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17ème dimanche du temps ordinaire – 29 juillet 2018

Nous quittons l’Évangile de Marc pour lire le chapitre VI de saint Jean durant cinq dimanches. Il raconte la multiplication des pains par Jésus et son enseignement sur le « pain de vie ». Le repas de Jésus avec les foules entre dans une longue suite de repas rapportés dans les Évangiles. Loin d’être des anecdotes sans grande importance, ces repas de Jésus constituent en quelque sorte le cœur de l’Évangile, de même que le repas eucharistique est le cœur de la vie chrétienne. La manière dont Jésus partage ses repas est révélatrice de l’image d’un Dieu qui se fait hôte et convive de l’homme !

Les Évangiles montrent souvent Jésus à table avec ses amis, mais aussi avec des hôtes très divers, sans exclusive. Parfois il est invité, parfois il s’invite lui-même ou invite ses disciples. Ils le montrent aussi prenant son repas au milieu de foules nombreuses de personnes qui le suivent, au désert ou sur une montagne. Les récits de ces repas de Jésus avec les foules revêtent une importance particulière dans la tradition chrétienne, puisqu’ils rapportent le seul miracle de Jésus commun aux quatre Évangiles : le partage des pains et des poissons. De plus, ce miracle est mentionné à six reprises dans les quatre Évangiles. Dans l’Église primitive, les pains distribués faisaient souvent allusion à l’eucharistie et les poissons au baptême. « Nous autres, petits poissons, comme notre Poisson, le Christ-Jésus, nous naissons dans l’eau et nous ne sommes sauvés qu’en demeurant dans l’eau, écrivait Tertullien. » (De Baptismo 1)

Dimanche dernier, Marc nous montrait Jésus pris de pitié pour les foules sans berger, prenant sur son temps de repos pour les instruire, pour les nourrir de sa parole. Aujourd’hui, Jean nous le montre en train de les nourrir de pain, à l’image du prophète Élisée dont le texte a peut-être inspiré saint Jean pour écrire son récit. Il est intéressant de les lire l’un après l’autre.

Un homme vint de Baal-Shalisha et, prenant sur la récolte nouvelle,
il apporta à Élisée, l’homme de Dieu, vingt pains d’orge
et du grain frais dans un sac. Élisée dit alors :
« Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent. »
Son serviteur répondit : « Comment donner cela à cent personnes? »
Élisée reprit : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent,
car ainsi parle le Seigneur : On mangera, et il en restera. »
Alors, il le leur donna, ils mangèrent,
et il en resta, selon la parole du Seigneur.

Écoutons maintenant le récit de saint Jean avec quelques pauses pour la réflexion.

Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade.
Une grande foule le suivait,
parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades.
Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples.
Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui.

Saint Jean situe le signe que Jésus va accomplir dans le contexte de la Pâque juive, sur une montagne, créant ainsi un rapprochement avec l’Exode, lorsqu’au Sinaï, Moïse suivi par tout le peuple transmet le don de la Loi, lorsque Dieu donne la Manne, un rapprochement aussi avec le grand festin sur la montagne dont parle Isaïe (ch 25), promis par Dieu à toute l’humanité. En Jésus se réalise la libération pascale pour la multitude et s’annonce le festin dans le Royaume des cieux. Reprenons le texte.

Jésus dit à Philippe :
« Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »
Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.
Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas
pour que chacun reçoive un peu de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons,
mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus dit : « Faites asseoir les gens. »
Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit.
Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce,
il les distribua aux convives ;
il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.
Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples :
« Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. »
Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers
avec les morceaux des cinq pains d’orge,
restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.

Dans le récit de Jean, comme dans les autres Évangiles, on retrouve une foule immense de gens qui ont faim : cinq mille personnes, un nombre symbolique, multipliable à souhait ! Pour la nourrir on ne dispose que de presque rien, cinq pains d’orge et deux poissons. La tentation est grande de n’en donner qu’à quelques-uns, ou bien de distribuer avec parcimonie. Mais comme Élisée, Jésus décide d’en donner à tous, et cela sans compter, sans limite, puisque tous reçoivent autant qu’ils veulent et qu’il reste des cinq pains, douze paniers bien remplis.

