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10ème dimanche du temps ordinaire – 10 juin 2018

Une phrase rude de Jésus dans l’Évangile de Marc pour notre réflexion de ce dimanche : « Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. » Quel est donc ce péché impardonnable ? Jésus prononce cette phrase alors qu’il est lui-même l’objet d’un soupçon de la part des scribes venus de Jérusalem. Alors peut-être le soupçon serait-il le pire des péchés, mais quel soupçon ? Les textes de ce dimanche nous ouvrent des pistes pour une brève enquête.

Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient :
« Il est possédé par Béelzéboul ;
c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. »
Les appelant près de lui, Jésus leur dit en parabole :
« Comment Satan peut-il expulser Satan ?
Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut pas tenir.
Si les gens d’une même maison se divisent entre eux,
ces gens ne pourront pas tenir.
Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé,
il ne peut pas tenir ; c’en est fini de lui.
Mais personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort
Amen, je vous le dis : Tout sera pardonné aux enfants des hommes :
leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.
Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint,
il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. »
Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit : « Il est possédé par un esprit impur. »

Les scribes ne cessent de chercher à prendre Jésus en défaut dans sa manière de pratiquer la Loi, dans ses miracles de guérisons, et particulièrement dans son combat contre les démons. Jésus fait le bien, guérit et libère, il fait revivre et redonne confiance, et on le soupçonne de détenir un pouvoir démoniaque, d’être l’ami du prince des ténèbres, alors qu’il le dénonce et le combat. Voilà donc le péché que Jésus dénonce chez les scribes, et qui est pour lui le pire des blasphèmes contre l’Esprit de Dieu. Ce soupçon est le même que celui dont parle la Genèse, dans la première lecture.

Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? »
Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin,
j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. »
Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ?
Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? »
L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée,
c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. »
Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? »
La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. »
Alors le Seigneur Dieu dit au serpent :
« Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux.

Figure du mal, le serpent avait tenté Ève et son époux, éveillant en eux un soupçon par rapport à la bonté absolue du Dieu créateur. Celui-ci leur avait déclaré que s’ils mangeaient le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ils se prendraient pour des dieux et feraient leur propre malheur, refusant d’accepter les limites de leur condition humaine. Le serpent les poussait à désobéir aux conseils de Dieu. Il voulait les convaincre que Dieu était pervers, habité par des arrière-pensées mauvaises et sournoises. Un peu comme un enfant qui désobéit à son père et l’injurie parce qu’il lui a interdit de ne pas toucher ce qui est brûlant, car il se mettra en danger. C’est par amour et pour leur bien que Dieu leur interdisait ce geste.

Le péché impardonnable consiste donc à refuser de croire que Dieu n’est que bonté, grâce et miséricorde. Ce piège du soupçon dans lequel ils étaient tombés avait pour conséquence de les exclure eux-mêmes de la logique de l’amour. Quand ils accusent Jésus d’être membre de la famille des démons, les scribes oublient son tout premier miracle dans la synagogue de Capharnaüm, lorsqu’un homme tourmenté par un esprit impur, s’était mis à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » Les personnes libérées des esprits mauvais s’avèrent ainsi plus clairvoyantes que les scribes au sujet de Jésus ! Il avait démasqué les démons et il était à leurs yeux non pas leur complice mais leur pire ennemi.

Aujourd’hui Jésus nous éclaire dans le combat spirituel que nous devons mener pour devenir « maîtres » de nous-mêmes. Pour que Dieu soit le maître en nous et que sa volonté nous guide, il nous faut ligoter ce qui peut à l’intérieur de nous, nous paralyser et nous empêcher de suivre ce que nous inspire l’Esprit Saint. Nous serons ainsi plus forts quand le démon nous tentera du dehors. Cette parole de Jésus nous donne de contempler le combat qu’il mène contre le mal pour nous en délivrer. Nous pouvons nous rendre compte que notre propre combat spirituel est situé dans le sien. Comme Jésus est vainqueur, déjà nous sommes vainqueurs. « C’est pourquoi, écrit Paul aux Corinthiens, nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous. »

Un autre soupçon nous est rapporté aussi dans l’Évangile, mais il est d’un autre ordre. Les gens de la parenté de Jésus, sa mère et ses frères, soupçonnent Jésus de folie et pensent « qu’il a perdu la tête ».

Dans la maison où il se trouvait, de nouveau la foule se rassemble,
si bien qu’il n’était même pas possible de manger.
Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui,
car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »
Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler.
Une foule était assise autour de lui ; et on lui dit :
« Voici que ta mère et tes frères sont là dehors : ils te cherchent. »
Mais il leur répond : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? »
Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,
il dit : « Voici ma mère et mes frères.
Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

Ces gens rassemblés autour de Jésus dans une attitude de disciples écoutent son enseignement. Ils constituent comme une nouvelle famille pour lui, déclare-t-il. Jésus ne refuse pas explicitement de rencontrer ses parents, mais il souligne ici la différence qui existe entre son clan familial et sa nouvelle famille constituée de ceux qui le suivent et croient en lui. Ceux-ci ne sont pas du même sang naturel mais sont unis par le même désir spirituel d’accomplir la volonté de Dieu, telle que Jésus la présente.

C’est la seule fois où il est fait mention de la mère de Jésus en saint Marc. Grâce aux autres évangélistes, nous savons que non seulement elle a enfanté Jésus selon la chair et l’a nourri de son lait – elle a été une bonne mère – mais qu’elle a surtout été une vraie croyante. Elle a suivi Jésus, elle a été attentive à sa parole. Cependant l’Évangile de Marc nous laisse penser qu’elle a vécu de manière éprouvante ce qu’a accompli son Fils et qu’elle-même a été tentée par le soupçon. Son cœur de mère a sans doute beaucoup souffert, tiraillé face aux perturbations provoquées à son sujet dans sa propre famille et son voisinage, en apprenant ce qu’il dit et fait. Siméon le lui avait bien dit : « Il sera un signe de contradiction, et toi, ton âme sera traversée d’un glaive ». Mais la parole d’Élisabeth a éclairé son chemin : « Heureuse celle qui a cru en l’accomplissement de la parole de Dieu ». C’est encore elle qui nous invite à faire de même : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Après la mort de Jésus, au Cénacle avec les autres disciples, elle sera assidue à la prière, dans l’attente du don de l’Esprit Saint. Marie est première dans la famille charnelle mais aussi spirituelle de Jésus. Elle occupe la première place dans l’immense cortège des amis de Dieu. Elle est appelée Reine des Apôtres, des Martyrs et des Saints de Dieu. Quelle Bonne Nouvelle pour chacun de nous ! Si nous choisissons de suivre Jésus par le chemin de la foi, nous sommes unis à lui, nous sommes ses vrais amis, ses frères, réellement. Ne sommes-nous pas les membres de son Corps ? Ce que ne pouvait pas revendiquer sa parenté naturelle ! En étant attentifs et en accueillant sa Parole, en agissant comme lui avec amour, nous faisons la volonté de Dieu et surtout nous gardons toute confiance en l’Esprit Saint. En suivant son chemin, peut-être serons-nous pardonnables !

Évangile : selon saint Marc – Mc 3, 20-35

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