13 septembre 2020 — Installation Père Jean-Baptiste GLESS — Douarnenez (29) Si 27, 30-28, 7 ; Ps 102 ; Rm 14, 7-9 ; Mt 18, 21-35

 

Homélie retranscrite à partir d’un enregistrement

Frères et Sœurs,

Il est intéressant que nous ayons entendu ces textes sur le pardon pour l’installation comme Curé du Père Jean-Baptiste GLESS et pour l’arrivée comme Coopérateur du Père Yves LAURENT, car, ils donnent sens à cette installation, qui n’est pas simplement l’officialisation d’une charge qui pourrait n’être qu’administrative, mais comme le signe efficace de l’amour de Dieu et de la miséricorde que le Seigneur manifeste par l’engagement de ses prêtres au service du peuple qui leur est confié.

L’Évangile de ce jour nous révèle la difficulté qu’il y a à pardonner, à nous aimer les uns les autres en vérité, malgré nos limites, nos défauts, nos travers et notre péché. Personne n’échappe à ce défi d’avoir un jour à pardonner ou à demander humblement pardon.

À la question de Pierre de savoir jusqu’où nous devons aller dans le pardon, Jésus explique qu’il n’y a pas de limite, et dit une parabole vraiment étonnante qui nous invite à contempler l’amour que Dieu manifeste à l’égard de chacun de nous.

Dans la parabole, la dette de cet homme vis-à-vis du roi est considérable : 60 millions de pièces d’argent. Le dominicain Adrien CANDIAR[1] estime que cela représente 165 000 années de salaire minimum, le SMIC.

Je ne sais pas comment il a fait son calcul, mais en tous les cas Jésus veut montrer par cette somme incroyable que notre dette à l’égard de Dieu est inestimable.

De fait, Jésus a donné sa vie pour pardonner nos péchés, nous libérer du mal et nous introduire dans la vie éternelle avec Lui. En soulignant dans la parabole la grandeur de l’amour de Dieu à notre égard, il veut ainsi ouvrir notre cœur à aimer les autres, d’un amour sans limites, et donc à aller jusqu’au pardon.

Cet amour de Dieu, extra-ordinaire que Jésus manifeste à notre égard c’est précisément cela que le prêtre malgré ses limites humaines, vient manifester, avec la force de l’Esprit Saint.

Bien sûr, c’est le Christ, qui est le Bon berger, le Pasteur de son peuple, mais c’est par l’Évêque et ses prêtres qu’il le réalise au quotidien, d’une façon très concrète, cela selon trois tâches traditionnelles :

1)      Annoncer la Bonne Nouvelle à tous,

2)      Sanctifier le Peuple de Dieu,

3)      Gouverner l’Église.

Premièrement, annoncer la Bonne Nouvelle à tous. Cela n’a échappé à personne que nous sommes depuis des décennies en train de passer d’une religion sociologique où tout le monde ou presque avait la religion comme soubassement de sa vie, et où tout le monde ou presque allait à la messe, à une religion de conviction où seules les personnes vraiment croyantes et motivées viennent à la messe et participent à la vie de l’Église.

Le Cap Sizun, le pays de Douarnenez et le Haut Pays Bigouden n’ont pas échappé à ce phénomène qui touche toutes les sociétés européennes qui se sont construites sur le Christianisme. Mais, l’Église dans son histoire et dans beaucoup de pays a vécu déjà des périodes similaires. Cela n’a pas empêché les fidèles de toujours témoigner de leur foi, d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous, dans un monde qui n’était pas chrétien, voire hostile comme dans les grandes périodes de persécutions.

Votre paroisse est une terre de mission. Beaucoup de gens aujourd’hui sont perdus par ce qui se passe dans le monde. Nous ressentons un manque d’espérance qui peut les démobiliser. Nous devons leur apporter la lumière de l’Évangile comme le phare d’Ar Men qui brave les tempêtes pour sauver des vies ! Le Curé a la responsabilité de maintenir bien vive cette lumière par la catéchèse des adultes, jeunes et enfants, par la prédication, par les groupes bibliques…

Deuxièmement, sa responsabilité est de sanctifier le peuple chrétien. Par la célébration des sacrements notamment. L’Évangile de ce jour nous rappelle à quel point le sacrement du pardon est à raviver, pour beaucoup à redécouvrir. Comme le disait le pape François : « Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander sa miséricorde. » (Evangelii Gaudium n° 3).

