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Cultures bretonnes et Foi

Minihi Levenez n°117, 2009, p. 34-59.

Job an Irien,
Conférence à l'occasion du 25e anniversaire du Minihi.
Tréflévenez, 24 octobre 2009

Cultures bretonnes et Foi

En donnant à cette conférence ce titre “Cultures bretonnes et foi”, je me suis demandé s’il était sensé, en ce début de XXIème siècle de continuer à parler de culture bretonne, comme si c’était une réalité qui traversait les siècles. En réalité, on peut légitimement se poser la question de savoir s’il existe encore aujourd’hui une culture bretonne, ou des formes de culture bretonne qui ne soient pas de pacotille. S’agit-il d’un mythe qui se transmettrait plus ou moins consciemment, ou s’agit-il d’une simple relique du passé que certains préserveraient par nostalgie, mais qui ne fait plus vivre.

Une culture est ce qui marque profondément une société dans ses comportements et son art de vivre si l’on veut bien entendre par là sa musique, sa littérature, son habitat, ses loisirs, sa vie religieuse... Y a-t-il aujourd’hui un art de vivre typiquement breton dans notre Finistère ? Tout porterait à en douter, tellement notre société bretonne est marquée par le matérialisme ambiant et les divers courants qui agitent le monde occidental. Chacun de nous est bien conscient qu’il est traversé par ces divers modes culturels. Et pourtant les étrangers qui viennent chez nous continuent à nous dire que nous sommes différents, que nous avons un sens particulier de la fête et de la convivialité, que nous perpétuons des coutumes qui restent vivantes, que le fond religieux de l’existence a encore du poids chez nous, et que, selon les mots d’une directrice de maison de retraite du Massif central en parlant des Bretons de son établissement, “les Bretons ont toujours une lucarne ouverte sur le ciel”...

En fait, si nous voulons être honnêtes, il nous faut reconnaître qu’il nous reste seulement des lambeaux d’une culture rurale et maritime que l’évolution a rejetée dans les marges, et qui serait entièrement disparue s’il n’y avait eu la volonté farouche d’un certain nombre de groupes de la maintenir en vie envers et contre tout, et de l’adapter à la modernité. Là où la réussite est la plus évidente, c’est dans le domaine de la musique : tout en conservant le kan-ha-diskan et le style de la gwerz, la musique bretonne a su prendre toutes les formes de la musique contemporaine sans pour autant perdre son inspiration bretonne. Elle s’est nourrie d’apports étrangers, et elle est toujours portée par d’immenses talents qu’il serait trop long de citer ici. Reconnaissons l’impact du travail des bagadou et des cercles celtiques, l’importance du rôle des festivals, depuis Kann-al-Loar, les fêtes de Cornouaille, le festival interceltique, Paris-Bercy... qui savent affirmer une identité bretonne d’aujourd’hui. Dans le domaine du chant, de la musique et de la danse, il est certain que les divers peuples celtes, et les Bretons ·plus particulièrement, ont su affirmer leur présence.

Il est dommage que la musique religieuse, qui n’a pas été en reste, grâce à des Roger Abjean, René Abjean, Michel Scouarnec, Christian Desbordes... n’ait pas pu avoir la même diffusion, malgré le travail réalisé par les grandes chorales telles que la chorale du Bout-du-Monde, St Mathieu, Carantec... et aujourd’hui Bann-Heol et Allah’s Kanañ. Comment se fait-il que toute cette richesse soit restée, sauf exceptions, à la porte de nos églises ? Frilosité ou manque d’intérêt de la part du clergé, indifférence des équipes liturgiques, refus pratique du bilinguisme dans la liturgie en raison d’un blocage vieux de cinquante ans...

