Accueil  -  Les homélies de Père Michel Scouarnec  -  18ème dimanche du temps ordinaire – 5 août 2018

18ème dimanche du temps ordinaire – 5 août 2018

Après avoir nourri les gens sur la montagne, Jésus, craignant qu’ils se saisissent de lui pour qu’il soit leur roi, s’était retiré pour un temps de solitude. Mais ils sont allés à sa recherche et l’ont retrouvé sur l’autre rive du lac de Galilée à Capharnaüm. Suivent dans le récit de Jean ce dimanche, de longs propos adressés par Jésus à la foule, à des juifs présents ainsi qu’à ses disciples. On les qualifie de discours sur le pain de vie. Le long dialogue entre eux et lui révèle de grands malentendus. Ses interlocuteurs ne se situent pas dans la même perspective que lui et ne donnent pas le même sens que lui au vocabulaire qu’il emploie. Les mots « pain » et « vie » dont parle Jésus, ils ne les comprennent que dans un sens matériel et physique, alors que lui leur donne un sens spirituel et symbolique. Le pain, par exemple, désigne une nourriture de base, concrète, mais dans le Bible il désigne aussi de manière symbolique bien d’autres réalités concernant ce qui nourrit le corps de l’homme mais aussi fortifie son cœur (Ps 103, 15) et rend savoureux son mystère (Pr 19,2). On dit de quelqu’un qu’il est bon comme le pain, on associe le pain à la vie, à la prudence (Si 15,3). Nombreuses sont aussi les expressions négatives : le pain des larmes et de la douleur (ps 13 et 127)), de la cendre (ps 101), de la méchanceté (Pr 4, 17), de la fraude (Pr 20,17), de l’oisiveté (Pr 31,27). Dieu reproche même aux impies de manger son peuple (ps 41). Quant à la vie, elle est corporelle mais aussi spirituelle, divine, éternelle.

La structure du chapitre de saint Jean rappelle les racines juives de la messe chrétienne. D’abord la synagogue, au jour du shabbat, on lit un passage de la Loi puis un passage des prophètes. Jésus en cite des versets aussi dans ses propos. Le discours que rapporte Jean n’est pas sans rappeler le repas de la fête pascale, présidé par le père de famille. Au cours du repas est prévu un long dialogue entre lui et ses enfants. Ils peuvent poser toutes leurs questions au sujet du sens des gestes, des choses, des paroles, et l’on indique même au père comment s’y prendre avec ses enfants face à la diversité des réactions de chacun : l’enfant sage, l’enfant naïf, l’enfant indifférent, l’enfant incrédule. Dans la foule qu’il vient de nourrir et qui entend ses propos, dans ceux qui sont présents, les réactions aussi sont diverses. Il en fut de même pour Moïse face au peuple d’Israël dans le désert. C’est ce qu’évoque le récit de l’Exode.

Dans le désert, toute la communauté
des fils d’Israël récriminait contre Moïse et Aaron. Les fils d’Israël leur dirent :
« Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur,
au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande,
quand nous mangions du pain à satiété !
Vous nous avez fait sortir dans ce désert
pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! » Le Seigneur dit à Moïse :
« Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous.
[…] Le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp.
Lorsque la couche de rosée s’évapora,
il y avait, à la surface du désert, une fine croûte,
quelque chose de fin comme du givre, sur le sol.
Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre :
« Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est?),
car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit :
« C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. »

Aujourd’hui Jésus répond aux questions naïves de la foule. Celle-ci est conquise par sa personne. Il y a de quoi. Il vient de la rassasier et de faire pour tous « pleuvoir le pain ». Mais comprend-elle bien ce qu’il vient de se passer ? Qu’attend-elle du Messie à venir ? Qu’il exerce une fonction politique et permettent à tous de manger à leur faim. La faim de nourriture est l’expérience d’un besoin primaire. Jésus ne s’en tient pas à cette logique. C’est une autre nourriture qu’il vient offrir aux hommes. Reprenons le récit de saint Jean et ce que dit Jésus à la foule.

« Amen, amen, je vous le dis :
vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes,
mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés.
Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd,
mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle,
celle que vous donnera le Fils de l’homme,
lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. »
Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? »
Jésus leur répondit :
« L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »
Ils lui dirent alors : « Quel signe vas-tu accomplir
pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ?
Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture :
li leur a donné à manger le pain venu du ciel. »
Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis :
ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ;
c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel.
Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »
Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. »
Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie.
Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