Par l’Eucharistie, aussi, qui est la source et le sommet de notre vie chrétienne. Nous savons qu’il n’est pas toujours facile dans le monde rural d’assurer la proximité de l’Eucharistie, et pour le dimanche, d’avoir des assemblées assez nombreuses et bien animées pour avoir la joie de se retrouver. Savoir où et quand il faut célébrer une messe le dimanche, et même en semaine, est une tâche ardue pour le Curé et son équipe pastorale, car il faut tenir compte des disponibilités des prêtres, mais aussi des fidèles qui organisent, qui animent, qui accueillent, qui préparent les célébrations.

Il y a aussi les baptêmes, les mariages, tous les sacrements que le prêtre célèbre sans oublier la vie de prière. Nous pensons aux obsèques, très nombreuses. Pendant le confinement, où il était très difficile de rassembler des gens pour les obsèques, nous nous sommes rendu compte à quel point les familles en souffraient, même pour des personnes qui étaient très loin de l’Église et qui avaient besoin d’avoir une parole d’espérance et un lieu pour pouvoir vivre cette espérance.

Je pense également à toutes nos églises où il est possible d’organiser des temps de prière : des veillées ou de simples prières d’adoration eucharistiques ou de chapelets. Il n’y a pas toujours besoin du prêtre pour organiser des temps de prière, mais il doit être au courant !

Et puis, il y a une particularité en Bretagne, c’est la célébration des pardons. Il me semble qu’il y en a 72 dans votre paroisse.

Je viens de publier les orientations qui ont été préparées sous la direction du Père Yves LAURENT et dont il garde la responsabilité de la mise en œuvre dans le diocèse, mais qu’il va déjà mettre en œuvre ici pour aider les équipes à faire ces pardons de beaux lieux de sanctification justement même s’il n’y a pas forcément la possibilité de célébrer la messe.

Enfin, gouverner le Peuple de Dieu. Il y a depuis quelque temps un certain nombre de polémiques sur le cléricalisme qui serait la cause de tous les maux de l’Église. Pour échapper à ce danger, le prêtre gouverne son peuple à la manière du Christ : en Bon pasteur qui prend soin de ses brebis, en étant attentif à celle qui est malade, qui va porter secours à celle qui s’est éloignée. Il est aussi l’image du Christ serviteur qui se met à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds et qui nous invite à faire de même. L’attitude du Christ qui est pourtant le maître et le Seigneur montre de quel genre de pouvoir il s’agit : le pouvoir de donner la vie, de délivrer du mal, de sauver !

Il est normal qu’il y ait un commandant à la barre du navire de l’Église. C’est un service rendu au Peuple de Dieu et c’est bien pour que le Christ et son Évangile soient bien au cœur de la vie des gens et qu’il n’y ait pas de déviances qui conduiraient la communauté dans les récifs. Cela dit, le prêtre ne peut pas gouverner sans les fidèles. Je pense par exemple aux délégués pastoraux des Communautés Chrétiennes Locales, à son équipe pastorale dans son ensemble, qui a un rôle très important aujourd’hui. Et eux-mêmes avec leurs équipes pour que l’Église soit bien présente en proximité, car nous avons besoin d’avoir des communautés chrétiennes qui soient bien visibles sur les différents clochers et qui soient attentives aux gens qui habitent sur le territoire de la paroisse Saint-Tugdual — Douarnenez.

Frères et Sœurs, nous sommes heureux d’accueillir aujourd’hui vos nouveaux pasteurs, et je vous invite à prier pour eux, à continuer de les tenir dans votre prière, à les soutenir par votre amitié. Donnez-leur les moyens d’être vos bons pasteurs. Je terminerai par cette parole du psaume « Faites confiance au Seigneur, et lui, il agira. ». Amen 

 

† Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon

 

 



[1] Adrien CANDIARD o.p. « A Philémon — Réflexions sur la liberté chrétienne ; » CERF 2019 — page 120.