Mais revenons aux divers éléments qui font une culture. Notons l’influence du théâtre en breton, avec en particulier Strollad ar Vro-Bagan, mais aussi l’existence de radios entièrement en breton, telles que Arvorig FM, Radio-Kerne et Radio Kreiz-Breiz, sans compter l’impact grandissant des sites bretonnants sur le net. Il faudrait aussi parler de “Ya” et des magazines pour enfants. Il est clair aujourd’hui que la culture bretonne ne mourra pas, car elle est désormais supportée par le renouveau de la langue, résultat du travail de Diwan et des classes bilingues, et aussi des divers cours pour adultes. S’il est loin le temps où tout le monde parlait breton, on voit poindre maintenant des hommes et des femmes qui s’expriment naturellement en breton sans la moindre réticence, sans la moindre honte : ce sont des jeunes qui y croient, et qui mettent leurs talents au service de la littérature, de l’art, d’un mode de vie plus écologique... mais qui, pour la plupart, n’ont que peu ou même aucune culture religieuse bretonne. Leur monde spirituel va être très différent de ce que la tradition nous a légué. D’où la question : y a-t-il dans la tradition religieuse bretonne que nous avons reçue des éléments qui pourront aider ces jeunes à découvrir la foi et à vivre de cette foi ? Ces éléments existent-ils encore ou doit-on les réinventer ? Doit-on en inventer d’autres ? Qui va défricher ce terrain ?

Il est indéniable qu’il existe actuellement une culture bretonne, il faudrait dire une nouvelle culture bretonne, peu enracinée dans la culture bretonne des anciens, car elle porte les marques de la “mid-atlantic culture”. Elle est le fait d’un petit nombre, dira-t-on, mais contrairement à l’ancienne elle est constamment active dans les divers domaines culturels. S’y trouvent des militants sérieux et efficaces qui cherchent à donner aux Bretons de demain un enracinement à la fois breton et ouvert sur le monde, et pour lesquels, la plupart du temps, la langue est le sous-bassement nécessaire et incontournable de l’avenir breton. L’Eglise leur est-elle présente ? Des chrétiens y participent-ils ? A cette dernière question, il faut répondre affirmativement, même s’ils y sont peu nombreux en tant que chrétiens. Attendent-ils quelque chose de l’Eglise ? La réponse est loin d’être claire, car beaucoup ont un contentieux avec l’Eglise, soit en raison de sa négation pratique de la langue bretonne dans sa liturgie au cours des quarante dernières années, soit en raison de ses positions moralisantes. Pour la plupart, il s’agit surtout d’une grande indifférence, commune à beaucoup de nos contemporains. La culture bretonne qu’ils professent est résolument laïque, et le religieux n’y a pratiquement pas de place. Un exemple : la veillée de Noël dans les collèges Diwan ne comporte habituellement pas un seul cantique breton de Noël, ce qui me paraît quand même un comble. Est-ce à dire qu’ils n’attendent rien de l’Eglise ? Je crois qu’ils attendent d’être pris en compte par l’Eglise, d’être reconnus pour l’immense travail qu’ils accomplissent au service de la langue et de la culture bretonnes, et que le trésor de la culture religieuse bretonne leur parlerait s’ils le connaissaient. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la joie sur les visages à la fin de nos pèlerinages en Bretagne ou en pays celtiques, ou encore à la fin des célébrations de Noël, de Pâques ou de la profession de foi ici dans cette église de Tréflévénez. Mais nous en touchons si peu !

Et puis, il y a tous les autres, en particulier ceux qui ont connu dans leur enfance la culture religieuse traditionnelle, la prière en breton à la maison, les veillées des défunts, les tantad de la Saint-Jean et même de la Saint-Pierre, la messe du dimanche en latin avec chants et prédication en breton, les vêpres, la procession du Saint-Sacrement, la procession du pardon, les grands pardons auxquels on allait en bande joyeuse à pied, la fête de la Toussaint et des défunts, les missions... et le règne des recteurs. Tout cela a été brutalement mis en cause par la guerre et l’évolution rapide économique, sociale et culturelle de l’après-guerre : peu à peu, le breton est devenu langue de retardataires et, malgré une certaine résistance incarnée par Mgr Favé et le Bleun-Brug, l’Eglise dans son ensemble a largement suivi le mouvement. Il est vrai que beaucoup, et spécialement la jeunesse, voulaient secouer le joug de l’Eglise et profiter du bouleversement rapide de la société, pour se défaire d’un passé contraignant. Nous connaissons cette histoire.

