1. 14 avril 2019 – Dimanche des Rameaux – Pèlerinage des étudiants du Grand Ouest au Mont Saint-Michel (50) Is 50, 4-7 ; Ps 21 (22) ; Ph 2, 6-11 ; Passion de Jésus-Christ selon Saint-Luc 22, 14-23, 56

Chers Amis,

Après la marche d’hier, la nuit bien courte, la longue traversée de la baie ce matin et la montée jusqu’à l’abbatiale, vous devez être bien fatigués ! Les paroles du prophète Isaïe entendues en première lecture ont pu résonner en vous d’une façon particulière : « Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. »



Mais l’épuisement dont parle le prophète n’est pas d’abord une fatigue physique, c’est plutôt une fatigue morale, une perte d’espérance qui est plus redoutable encore puisqu’elle se traduit par un profond découragement. Ce texte nous rejoint aujourd’hui dans ce que nous pouvons vivre de difficile et qui peut provoquer en nous une fatigue morale. Fatigue qui peut être due à des épreuves personnelles, des épreuves familiales, mais aussi d’autres épreuves comme les événements du monde, l’avenir de notre planète ou encore malheureusement les révélations qui secouent l’Église actuellement.
Nous savons bien que l’Église est composée de pécheurs, et nous en sommes, chacun pour notre part. Mais ces faits commis par certains sont tellement contraires au message d’amour que nous avons le devoir d’annoncer que cela nous blesse profondément et peut nous faire douter de notre Église et de sa capacité à assumer la mission que le Christ lui a confiée. Nous savons bien, nous, que le Christ réalise de très belles choses dans son Église et par elle en ce monde! Mais ces révélations peuvent nous décourager comme les disciples l’ont été face à la Passion de Jésus en qui ils avaient portant mis toute leur espérance.
Jésus, notre Roi de gloire, ne regarde pas tout cela d’en haut. Sa gloire, c’est de donner sa vie par amour. Sa gloire, c’est de s’abaisser jusqu’à nous comme nous le rappelle Saint-Paul dans la deuxième lecture : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. »
Lui-même a vécu la trahison par l’un de ceux qu’il avait aimé qu’il avait choisis, qu’il avait instruit.
Lui-même a été rejeté et condamné par les habitants de Jérusalem qui l’avaient pourtant acclamé comme leur roi. C’est ce que nous avons célébré tout à l’heure.
Lui-même a connu la descente aux enfers par sa douloureuse Passion et sa mort sur la Croix.
Il sait donc très bien ce que nous pouvons ressentir aujourd’hui… Il vient nous rejoindre au cœur de notre monde pour nous libérer de nos détresses et nous remplir d’espérance. Ce n’est pas une fiction.
Comme le dit le Pape dans l’exhortation apostolique Christus Vivit qui vous est destinée : « Il faut le rappeler souvent, parce que nous courons le risque de prendre Jésus-Christ seulement comme un bon exemple du passé, comme un souvenir, comme quelqu’un qui nous a sauvés il y a deux mille ans. Cela ne nous servirait à rien, cela nous laisserait identiques, cela ne nous libérerait pas. Celui qui nous remplit de sa grâce, qui nous libère, qui nous transforme, qui nous guérit et nous console est quelqu’un qui vit. C’est le Christ ressuscité, plein de vitalité surnaturelle, revêtu d’infinie lumière. » CV n° 124

C’est pourquoi, au début de cette semaine sainte, et particulièrement durant le Triduum Pascal, qui commence jeudi soir, nous allons suivre le Christ pas à pas sur le chemin du don total qu’il a fait de sa vie par amour pour nous. Sur ce chemin de la Passion de Jésus que nous venons d’entendre, j’aimerais relever quatre appels :

1. Lors de son dernier repas, Jésus a dit : « Les rois des nations commandent en maître, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel! Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. »
Nous sommes tous appelés, et même encouragés, à prendre des responsabilités en ce monde. Certains d’entre vous en ont pris comme chefs et cheftaines scoutes, dans l’animation musicale, les actions caritatives ou dans bien d’autres encore. Vous êtes appelés aussi, par vos études et dans votre vie professionnelle à en prendre davantage dans la société. Le Christ nous appelle toujours à vivre ces responsabilités dans un esprit de service. En renonçant à préserver nos propres intérêts et en cherchant toujours le bien commun. Cela n’a rien d’évident, nous le savons bien. C’est un vrai choix de vie qui est à renouveler sans cesse. Mais si nous nous mettons tous par amour au service les uns des autres, nous construisons la vraie fraternité dont le monde a tant besoin, et nous ne le ferons pas seuls, car le Christ nous donne la force de l’Esprit Saint.

2. Avant d’être arrêté et conduit à la mort, dans un moment particulièrement angoissant, Jésus a prié dans le jardin de Gethsémani et il nous invite à faire de même : « Priez pour ne pas entrer en tentation. »
Soyons des hommes et des femmes de prière, car c’est par là que nous entrons dans une communion profonde avec le Christ vivant, avec le Christ qui nous sauve. Sans Lui, nous ne pouvons rien faire. Comme nous dit le Pape : «Regarde le Christ, accroche-toi à lui, laisse-toi sauver, parce que « ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. » CV n° 119 C’est de la prière dont nous avons le plus besoin aujourd’hui afin d’être capables de tenir bon face aux tentations qui sont nombreuses, face aux addictions, mais aussi au découragement et à l’infidélité.

3. En continuant sur le chemin du Calvaire, Jésus rencontre des femmes qui pleuraient et il leur dit : « Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants! » et il ajoute « Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »
Nous pourrions en dire autant aujourd’hui de l’Église qui a la charge d’annoncer au monde la Bonne Nouvelle du Salut, de sanctifier les hommes par les sacrements, de prendre soin des plus pauvres et de ceux qui sont rejetés. Soyons pleinement acteurs dans l’Église du Christ afin que, de cet arbre vert qu’est le Christ, puissent surgir toujours plus de jeunes pousses prometteuses qui apportent de l’espérance au monde d’aujourd’hui. Vous êtes les pousses vivantes de l’Église aujourd’hui.

4. Les proches de Jésus « se tenaient plus loin pour regarder » la Croix. N’ayons pas peur, ni honte de nous approcher de la Croix de Jésus. Nous savons que par elle, Jésus a vaincu la mort et nous délivre du mal. Nous ne pouvons pas éviter la Croix. Tenons-nous aussi à proximité de la croix de ceux qui souffrent et dans lesquels Jésus s’est identifié.

Enfin, Chers Amis, en ce pèlerinage qui nous a introduits plus avant dans la vraie gloire du Christ, notre Roi, nous pouvons entendre cet appel du pape François : « Contemple Jésus heureux, débordant de joie. Réjouis-toi avec ton Ami qui a triomphé. Ils ont tué le saint, le juste, l’innocent, mais il a vaincu. Le mal n’a pas le dernier mot. Dans ta vie, le mal non plus n’aura pas le dernier mot, parce que l’Ami qui t’aime veut triompher en toi. Ton sauveur vit. » CV n° 126

AMEN



Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon