L’année de la miséricorde (extraits)

Job an Irien

L’année de la miséricorde
(extraits)

Minihi Levenez n°148, mars 2016

Le mot breton miséricorde « trugarez » signifie en fait deux réalités différentes, enracinées pourtant dans la même réalité, comme deux branches du même arbre, ou les deux faces d’une même pièce. Ce n’est pas la même chose de remercier quelqu’un et de lui faire miséricorde. Lorsque je remercie quelqu’un, c’est parce que je suis en dette envers lui, qu’il m’a aidé d’une façon ou d’une autre, qu’il m’a donné quelque chose : du temps, de l’aide, des conseils, de l’argent, des biens, des paroles aimables, de la joie... Il y a une sorte d’admiration en moi parce qu’il a été miséricordieux à mon égard : il a répondu à ma demande, il m’a donné ce qui me manquait, il s’est dérangé pour moi, il ne m’a pas jugé et envoyé promener, il a entendu mon appel... et ceci a pour fondement sa bonté.

Célébrer et vivre une année de miséricorde sera donc célébrer et vivre la bonté : la bonté de Dieu envers nous, une bonté qui nous appelle à notre tour à la bonté. C’est donc une joyeuse nouvelle puisque nous sommes appelés à lire les signes de la bonté de Dieu envers nous, à les chanter et à remercier pour eux. Nous savons bien que nous ne sommes pas dignes de l’amour que Dieu a pour nous et que nous ne répondons pas bien à son amour, mais notre regard cette année ne doit pas être sur notre péché : nous sommes appelés à comprendre que nous sommes des pécheurs pardonnés. Nous sommes déjà sauvés : Jésus a vaincu le mal, et nous donne la main chaque jour pour lutter contre le mal.

Découvrir la miséricorde de Dieu

La première chose à découvrir, c’est la création. Avoir un cœur de louange pour la terre et la mer, pour les montagnes et les rivières, pour les arbres, les oiseaux, les poissons et tous les animaux, pour les fleurs et les cultures, pour le jour et la nuit et la voûte étoilée. Ce sont tous des cadeaux qui nous sont offerts : remercier pour eux, car ils nous viennent de la main miséricordieuse de Dieu.

Et découvrir l’homme : nos frères et sœurs, notre famille et son histoire, nos voisins, notre peuple et les autres peuples... Et surtout tous ces gens de bonne volonté qui cherchent la justice et la paix, et tous ceux qui aident les autres à vivre, car ils· sont pour nous le sourire de Dieu. Et remercier Dieu pour eux.

Et plus encore, beaucoup plus encore découvrir, aimer et fréquenter Jésus notre Sauveur, car en lui se trouve toute la miséricorde de Dieu. Regarder de près sa vie, sa manière d’être avec les gens, sa façon de les accueillir, de les décharger de leur mal et même d’avoir confiance en eux, au point de leur dire : « Va et désormais ne pèche plus ! » et plus encore sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Là s’exprime toute la miséricorde de Dieu. Et puis lire et relire les paraboles de la miséricorde en saint Luc.

[…]

Le mot « pardon », que nous utilisons pour désigner la fête de celui ou celle à qui est dédiée la chapelle, vient tout droit de l’époque des indulgences au moyen-âge. On disait : il y a pardon dans tel ou tel lieu le jour de la fête du saint et pendant l’octave, et ces indulgences étaient applicables aux défunts comme aux vivants. Les gens venaient nombreux à cause de leur amour pour leurs défunts, puisque c’était pour eux une façon d’aider leurs défunts sur la route du paradis. Mais dans le même temps, le pardon était aussi l’occasion de faire la paix entre les participants. Bien des fois, j’ai entendu dire que le jour du pardon était le jour de l’entente retrouvée. Quand il y avait des querelles ou des difficultés entre tel ou tel du quartier, participer ensemble au pardon était toujours une façon de dire : « les querelles sont terminées », et il n’en était plus question.

[...]

Nos chapelles, par exemple, nous disent que nous avons des amis au paradis qui prient Dieu pour nous. Le saint patron de la chapelle ne peut pas être indifférent envers les gens qui viennent prier Dieu par lui. Nous n’avons peut-être pas souvent pensé à remercier Dieu pour lui, et pourtant il le faudrait. Il est l’un de nous et notre ami. Il a vécu la miséricorde, car les gens se sont rassemblés autour de lui, ce qui veut dire immédiatement qu’il savait accueillir chacun, écouter chacun, encourager chacun et être proche de chacun. Il nous a laissé une fontaine, signe du baptême et signe de l’eau vive. Il nous a laissé une maison de prière, ouverte à tous, où nous sommes tous enfants du Père. Il nous a laissé la croix du Christ, qui nous montre jusqu’où va l’amour de Dieu pour nous.

Et il nous demande : jusqu’où va ta miséricorde à toi ? Ton merci pour ce que tu as reçu ? Et ta miséricorde envers tes frères ? Et pourquoi ton cœur ne deviendrait-il pas un cœur de remerciement et de miséricorde, et être ainsi source de joie pour beaucoup ? Jésus, ton Sauveur et ton frère t’appelle !

Job an Irien
(mars 2016)

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