Les derniers bénéficiaires de cette culture religieuse traditionnelle ont aujourd’hui soixante ans et plus. Ce sont eux qui majoritairement, dans nos communes rurales, participent à nos offices dominicaux : ils n’ont pas décroché de l’Eglise. Ce sont eux aussi qui forment la majorité de ceux que l’on retrouve, par exemple, à la messe bretonne du pardon du Folgoët, qui rassemble deux mille personnes. Remarquons tout de suite qu’à cette messe sont présents également de nombreux adultes plus jeunes, ainsi que des jeunes bretonnants. Je crois qu’il faut reconnaître que beaucoup de nos pardons tiennent debout par la volonté et le dévouement effectif de cette génération, qui cherche à appeler de plus jeunes à y participer effectivement. Quelque chose de la culture religieuse bretonne traditionnelle les a nourris et est encore à l’œuvre dans leur existence.

Nous sommes un drôle de peuple, mené généralement beaucoup plus par le cœur que par la raison, et c’est par le cœur que nous allons à Dieu. Il est intéressant de constater que nos contemporains “cherchent davantage des “voies” que de la doctrine, et il y a un primat de l’expérience” (Site Culture et Foi des Jésuites). “C’est l’expérience personnelle qui est mise en avant : Dieu est senti comme étant de l’ordre de l’expérience”. Il est clair alors que la culture religieuse, et pour nous la culture religieuse bretonne est de la plus haute importance, car c’est probablement par elle que certains pourront faire une vraie expérience de Dieu en même temps qu’une vraie expérience de communauté.

Il ne s’agit pas ici de nostalgie, encore moins de ressusciter un passé qui était loin d’être libérant, puisqu’il restait marqué par une forme de jansénisme qui ne correspond pas beaucoup au cœur de notre histoire religieuse. De quoi s’agit-il alors ? De pouvoir donner aux jeunes et aux adultes de ce temps qui ont un certain intérêt pour la culture bretonne, ou qui en sont marqués sans trop s’en rendre compte, oui de pouvoir leur donner le goût de Dieu et de leurs frères par des moyens d’expression qui leur parlent au cœur, simplement parce qu’ils sonnent de chez nous, sans faire table rase bien sûr de tout ce qui vient d’ailleurs. Nous avons besoin d’une culture religieuse du cœur, une culture de la fraternité et de la proximité, une culture de la compassion et non de condamnation, une culture de l’espérance et de la joie. La culture religieuse bretonne peut être une porte pour tout cela. Malheureusement, la culture religieuse bretonne reste encore pour une grande part une “culture barbare”, comme disait Per-Jakez Hélias, au sens où les Grecs employaient ce terme, c’est à dire une culture non répertoriée, non identifiée, non classée. Elle reste du domaine du flou, malgré tous les travaux du siècle dernier. Notons quelques-uns de ses éléments : pardons, pèlerinages, troménies, culte des défunts, culte de la Vierge, de sainte Anne et des saints fondateurs, le tout souvent lié à une affirmation forte d’identité et si possible de convivialité.

Certains aspects sont à mettre en valeur, parce qu’ils sont Bonne Nouvelle pour nous. Le premier est celui du sentiment de la proximité de Dieu vu comme se révélant à travers la nature, et nous parlant de sa bonté et de sa paternité. Dieu est tout proche de nous, et la création nous parle de lui. La nature est pour nous le premier livre de la révélation, et ceci rejoint évidemment les préoccupations écologiques d’aujourd’hui.

Le second aspect est celui de la proximité du Christ que nous nommons naturellement, en breton du moins, beaucoup plus de son nom d’homme “Jezuz”, “Jezuz or Zalver” que du titre Krist. Et ceci est significatif, car par sainte Anne et Marie il est de notre famille humaine, il fait partie de la famille, il est notre frère et nous pouvons donc tout lui dire et compter sur lui. Notons en passant que c’est le Christ mort et ressuscité qui est au cœur de notre foi et que ce n’est pas par hasard que les figures d’Anne et de Marie nous ont été données pour nous conduire à Jésus : étant donné l’omniprésence de Marie dans la piété populaire et de la Vierge à l’enfant dans nos églises, il paraît étrange aujourd’hui qu’elle n’ait aucune place dans nos liturgies. Faudrait-il donc que les chemins pour aller à Dieu soient les mêmes d’un bout à l’autre de la terre ?

Le troisième est le fait de l’importance de la Trinité chez nous : Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint, est une famille d’amour où chacun se reçoit et se donne. Ils sont trois en un, ce qui est l’unité fondamentale dans le monde celtique. Nos églises les plus anciennes ont été dédiées à la Trinité. Nous oublions trop souvent la présence de la statue de la Trinité dans nos églises : je n’ai jamais entendu prêcher dans l’église de Bodilis sur la magnifique statue de Dieu le Père nous présentant son Fils, qui était autrefois au sommet des fonts baptismaux !

