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13ème dimanche du temps ordinaire – 1er juillet 2018

Un long récit de l’Évangile selon saint Marc nous est proposé ce dimanche. Il est introduit par un message réjouissant, puisé dans le livre de la Sagesse, un écrit qui daterait de quelque cinquante ans seulement avant le Christ. Son auteur est très au fait de la langue et de la culture hellénistiques. Comme tout croyant autour de lui, il se heurte à la souffrance du juste qui meurt sans recevoir de récompense.

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants.
Il a créé toutes choses pour qu’elles subsistent ;
ce qui naît dans le monde est bienfaisant,
et l’on n’y trouve pas le poison qui fait mourir.
La puissance de la mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle.
Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable,
il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même.
La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon,
et ceux qui se rangent dans son parti en font l’expérience.

Une affirmation optimiste et réconfortante, qui invite à un regard positif sur le monde et sur l’humanité. Dans ce texte, il s’agit davantage de la mort spirituelle – qui concerne ceux qui se rangent dans le parti du mal et du démon – plus que de la mort corporelle. Ce passage du Premier Testament nous révèle déjà que Dieu est le Dieu des vivants, comme le dira Jésus, un Dieu compatissant qui pleure avec ceux qui pleurent et se réjouit avec ceux qui sont dans la joie. Et puis, il faut lire tout le texte et notamment la phrase-clé : Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable. Attestation déjà de la foi en la résurrection, qui est le fondement de la foi chrétienne. Affirmation aussi que c’est la justice qui est immortelle et toujours victorieuse des forces du mal et de la mort. Ce qui rejoint la prière de l’Église pour les défunts : “Pour ceux qui croient en toi, la vie n’est pas détruite, elle est transformée”.

Ainsi, nous sommes bien créés mortels, mais aussi, immortels. Si notre mort corporelle est la fin de notre vie, de notre existence terrestre, la foi nous révèle que l’être vivant que nous sommes, dans notre singularité de personne unique ne sombre pas dans le néant. Il ne restera de nous que le bon grain de la justice et de la miséricorde plus que l’ivraie destructrice de vie qui sera brûlée. Nous sommes créés à l’image de Dieu, habités par son Esprit. Dieu nous a créés mortels, mais aussi nous a créés êtres spirituels destinés à vivre éternellement avec lui. C’est ce que révèlera Jésus. Les Évangiles rapportent comment il a fait œuvre de résurrection chez les personnes malades, paralysées, emprisonnées dans le mensonge, accablées par le chagrin, arrêtées, bloquées, désespérées. Aujourd’hui, saint Marc nous le montre redonnant la vie à deux femmes aux portes de la mort. Le récit commence par une rencontre et une demande.

Jésus […] était au bord du lac. Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre.
Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment :
« Ma petite fille est à toute extrémité.
Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »
Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

Sans mot dire, sensible à la détresse de cet homme et à sa prière qui révèle une foi profonde, Jésus prend la route avec lui. Mais en chemin, survient un imprévu.

Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans…

  • Elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins,
    et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ;
    au contraire, son état avait plutôt empiré -…
    cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus,
    vint par derrière dans la foule et toucha son vêtement.
    Car elle se disait : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement,
    je serai sauvée. » A l’instant, l’hémorragie s’arrêta,
    et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.
    Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui.
    Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? »
    Ses disciples lui répondaient : « Tu vois bien la foule qui t’écrase,
    et tu demandes : ‘Qui m’a touché ?’ »
    Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait ce geste.
    Alors la femme, craintive et tremblante,
    sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.
    Mais Jésus reprit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée.
    Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Cela fait douze ans que cette femme est malade. Aucune médication ne l’a soulagée. Elle vit dans la honte, doublement éprouvée : sa maladie est incurable et elle est exclue et infréquentable parce qu’en état d’impureté légale. Tout contact avec elle est interdit. Jésus est son dernier espoir. Mais elle prend le risque d’enfreindre l’interdit religieux. Elle, l’intouchable, ose toucher les vêtements de Jésus, qui sont, dans la culture de l’époque, le symbole de sa personnalité et donc l’atteignent lui-même. Lui aussi enfreint l’interdit. Il se laisse toucher par son geste de confiance : au lieu de la désapprouver, il la libère de son mal et arrête la mort qui fait en elle son œuvre, puisqu’elle cesse de perdre son sang. On peut noter dans le récit de la guérison de cette femme deux moments distincts, celui de la guérison et celui de la rencontre entre elle et Jésus. Jésus lui dit : « Ta foi t’a sauvée », ta volonté dynamique de vivre, ta confiance en moi t’ont sauvée, mais il ajoute : « Va en paix et sois guérie de ton mal (en grec : « de ta souffrance »), alors que la guérison de la femme a déjà eu lieu ! Dans une perspective évangélique, une guérison n’est pas arrachée, elle est un don à recevoir. Par cette déclaration de Jésus, son corps est guéri, mais aussi sa souffrance et son tourment intérieurs et de plus, elle retrouve sa dignité de femme. Pour les chrétiens, après la résurrection du Christ, le salut est une réalité beaucoup plus forte que la guérison. Ici la femme reçoit beaucoup plus qu’elle ne cherchait. Mais reprenons le récit de Marc.

Comme il parlait encore,
des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci :
« Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le Maître ? »
Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de la synagogue :
« Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner,
sinon Pierre, Jacques, et Jean son frère.
Ils arrivent à la maison du chef de synagogue.
Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris.
Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ?
L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui.
Alors il met tout le monde dehors,
prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui l’accompagnent.
Puis il pénètre là où reposait la jeune fille.
Il saisit la main de l’enfant, et lui dit :
« Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »
Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait douze ans -.
Ils en furent complètement bouleversés.
Mais Jésus leur recommanda avec insistance
que personne ne le sache ; puis il leur dit de la faire manger.

La femme guérie par Jésus était malade depuis douze ans. La fille de Jaïre a douze ans d’âge. Elle est à toute extrémité, dit son père à Jésus. Il n’est pas dit de quoi elle souffre : maladie, crise pubertaire, anorexie peut-être ? Quand on fait dire à Jaïre que sa fille est morte, et qu’il est inutile que Jésus se dérange, celui-ci répond : l’enfant n’est pas morte, elle dort. Ce qui provoque la risée de tous. Prendre la mort pour un sommeil, quelle sottise ! C’est pourtant là que réside le sens de ce que Jésus va faire, et la bonne nouvelle qu’il veut annoncer : la mort est comparable à un sommeil pour ceux qui croient en lui. C’est ainsi que les chrétiens ont considéré la mort durant des siècles.  » Lève-toi, et elle se leva et se mit à marcher.  » Ces verbes se retrouvent dans une hymne chrétienne très ancienne utilisée dans la liturgie du baptême :  » Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera.  » (Ép 5, 14). Avec Jésus, la mort n’est plus la mort. Elle ne domine plus inexorablement l’homme ; elle est un sommeil d’où la puissance de Dieu l’arrache pour le rendre à la vie, car il n’a pas fait la mort et ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Ce geste de Jésus qui saisit par la main cette jeune fille et la fait lever, est celui de sa victoire sur la mort. Son geste est le même que celui de guérison de la belle-mère de Pierre (Mc 1,31).

Évangile : selon saint Marc – Mc 5, 21-43

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