Le souci pastoral de Jésus ne concerne pas seulement quelques disciples. Il concerne aussi et surtout les foules qui le suivent. Comme dans la parabole du festin, tous sont invités. Nous l’entendons à chaque eucharistie, c’est pour la multitude en rémission des péchés qu’il va donner sa vie comme un pain rompu, un sang versé. A ceux qui reçoivent sa parole et sa nourriture d’emporter les restes et de les multiplier à leur tour ; Il y a une très grande disproportion entre ce dont on dispose pour nourrir la foule et sa dimension : cinq pains d’orge et deux poissons, cela ne peut suffire pour tant de monde. Soulignons la différence de la réaction des deux apôtres. Avec un peu d’humour peut-être, Jésus pose à Philippe une question piège. Celui-ci, avec une spontanéité naïve, calcule et souligne l’impossibilité de résoudre le problème : le salaire de deux cent journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain. André, quant à lui, regarde la foule et voit un petit enfant qui tient dans ses mains deux sardines et cinq pains d’orge – préparés par sa mère sans doute !-. C’est de ce petit que surgira le miracle accompli par Jésus. Cette disproportion exprime de manière concrète un aspect essentiel de la foi : la pauvreté et la petitesse des moyens face aux attentes d’une multitude. La disproportion et le contraste entre la pauvreté humaine et la puissance infinie de la grâce de Dieu. C’est avec ce qu’il reste à chacun d’espérance, de pain pour survivre, de courage pour recommencer, de foi pour continuer la route, que Dieu multiplie la joie pour le monde.

Disproportion injuste, dont nous faisons l’expérience dans le monde aujourd’hui. Face à la faim de populations de la terre – corporelles ou spirituelles – combien dérisoires sont les moyens que l’on prend pour y subvenir. Combien grand est aussi le fossé entre ceux qui ont des fortunes et les gardent d’abord pour eux, et ceux qui possèdent peu de biens mais les considèrent comme des dons à distribuer.

Disproportion éprouvante d’actualité aussi, entre la misère physique et morale de tant de personnes qui vivent à notre porte et le peu que nous pouvons faire devant le puits sans fond de leur malheur. Et pourtant si chacun accomplissait ce peu, puisait dans ses restes, le bonheur de tous pourrait s’en trouver multiplié. N’est-ce pas en effet de notre pauvreté que nous pouvons enrichir les autres ? Comme le disait Paul aux Corinthiens (Cor 2, 8, 9) : « Vous connaissez la générosité de Notre Seigneur Jésus-Christ : lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de nous, pour que nous devenions riches de sa pauvreté.

Disproportion éprouvante enfin, que vivent aussi les chrétiens entre la pauvreté de leurs moyens, et toutes les nations à qui Jésus les envoie annoncer l’Évangile. Jésus a donc nourri la foule sur la montagne (et non pas au désert, comme dans les Évangiles synoptiques) mais le récit ne se termine pas de manière très positive.

À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient :
« C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »
Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ;
alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

Un malentendu s’instaure entre Jésus et les gens qui viennent, grâce à lui, de manger à leur faim. Ils reconnaissent en lui le grand prophète, le Messie, celui que Moïse avait annoncé. Mais qu’attendent-ils de ce Messie ? Qu’il exerce un pouvoir temporel et soit chef politique, chef de guerre. Ils sont prêts à se saisir de lui et à faire de lui leur roi. Jésus sent le piège et s’enfuit, car sa mission prophétique ne correspond pas à ce que souhaite le peuple en attente d’un Messie terrestre. Ce qu’on attend des gouvernants, c’est qu’ils donnent du pain, de la paix, de la justice, et aussi des divertissements. C’est ce que Jésus vient faire, mais de manière radicalement neuve, inédite. Car le pain de Dieu c’est lui, la paix de Dieu c’est lui, la justice de Dieu c’est lui. En sa personne humaine en même temps que divine, c’est Dieu lui-même qui se donne aux hommes, qui vient combler leurs famines spirituelles, changer leur cœur pour qu’ils partagent le pain de la justice et de la fraternité, le pain de pauvreté. Et sa mort en Croix sera celle d’un roi de gloire mais n’aura rien d’un divertissement.

Évangile : selon saint Jean – Jn 6, 1-15

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