La porte de la Foi

Minihi Levenez 133B, 2013, p. 32-39.

La porte de la Foi

On trouvera ici un résumé de l’article écrit par Michel Fédou sj. dans le numéro de janvier 2013 de la revue “Etudes” (“La foi chrétienne aujourd’hui”, p. 53-62), suivi de quelques réflexions qui me sont venues.

Ouvrir la “Porte de la foi”, selon l’expression de Benoît XVI, aux bretonnants d’aujourd’hui ! Pour le faire, il y a aujourd’hui des difficultés qui proviennent de l’esprit du monde actuel, mais aussi des assises à mieux mettre en lumière.

Il y a des athées militants qui voient la foi chrétienne comme une illusion, qui empêcherait le chrétien de prendre sa part à la vie de ce monde. C’est une façon commode de se défaire de la question, car ils ne voient pas le grand nombre de chrétiens qui font de leur mieux pour lutter pour la justice et la paix.

Il y a des a-thées, des gens sans-dieu, qui disent qu’ils ne savent pas, beaucoup de gens qui cherchent un sens à leur vie, qui cherchent à vivre un bonheur maintenant sans chercher plus loin, parce qu’on ne sait pas, et qui vivent selon une “spiritalité laïque”.

II y a aussi ceux qui se disent “croyants sans appartenance”, des croyants qui ne sont d’aucune Eglise, qui n’ont pas de croyances religieuses, car ceci entraverait leur recherche et leur liberté.

C’est dans un tel monde que nous nous trouvons aujourd’hui, un monde où l’homme est souvent le jeu de la consommation et dans lequel il reste peu de place pour quelque forme de croyance. Et pourtant, c’est dans ce monde-là que nous avons à vivre notre foi chrétienne et à en témoigner.

La vie humaine est fondée sur une foi, c’est à dire une confiance, une confiance en l’autre pour la nourriture, le vêtement, le travail, et plus encore une fidélité quand il est question d’amitié et d’amour : je crois en ta parole quand tu me dis que tu m’aimes pour toujours. En outre, dans l’histoire de l’humanité, il y a toujours eu une sorte de confiance en un autre monde, de par le désir de vouloir vivre pour toujours, d’être heureux définitivement, d’être immortel, et par là une confiance en des puissances divines. Croire, l’acte de croire est profondément enraciné dans l’expérience multiséculaire de l’homme, comme l’exprime la Lettre aux Hébreux :
La foi est la garantie des biens que l’on espère, la peuve des réalités qu’on ne voit pas. C’est elle qui a valu aux anciens un bon témoignage. Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent...” (Heb. 11,1-3)


Sur ce fondement, comment donner à entendre la Bonne Nouvelle de la foi chrétienne ? Et qu’est-ce que la foi chrétienne ? L’acte de foi a déjà une grande place dans l’Ancien Testament : Abraham met entièrement sa confiance en la parole de Dieu, lui obéissant envers et contre tout... Il s’agit d’une relation vivante entre l’homme et son Seigneur, une confiance absolue dans le Dieu vivant et vrai. “Ayez foi en Dieu” dit Jésus (Mc 11,22). Mais il dit aussi, dans l’Evangile de Jean (Jn 14,1) : “Croyez en Dieu, croyez aussi en moi.” Voilà ce qui est nouveau : c’est un homme qui demande que l’on croie en lui. La foi en Dieu passe désormais par la foi en l’homme Jésus tel qu’il s’est fait connaître sur la terre, un homme qui s’est montré “puissant en œuvres et en paroles” (Lc 24,19) : il a enseigné avec autorité, il a apporté la guérison à des infirmes et la délivrance aux possédés, il a pardonné aux pécheurs, il a révélé la surabondante bonté de son Père, il a aimé les siens jusqu’au bout, jusqu’à mourir pour eux sur une croix. La vérité de cette foi est confirmée par ce qui se passe à Pâques : celui qui a été crucifié sur la croix est ressuscité d’entre les morts, il est vivant pour toujours.

Le cœur de la foi chrétienne est donc le mystère de Jésus reconnu comme Christ et Seigneur ; comme dit saint Paul, “Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé.” (Rom 10, 9). Cette foi sera déployée dans les paroles du Credo : la foi chrétienne est foi en un seul Dieu, en son Fils Jésus-Christ mort et ressuscité, en l’Esprit qui agit lui-même dans et par l’Eglise. La foi chrétienne consiste à s’attacher au Christ et au Dieu de Jésus-Christ. Il ne s’agit pas seulement de croire qu’il y a un Dieu, ni même de croire en Dieu, mais bien plus de se fier entièrement au Dieu de Jésus-Christ.