Le quatrième est le fait de la famille, vue comme fondement de tout amour vrai, de toute éducation et de toute vie sociale. Elle a eu ses aspects contraignants et son visage de clan fermé, mais elle a aussi véhiculé une réelle solidarité à l’intérieur d’elle-même, tout en vivant une vraie solidarité avec le voisinage : témoin le service d’entraide dans le monde rural. C’est aussi une Bonne Nouvelle qui est loin d’avoir disparue. La famille reste souvent le lieu du rassemblement et de la fête, le lieu qui transmet l’histoire familiale et qui peut aussi transmettre les premiers éléments de la foi, d’une foi vécue.

 

D’autres aspects seraient à souligner, parce qu’ils participent de l’inconscient collectif : citons-les seulement, car chacun d’eux demanderait une longue présentation.

- La place particulière de la mort, le souvenir des défunts, la prière pour eux et la conscience de leur proximité.

- La place particulière de la femme : ce n’est pas par hasard que l’épisode des “conhospitae”, ces femmes qui osaient distribuer le précieux calice au début du Vlème siècle, se soit passé chez les Bretons. Le statut de la femme était différent. Il le reste en partie, et ceci montre bien que la question de la place de la femme dans la liturgie est d’abord une question culturelle.

- Une multitude de gestes religieux ou de dévotions qui avaient presque tous disparu et dont certains ont été remis à l’honneur ces dernières années : le signe de croix à l’eau bénite en entrant dans l’église, la génuflexion, les tours autour des fontaines sacrées ou de la chapelle, les “pardon mut”, le baiser des croix et le salut des bannières aux pardons, le baiser des reliques, le pain bénit, la procession du Saint-Sacrement, le voilage des statues au temps de la Passion, embrasser le sol au cours de la lecture de la Passion au moment de la mort de Jésus, le chemin de croix, le chapelet, le mois de Marie, les cierges auprès de la statue de la Vierge ou du saint patron, les rites de la Toussaint... En famille, la prière à genoux au cours de laquelle chacun, même les enfants, disait un “De profundis” pour les défunts qu’il avait connus ; la lecture de la vie des saints ; le bénitier auprès du lit-clos ; le lavement des pieds par le père de famille le Jeudi Saint ; le bénédicité avant le repas et l’angélus à la fin ; la veillée autour du défunt à la maison, animée par un laïc, et suivie d’une collation ; les rameaux de buis béni mis dans la maison, les crèches et les champs le dimanche des Rameaux ; la bénédiction de la maison ou de nouveaux bâtiments ; la tournée de baptême et celle du premier de l’an...

Beaucoup de ces gestes ont disparu, parce qu’ils sont devenus une routine et qu’ils n’étaient plus nourris de l’intérieur. Le plus significatif a été la quasi disparition de toute liturgie familiale, domestique, disparition liée autant au changement de langue qu’au changement de mentalité. Ces gestes n’avaient pas tous le même intérêt, et nous n’avons pas su les adapter aux conditions nouvelles de la vie. Longtemps, ils ont su traduire une incarnation de la foi. Ils sont une manière de dire que notre histoire est sacrée, que la création est sauvée par la mort et la résurrection du Christ et que ce monde est aimé de Dieu. Saurons-nous inventer de nouveaux gestes ou renouveler des gestes anciens qui nous permettront d’incarner davantage notre foi dans le monde d’aujourd’hui ?

Nous voyons bien que la marche-pèlerinage est l’un des domaines à réinvestir. Celui de notre histoire religieuse, et en particulier de ses origines, en est un autre. Quant au chantier de la catéchèse, il est énorme si nous voulons bien mettre l’accent sur ce qui est fondamentalement Bonne Nouvelle pour nous. Il ne s’agit pas simplement de faire du breton, de donner par exemple plus de place à la langue bretonne et à la musique religieuse bretonne dans la liturgie, ce qui parfois ne serait déjà pas si mal, mais il s’agit avant tout de faire breton, c’est à dire de faire selon ce que nous sommes, avec nos accents particuliers, que ce soit en français ou en breton. Comment se fait-il, par exemple, que je retrouve la même liturgie avec les mêmes chants en Vendée et à Ploudiry ? L’uniformisation française est-elle totale et définitive ? Cette liturgie a-t-elle la couleur de chez nous ? Nous correspond-elle réellement ? Pour ma part, je continue à penser que non, et j’estime que nous avons un devoir particulièrement vis à vis des néo-bretonnants si nous ne voulons pas les considérer comme des étrangers dans leur propre pays. Quelle que soit notre opinion à ce sujet, il nous faut reconnaître qu’ils incarnent déjà une nouvelle façon d’être bretons, et qu’ils sont l’avenir d’une identité retrouvée et renouvelée, et ce probablement en dehors de l’Eglise.