Dans ces deux récits, on parle de nourriture et particulièrement de pain, pour mettre en relief des réalités différentes. Tout d’abord en Égypte, le peuple d’Israël mangeait du pain et de la viande à satiété. Il était un peuple d’esclaves soumis aux ordres de leurs maîtres, qui les voulaient forts et productifs pour les travaux les plus difficiles, ne connaissant pas le repos contrairement à ceux qui pouvaient en bénéficier à leur aise pendant qu’eux trimaient sans relâche. Ce pain n’était pour eux qu’un pain d’esclavage, réduit à n’être qu’objet de consommation et fruit d’un travail forcé pour qu’ils soient productifs. Être esclave, est-ce une vie ? Mais Dieu n’a-t-il pas promis à son peuple une terre de liberté ? A la dureté du travail en Égypte succède celle du manque, celle de la soif et de la faim, du doute. Un doute qui conduit le peuple à regretter la satiété du ventre, même si c’était au prix de la dépendance et de la soumission servile aux ordres de maîtres possessifs et cruels. On peut s’habituer à tout, y compris à la dépendance qui dispense de vivre debout et libre. Rien de tel que des ventres pleins et une culture de la consommation pour asservir un peuple. Mais la conquête de la liberté vraie est une rude expérience pascale de traversée de déserts comme il est écrit dans le Deutéronome (8, 2-3). « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. »La nourriture que Dieu offre à son peuple affamé et rebelle, n’est plus le fruit d’un travail d’esclaves en une terre étrangère, donné par des maîtres despotiques. C’est une manne, un pain comme le donnent un père et une mère à leurs enfants, un pain qui vient du ciel comme une pluie généreuse et gratuite, associé à un pain plus merveilleux encore, celui de la Loi venue du ciel. Elle est un pain de liberté et de paix dans le cadre d’une nouvelle manière de vivre ensemble. Il apaise la faim non plus dans des rapports maître-esclave, mais dans une relation d’Alliance d’un peuple avec son libérateur, pour vivre dans la paix, la justice et le partage fraternel. Un pain inouï dont Israël ne soupçonnait ni ne connaissait l’existence. « Qu’est-ce cela? », s’écrient-ils. « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger », leur répond Moïse. Ce pain nouveau n’est pas seulement le fruit de la terre et de votre travail, mais le fruit d’une grâce du Dieu qui vous libère et vous invite à vivre en Alliance avec lui.

Vient encore une nourriture nouvelle. Celle dont parle Jésus dans l’Évangile. D’abord, le pain dont il les a nourris sur la montagne. Mais ils ont mal interprété son signe, et veulent le faire roi, se soumettre à ce Messie dont ils pourraient encore devenir esclaves et dépendants. Jésus les invite à un changement radical de perspective. Il ne mange pas de ce pain-là ! Il ne vient pas à eux comme un maître ou un roi qui rassasierait ses sujets à satiété. Il vient à eux comme un pain, comme un fruit de la terre, homme parmi ses frères, travaillant comme eux et avec eux. Il se présente comme le pain de Dieu son Père qui descend du ciel et donne la vie au monde. Un pain qui n’entretient pas seulement la vie mortelle du corps et le rassasie pour un temps. Un pain qui donne la vie éternelle et divine. Celui qui vient au Christ, qui croit en lui, qui communie à son corps et à son sang n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en lui n’aura plus jamais soif.

En conclusion, relisons en les reformulant les recommandations que Paul adresse aux Éphésiens.

Ne nous conduisons pas comme ceux qui sont esclaves du néant de leur pensée.
Puisqu’on nous a appris à connaître le Christ, en qui se trouvent la vérité et la liberté
ne restons-pas sous l’influence de l’homme ancien
corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur.
Laissons-nous renouveler par la transformation spirituelle de notre pensée.
Revêtons-nous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu,
dans la justice et la sainteté conformes à la vérité.

Évangile : selon saint Jean – Jn 6, 24-35

Nous utilisons des cookies pour vous proposer une meilleure expérience de navigation, des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts, pour en savoir plus consultez notre politique de confidentialité.

Réglages des cookies

Ci-dessous, vous pouvez choisir quels types de cookies vous souhaitez accepter sur notre site internet. Cliquer sur le bouton "Enregistrer les réglages" pour appliquer vos préférences.

Cookies de fonctionnement (obligatoire)Ces cookies sont nécessaires et garantissent le bon fonctionnement ainsi que l'optimisation de notre site internet.

Cookies analytiquesCes cookies permettent d’obtenir des statistiques de fréquentation de notre site internet afin d’optimiser son ergonomie, sa navigation et ses contenus.

Cookies sociauxNotre site internet peut utiliser des cookies liés aux réseaux sociaux pour vous montrer du contenu tiers comme YouTube et Facebook. Ces cookies permettent d’interagir depuis notre site internet et de partager les contenus du site, lorsque vous cliquez sur les modules "Partager" de Facebook, par exemple. En désactivant ces cookies, vous ne pourrez plus partager les articles de notre site sur les réseaux sociaux.

Cookies de ciblage publicitaireCes cookies peuvent permettre à notre site internet de vous présenter des publicités plus pertinentes et adaptées à vos centres d’intérêt en fonction de votre navigation sur le web. En désactivant ces cookies, des publicités sans lien avec vos centres d’intérêt supposés vous seront proposées sur notre site.

AutresNotre site internet peut utiliser des cookies tiers provenant d'autres services qui ne sont pas de type analytique, social ou publicitaire.