Bienheureux Vincent L'Hénoret, martyr au Laos

Né à Pont-l’Abbé le 12 mars 1921, et mort martyr le 11 mai 1961 à Ban Ban au Laos, le Bienheureux Vincent l'Hénoret était un prêtre missionnaire, de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée. Il a été béatifié par l'Église le 11 décembre 2016 avec seize autres martyrs du Laos, dont cinq laotiens, un missionnaire italien, et 10 missionnaires français.

SA VIE

De Pont-l’Abbé au Laos

Vincent LHénoret omiIssu d’une famille profondément catholique de quatorze enfants, Vincent L’Hénoret fit son école primaire au Collège Saint-Gabriel de Pont-l’Abbé puis ses études secondaires au juniorat des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée à Pontmain (Mayenne). Après son noviciat, toujours à Pontmain, il fit ses études de philosophie et de théologie au scolasticat de La Brosse-Montceaux en Seine-et-Marne. Ordonné prêtre le 7 juillet 1946, il est envoyé au Laos en août 1947.

Il a alors vingt-six ans. Son premier séjour se passe dans le secteur de Paksane au bord du Mékong : d’abord à Kengsadok pour apprendre la langue et les coutumes du pays, puis à Nong Bua et ensuite à Paksane même. Deux témoins, qui à l’époque étaient des enfants, se souviennent de lui : « Il savait construire : il a préparé l’église et changé beaucoup de chose, il faisait les travaux manuels. C’était un homme de foi, généreux… Il lisait, il priait beaucoup ; il se rendait d’ici à Paksane à cheval en lisant son bréviaire, en priant. »

En novembre 1957, il est envoyé dans les montagnes du nord du Laos, à Ban Ban (aujourd’hui Muang Kham). Le travail missionnaire n’y était pas facile, en raison des aléas de la guerre civile. Il y avait beaucoup à faire pour aider les familles.

Portrait d’un missionnaire

Ses confrères notent que « Vincent était proche des gens ». Le père Jean-Marie Ollivier ajoute : « Il était bon religieux et très fraternels en communauté. » Son évêque, Mgr Etienne Loosdregt, omi, dira de lui : « Le P. Vincent était l’un des pères qui parlait le mieux le laotien courant. Il n’était pas un intellectuel brillant, mais il a travaillé beaucoup et il y est arrivé. Je l’ai moi-même vu se lever à quatre heures du matin pour préparer sa classe de catéchisme lorsqu’il était à Nong Veng. Si nous lui avons confié Ban Ban, coin difficile et destiné à devenir centre de district, c’est qu’il avait toute notre confiance ».

Un de ses paroissiens raconte : « Quand il est arrivé jusqu’à nous, il a trouvé des difficultés ; il était loin du bien-être. Il a dû nous enseigner beaucoup de choses ; il nous a aidés à connaître le bon Dieu ; il nous a fait observer les vertus ; toujours il était là pour nous guérir. Il nous a fait éviter des péchés, il nous donnait la grâce de Dieu. Il cherchait à nous aider dans la vie. Il aidait les élèves ; certains étudient pour être prêtres, d’autres pour être catéchistes. Il nous aidait à chercher à manger ; il a fait en sorte que beaucoup ont du savoir… »

Prêt à donner sa vie

Dans les derniers mois de l’année 1960, les communistes du Pathet Lao étendirent leur emprise sur toute la région de Ban Ban. Le système communiste se mit en place avec son rythme de réunionsVincent LHénoret omi 03 d’endoctrinement et ses entraves à la libre circulation des personnes. Pour aller dans les villages qu’il desservait, le père L’Hénoret devait chaque fois se munir du laissez-passer prescrit par les nouvelles autorités.

Le mercredi 10 mai 1961, le père L’Hénoret obtint un laissez-passer pour aller célébrer la messe au village de Ban Na Thoum, un village distant de sept kilomètres. Le lendemain, jeudi de l’Ascension, on le vit partir de Ban Na Thoum à bicyclette à 7 heures, comme il l’avait annoncé à ses paroissiens. Peu après, entre Ban Na Thoum et Ban Faï, il fut arrêté par trois hommes portant l’uniforme de la guérilla. Une paysanne qui travaillait dans son champ fut témoin de la première partie de la scène : le Père sortit un papier, le laissez-passer sans aucun doute. Cela sembla satisfaire les militaires, car le père L’Hénoret enfourcha de nouveau son vélo et reprit la route. La paysanne ne vit pas la suite, mais elle entendit peu après des coups de feu ; elle n’y prêta pas attention, car c’était devenu banal. Toutefois, en rentrant au village, elle découvrit le corps du père L’Hénoret à peine dissimulé dans une tranchée.

Jamais aucune explication ne fut donnée pour cet assassinat. Mais pour les témoins qui vivaient sur place à cette époque, il n’y a aucun doute. C’est bien le prêtre que l’on a voulu éliminer. Pour le père Jean-Baptiste Khamphanh, jeune confrère laotien du père L’Hénoret, celui-ci a trouvé la mort de cette façon parce qu’il était prêtre catholique. C’est bien lui que l’on guettait, c’est à lui que l’on a tendu un guet-apens.

Cela est confirmé par Mgr Louis-Marie Ling, évêque de Paksé, qui a connu personnellement le père L’Hénoret et qui connait bien la région de Ban Ban : « Je crois qu’il a été tué en haine de la religion et, spécialement, de la religion catholique. » Le père Jean-Marie Ollivier, qui était très proche de lui, témoigne : « Il a voulu rester avec ses chrétiens, fidèle à son poste jusqu’au bout malgré la présence de l’ennemi. Et c’est ainsi qu’il est mort, dans l’accomplissement de son travail de prêtre… »

Sœur Jeanne-Vincent, laotienne, qui eut le père L’Hénoret comme directeur spirituel, ajoute : « Le Père Vincent était un homme profondément bon. Son dernier sermon, à la messe du soir à Na Thoum, a marqué les gens : il l’a entièrement consacré à la mort. Il disait qu’il faut être toujours prêt, car le Seigneur vient comme un voleur… Il est mort sur la route, le lendemain entre 7 et 8 heures du matin. Deux ou trois militaires lui ont demandé son laissez-passer. Tout était en règle. Il est remonté à bicyclette. C’est alors qu’ils ont tiré sur lui. Il est tombé en criant « Ohh ! » Il n’était pas mort, il a épongé son sang. Alors ils sont revenus pour tirer à nouveau sur lui… Je suis certaine que le Père Vincent a donné sa vie, il s’est donné lui-même entièrement. Il aimait vraiment les gens. »

SA BEATIFICATION

La première phase de la procédure de béatification des « Martyrs du Laos » s'est déroulée en France de 2008 à 2010 (procès informatif diocésain à Nantes), sous la présidence de Mgr Jacques Fihey, évêque émérite de Coutances et Avranches. La seconde phase du procès de béatification s'est ouverte à Rome le 20 septembre 2010, et s'est achevée le 5 juin 2015 par le décret du pape François reconnaissant le martyre de ces 17 prêtres, religieux et laïcs de l’Église du Laos tués entre 1954 et 1970.

La béatification du R.P. Vincent L'Hénoret (1921-1961) a eu lieu le dimanche 11 décembre 2016 à Vientiane au Laos, en présence du cardinal O. Quevedo, omi, légat du pape.

Une messe d'action de grâce a été célébrée le jeudi 25 mai 2017 à 10h30 par Mgr Laurent Dognin en l'église Notre-Dame des Carmes de Pont-l'Abbé, paroisse natale du bienheureux Vincent L'Hénoret.

Les témoins de la foi