Alors, que nous manque-t-il pour apporter aux Bretons de ce temps, et plus particulièrement aux bretonnants, un Evangile à la fois universel et en même temps aux couleurs de chez nous ? A vrai dire, il nous manque à la fois, des idées et des hommes.

Les idées : J’en ai esquissé quelques-unes, mais j’avoue que la recherche reste à faire. Elle ne pourra se faire qu’en commun et en marchant. Pour le petit groupe de ceux qui viennent ici à la messe en breton le samedi soir, le petit essai de “stations” que nous avons fait cette année au cours du carême me paraît concluant, de même que le repas une fois par mois. D’autres recherches sont à mener dans ce cadre.

Les propositions avancées par la Commission Langues et culture bretonne au sujet de la liturgie, et promulguées par Mgr Guillon, sont toujours d’actualité, et ont été très peu suivies d’effet. Faut-il les renouveler ? La commission elle-même peut-elle jouer un autre rôle que celui d’alerter ? Ce serait dans son rôle de proposer des idées et des axes de recherche. Sera-t-elle renouvelée ?

Les hommes : ils font cruellement défaut, eu égard aux besoins. Et pourtant que de réalisations ces dernières années grâce à la volonté persistante de quelques-uns : la catéchèse en breton à Plouguerneau en relation avec la paroisse, à Guissény, à Landerneau et à Plougastel. Gwerz Nedeleg et Ar Basion Vraz à Plouguerneau. Une messe en breton de temps en temps dans les secteurs de Landerneau, Landivisiau et St Pol de Léon. L’émission religieuse sur Arvorig-FM et Radio-Kerne, la prière du matin tous les jours sur Radio-Rivages. Des pardons revitalisés ou tout nouveaux, comme celui de St Corentin en Scrignac ; l’entraide des groupes de pardon, Kerdévot, Ty Mamm Doue, Lothéa, Callot... Sizun, Lampaul, Bodilis... Des pardons aussi animés par des laïcs, pour qu’ils continuent à avoir lieu. Signalons encore dans un autre genre les marches de carême des sanctuaires, et leurs grands pardons. Oui, quelque chose résiste à l’uniformisation.

Et pourtant la question demeure : qui assurera demain une catéchèse en breton aux enfants bretonnants, en primaire et surtout dans les collèges, et plus particulièrement dans les collèges et Lycée Diwan ? Quelle formation proposer dans ce sens aux catéchistes ? Qui prendra la suite dans l’animation de pardons sans prêtres ? Qui prendra l’initiative de rassembler des jeunes bretonnants afin de chercher avec eux leur place et leur rôle dans l’Eglise ? Chacune de ces questions mériterait tout un développement et une recherche.

Malgré toutes ces interrogations, nous n’avons pourtant pas de quoi baisser les bras, car les initiatives ne manquent pas. Qui aurait cru à l’émergence d’un groupe comme Allah’s Kanañ, ou même de Bann-Heol ? Leur façon d’être d’Eglise n’est pas ce que nous avons vécu, mais c’est la leur, et elle portera du fruit. Etre Breton chrétien est aujourd’hui une réalité bilingue : elle a ses richesses, même si l’aspect d’insatisfaction est courant chez les néo-bretonnants. Nous sommes appelés à respecter et à aimer la différence, sans jamais nous nier: là est notre difficulté constante. Quoi qu’il en soit, c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que nous dirons quelque chose de l’Evangile aujourd’hui, et c’est là la raison principale d’une journée comme celle d’aujourd’hui.

Job an Irien

(Tréflévénez, le 24 octobre 2009, 25ème anniversaire du Minihi)