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21ème dimanche du temps ordinaire – 26 août 2018

Nous sommes toujours dans la synagogue de Capharnaüm aujourd’hui, et nous lisons la fin des soixante et onze versets du chapitre VI de l’Évangile selon saint Jean. Jésus a multiplié les pains pour la foule sur la montagne, mais s’est enfui, de peur qu’on le fasse roi. Puis il a parlé à cette même foule dans une ambiance de malentendus et d’incompréhensions. Quand il s’est présenté comme l’envoyé de Dieu descendu du ciel il a scandalisé ses interlocuteurs juifs qui ont murmuré contre lui, le prenant pour un imposteur : n’était-il pas un simple charpentier de Nazareth ? Ensuite ils se sont disputés entre eux à propos du sens de ses paroles concernant le don de sa chair à manger. Face à tout cela, comment les disciples de Jésus ont-ils réagi ?

Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm :
Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent :
« Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? »
Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet.
Il leur dit : « Cela vous scandalise ?
Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !…
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien.
Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. »
Jésus savait en effet depuis le commencement
quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait.
Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit
que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples
s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner.

De quels disciples s’agit-il ? Sans doute des Douze et de ceux qui accompagnaient Jésus, avant son procès et sa mort sur la Croix. Il est possible aussi que saint Jean s’adresse dans ce chapitre à des disciples qui sont membres de communautés chrétiennes de la fin du premier siècle, époque probable de la dernière rédaction de son Évangile. Nombreux sont peut-être ceux qui quittent l’Église, trouvant intolérable cet aspect de la foi chrétienne. Ils ne supportent pas le réalisme de l’incarnation ainsi que le scandale de la Croix, et trouvent trop rude de croire que dans l’Eucharistie c’est vraiment la chair et le sang du Christ ressuscité qui sont donnés en nourriture.

Nous reconnaissons là des difficultés persistantes depuis que l’Église existe. Certaines personnes ont abandonné la foi chrétienne pour d’autres croyances religieuses qui leur paraissent plus raisonnables, plus douces, et moins dérangeantes. Ils ont peut-être été choqués par les propos de théologiens et prédicateurs qui ont présenté les paroles de Jésus de manière matérialiste. À partir du Moyen Âge, tout s’est focalisé sur le « comment » du miracle eucharistique concernant la transformation / transsubstantiation du pain et du vin en corps et sang du Christ par le pouvoir sacré du prêtre. On n’a guère tenu compte de la clé de compréhension que le Christ donne lui-même de son enseignement, quand il dit : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie ». Il déclare, comme l’écrira saint Augustin, qu’il faut comprendre ses paroles en un sens spirituel et non matériel. On a perdu quelque peu de vue dans l’Église romaine la place et l’œuvre de l’Esprit Saint dans le mystère eucharistique.

Le passage de la lettre de Paul aux Éphésiens proposé ce dimanche nous invite à un détour éclairant. Ce sont des conseils qui concernent tous les disciples du Christ.

Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ;
les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ;
car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église,
le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps.
Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ,
qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ :
il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle,
afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale,
accompagné d’une parole ;
il voulait se la présenter à lui-même, cette Église,
resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée.
C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme :
comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même.
Jamais personne n’a méprisé son propre corps :
au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Église,
parce que nous sommes les membres de son corps.
Comme dit l’Écriture : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère,
il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.
Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église.

Ce texte a donné lieu à des rejets bien souvent, à cause du décalage culturel entre le langage utilisé par saint Paul et le nôtre aujourd’hui. Le rapport homme-femme dans le mariage a bien changé et il évolue encore. Ce n’est pas d’abord de la vie conjugale que Paul veut parler mais de l’amour du Christ pour l’Église. Il s’en sert comme d’une image. Cet amour doit servir de critère premier à ce qu’est l’amour des disciples les uns pour les autres. Soyez soumis les uns aux autres, dit-il à l’adresse de tous avant de recommander aux femmes d’être soumises à leurs maris. Église, sois soumise au Christ qui t’a aimée comme un époux, qui t’a sauvée jusqu’à se livrer pour toi et te faire don de son corps et de son sang. Le verbe « soumettre » a été et est encore compris uniquement comme synonyme d’obéir de manière servile, ou encore d’une obéissance d’un inférieur à un supérieur. La bonne traduction du verbe grec dans le texte original n’est pas à comprendre seulement dans ce sens. Il signifie aussi : Soyez tous des soutiens les uns pour les autres, des serviteurs, des socles et des étais. Portez avec eux leurs fardeaux et partagez leurs joies. « Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ ». (Ga 6, 2). Prenez comme lui la position basse du serviteur, épaulez-vous. Dans sa lettre, Paul emploie encore d’autres verbes qui vont dans le même sens et vont plus loin encore : aimer, prendre soin, nourrir, s’attacher à, s’unir à, et même « sanctifier » !

Cette qualité de relation dont parle Paul prend sa source et son modèle dans ce que le Christ a manifesté jusqu’au don total de sa chair et de son sang pour ses frères et sœurs en humanité. Il s’est abaissé jusqu’à laver les pieds de ses disciples et leur a dit : Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? (Lc 22, 27) Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Dans tout le chapitre V de son épître, Paul passe en revue les relations humaines en général exprimées souvent dans le Nouveau Testament par l’expression « les uns les autres » dans le sens d’un service mutuel. Il évoque le rapport hommes-femmes, le rapport parents-enfants (6, 1-4), le rapport employeurs-employés (esclaves) (6, 5-7). Nous pouvons être choqués quand il demande aux femmes d’être soumises à leur mari. Mais au temps de Paul, il était bien plus choquant de l’entendre s’adresser – comme il le fait – aux hommes en ce qui concerne leur relation à leurs épouses. Les maris étaient enclins à se comporter à son époque dans le monde grec – et aujourd’hui encore en bien des cultures – de manière plus esclavagiste qu’égalitaire et attentionnée. Son insistance sur l’aspect corporel de l’amour du Christ et de l’amour humain pouvait paraître tout aussi choquante. Plus choquant était encore pour les disciples de Jésus de reconnaître en lui comme l’a écrit Paul aux Philippiens un homme « qui ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, prenant la condition de serviteur et devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph 2)

Après les malentendus, les récriminations, les incompréhensions, les querelles, Jean achève son récit en rapportant le merveilleux acte de foi de Simon-Pierre. Un acte de foi de l’Église qui a traversé les siècles et que les chrétiens peuvent prendre à leur compte aujourd’hui.

Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ?
Tu as les paroles de la vie éternelle.
Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »

Jésus s’était retiré pour être seul, au début du récit de Jean, le voilà en situation de se retrouver seul de nouveau, incompris de tous, cette fois. Cependant Pierre et les Douze lui gardent leur confiance et restent avec lui. Il y a un lien profond entre cette profession de foi de Pierre et celle des anciens d’Israël renouvelant la leur au pays des Amorites, dans lequel ils sont venus habiter après leur traversée du désert. A l’appel de Josué leur demandant quel Dieu ils veulent choisir, ils répondent de façon claire qu’ils choisissent et veulent servir le Dieu qui libère et non les divinités qui oppriment et asservissent.

« Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux !
C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter,
nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ;
c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes
et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru,
chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés.
Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

Évangile : selon saint Jean – Jn 6, 60-69

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