Sur quoi peut reposer une telle foi ? Elle ne pourra jamais être prouvée scientifiquement, car elle porte sur les “réalités qu’on ne voit pas” (Heb 11,1). Elle est donc un acte de confiance, un acte risqué, mais qui n’est pas cependant sans garanties. Elle est fondée sur des témoignages : celui de Jésus lui-même (“Je dis ce que j’ai vu chez mon Père” Jn 8, 38), celui des apôtres, celui des générations chrétiennes au long des siècles, celui de tel ou tel chrétien qui nous aura marqué par sa façon d’être et de vivre, celui de telle communauté qui nous aura donné envie de devenir chrétien. Mais sutout le croyant reçoit en lui-même de quoi l’encourager à continuer son propre chemin, c’est à dire une lumière et une paix intérieure qui l’aideront à traverser la nuit : il est avec nous, de manière mystérieuse sans doute, mais il fait route avec nous.

Outre le rôle des témoins et l’expérience intérieure, il y a pour vivre la foi chrétienne dans le monde d’aujourd’hui, deux points qui méritent qu’on en parle. Le premier : la relation personnelle avec l’homme Jésus. Se fier à cet homme tel qu’il s’est révélé à nous, écouter son enseignement, éprouver que “jamais homme n’a parlé comme cet homme” (Jn 7, 46), être frappé par la compassion qui l’a porté à guérir, à pardonner et à offrir sa vie pour tous, le reconnaître finalement comme le “Fils unique” devenu l’un de nous ; c’est alors, et alors seulement que nous connaîtrons mieux Dieu. Nous ne verrons plus Dieu “au-dessus” du monde, mais en Jésus nous trouverons le chemin vers le Père, et nous saurons avec lui quelle est notre vocation : vivre nous aussi, à l’aide de l’Esprit, à la manière du Christ et être ainsi “enfant de Dieu”.


Le second point : l’homme d’ajourd’hui, par la foi chrétienne, apprend que la mort est vaincue par le Christ : Jésus est ressuscité, là est la nouveauté décisive de Pâques. Nulle autre religion n’atteste qu’un tel évènement soit déjà advenu dans l’histoire de l’humanité ; la foi chrétienne, elle, apporte cette “bonne nouvelle”. La souffrance n’est pas niée, et la mort continue à être une séparation ; mais la foi chrétienne nous apprend qu’il y a un au-delà de la mort, non pas l’immortalité de l’âme, ni la réincarnation, mais une vie pleine, une vie étêmelle avec Dieu et en Dieu.

Croire cela demande, et demandera toujours un acte de foi, mais nous savons que cette confiance en Dieu donne un sens à la vie pour aujourd’hui et pour demain.

Après avoir lu de près l’article de Michel Fédou, il m’est venu à l’esprit deux éléments sur lesquels, nous Bretons, nous pourrions insister.

C’est difficile pour les enfants et les jeunes d’aujourd’hui de faire la différence entre ce qui est absolument vrai et ce qui relève du virtuel. Les recherches historiques à propos de Jésus sont suffisamment avancées pour qu’on puisse affirmer clairement quand et comment il a vécu, ce qu’était son enseignement, pourquoi il a été conduit à la mort, et ce que disent les témoins de sa résurrection. Son histoire n’est pas une belle légende, et c’est vrai qu’il n’y a pas mieux qu’un pèlerinage en Terre Sainte pour les aider à s’approcher en vérité de Jésus.

Lorsqu’on ne sait plus très bien vers où se tourner, il est bon de revenir au point de départ pour écouter les premiers témoins. Outre les témoignages du Nouveau Testament, et les saints des premiers siècles, nous avons la chance d’avoir le témoignage de ceux qui sont venus de l’autre côté de la mer vivre ici une vie de foi à la fin du Vème siècle et surtout au Vlème et aux siècles suivants. Leur cœur était enflammé de l’amour de Jésus et c’est ce qui les a amenés à quitter leur pays pour partir à l’aventure de Dieu à cause de Lui et des gens. Ils venaient ici pour chercher à y bâtir un monde de paix reposant sur l’Evangile. Ayant quitté la sécurité de leur clan, ils venaient ici dans un pays qu’ils ne connaissaient pas, pour vivre une vie de prière, de travail et d’accueil : ceci n’a été possible qu’en raison de leur amitié profonde pour Jésus. Pour eux, il ne s’agissait pas d’idées, mais de vie. Leur exemple peut nous donner de l’élan, à nous aussi.

Plus près de nous, nous avons d’autres exemples de grand poids : celui de saint Yves, qui imitait lui-même nos premiers saints ; celui de Santig Du, l’ami des pauvres à Qimper ; celui de Salaün ar Foll, qui chantait sa vie à la Vierge Marie ; plus près encore Michel Le Nobletz et le Père Maunoir ; entre 1850 et 1950, la saga des misionnaires de Bretagne partis aux quatre coins du monde ; au cours de la dernière guerre, Marcel Callo... et récemment le Père Olivier et le Père Buannic... et tant et tant d’autres. Des gens brûlés par l’amour de Jésus-Christ jusqu’à resplendir de cet amour : voilà ce à quoi nous sommes appelés pour que demain il y ait des chrétiens dans le monde des bretonnants.

Job an Irien

 

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