau ! Mais aussi au cours de certaines pêches particulièrement risquées et les naufrages et ceux qui disparaissent comme je l’ai évoqué au début.

Nous avons tous à un moment donné de notre vie à vivre aussi cette peur d’être englouti.
Le cri de Pierre : « Seigneur sauve moi ! », peut être aussi le nôtre.
Après l’avoir sauvé, Jésus répond à Pierre : « homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Qu’est-ce que Jésus veut dire par là ? Non pas que la foi résolve tous les problème ou même nous mette à l’abri des difficultés et des épreuves. La foi ne nous empêche pas de mourir, mais elle nous permet de « marcher sur les eaux », c’est à dire de surmonter les éléments, de ne pas nous laisser couler, de tenir bon, de garder l’Espérance et, au fond, d’être en mesure de prendre les bonnes décisions au bon moment.

Quand nous appelons le Seigneur, il nous répond et, comme pour Pierre, il monte alors avec nous dans la barque, c’est à dire qu’il se fait proche et qu’il nous accompagne tout au long de notre vie jusqu’à notre dernier souffle.En montant dans la barque avec Pierre il se fit un grand calme. Avec Jésus, Pierre n’a plus rien à craindre. Cela est vrai aussi pour nous.

Comme l’exprime le Psaume de ce jour : « Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu (c’est à dire qui mettez en lui votre foi), je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme. Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour. » AMEN

 
+ Laurent Dognin
Evêque de Quimper et Léon


1Misericordiae Vultus n°21
2Encylique du pape François : Laudato Si n°76
3Ibid n°77.
4CEC n°340, cité par le pape François dans Laudato Si n°86.