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3ème dimanche de Carême – 7 mars 2021

Après Noé, Abraham, voici Moïse et avec lui un nouveau moment de l’histoire de l’Alliance. Ce que Dieu avait annoncé à Abraham se réalise bien plus tard lors de la naissance d’Israël comme peuple libéré de l’esclavage en Égypte. Ce n’est plus un patriarche qui reçoit la révélation de l’Alliance de Dieu mais un peuple, par l’entremise de Moïse son guide prophétique. Pour sceller l’Alliance renouvelée Moïse reçoit de la part de Dieu un ensemble de dix commandements à respecter. Ils constituent ce qu’on appellera en Israël « la Loi » et se présentent comme une feuille de route ou une charte de bonheur, de paix, de liberté, pour Israël mais aussi pour toute l’humanité. Retenons l’essentiel du texte biblique, le décalogue.

Sur le Sinaï, Dieu prononce toutes les paroles que voici :
1 «Je suis le Seigneur ton Dieu,
qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage.
2 Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Tu ne feras aucune idole,
Tu ne te prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte.
3 Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal,
car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.
4 Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré.
Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage;
mais le septième jour est le jour du repos,
sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu.
5 Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie
sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.
6 Tu ne commettras pas de meurtre.
7 Tu ne commettras pas d’adultère.
8 Tu ne commettras pas de vol.
9 Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
10 Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ;
tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain,
ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne :
rien de ce qui lui appartient.»

Sept commandements sont formulés de manière négative : ils interdisent le culte des idoles, l’invocation du nom de Dieu pour le mal, le meurtre, l’adultère, le vol, le faux témoignage, la convoitise des biens d’autrui. Sept conditions pour qu’un peuple puisse vivre dans la liberté, la justice, la paix et la dignité. Formulés dans des verbes au « futur », ils ressemblent à des souhaits, des projets de vie plus qu’à des ordres absolus.

Deux commandements sont exprimés de manière positive : l’honneur à rendre à Dieu par le repos du Sabbat, et l’honneur à rendre aux parents.

Et une déclaration première de Dieu fonde tout cela sur son Alliance. Le texte de ces déclarations concernant les droits et devoirs de l’homme date d’il y a quelque trois millénaires. Bien des éléments qu’il énonce ne datent pas du temps de Moïse et Israël n’a été ni le premier ni le seul peuple à les vivre. Ce qui en marque la nouveauté et la fondation est exprimé par les deux premiers qui les situent dans le contexte de l’Alliance avec Israël. Leur expression est semblable à celle prononcée pour des épousailles avec ce peuple qu’il choisit comme sa part personnelle, dont la mission est d’inaugurer un nouveau vivre ensemble au milieu de tous les peuples : Je suis le Seigneur ton Dieu, qui a fait de toi un peuple libre, déclare-t-il. Le repos du Sabbat est le mémorial de la libération et le signe de la liberté pour un peuple esclave à qui tout repos était interdit. Un peuple dont la vocation est de ne pas se rendre à nouveau esclave de divinités qu’il se fabriquerait à l’image de ses pulsions et de ses convoitises de possession, de domination et de toute connaissance.

Ainsi l’Alliance de Dieu avec l’humanité se concrétise en une manière de vivre en alliance entre humains au sein d’un peuple, d’une famille. Un vivre ensemble exprimant la manière dont Dieu conçoit son alliance avec tous les peuples de la terre. Apparaît ici le fondement d’une sociabilité humaine sur le droit et non sur l’arbitraire, sur le respect et la dignité de la personne humaine et non sur la violence, l’exploitation, l’oppression. Le droit peut se définir dans le Décalogue comme l’établissement de limites dans la vie sociale et d’un devoir pour chacun de les respecter, comme une responsabilité vis à vis des autres. On est loin d’une certaine conception moderne ou postmoderne pour qui les droits de l’homme et sa liberté se réduiraient aux droits de l’individu de vivre sans limites. Ce qui est premier c’est le « tu/vous/nous » et non le « moi/je ».

La notion de peuple organisé comme un état de droit renvoie à la réalité la plus noble et la plus achevée de l’expérience humaine. Elle représente la sortie d’un monde de violence et de domination où règnent les plus forts, un passage des états de fait à des états de droit. Dans les clans, les tribus, les ethnies, les nations humaines existe souvent une volonté de s’enclore dans une identité, de s’affirmer en s’opposant, avec le rêve d’être supérieurs aux autres et de les dominer par les armes de la richesse et de la guerre. Tel ne doit pas être le cas pour le peuple de l’Alliance, le peuple de Dieu, le peuple qui a vocation prophétique de ressembler à Dieu et de porter son projet pour l’humanité. Sa vocation est de vivre comme un peuple libre, pacifique, fraternel, pratiquant avant tout la vérité et la justice. La Bible nous présente la Loi comme une révélation de la part du Dieu de l’Alliance, un cadeau sans prix qui est source et condition de bonheur pour son peuple et pour l’humanité. Elle est un horizon et une boussole.

La méchanceté des hommes avait suscité la déception de Dieu et provoqué le déluge. Plus tard, c’est leur façon de pratiquer la Loi et d’en oublier l’esprit qui souvent le décevra. Dans le récit de l’Évangile de Jean, Jésus est déçu lui aussi, jusqu’à être rempli de colère et à faire preuve de violence, face à ce qui se passe dans le Temple de Jérusalem.

Monté à Jérusalem, Jésus trouva installés dans le Temple
les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes,
et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ;
il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
et dit aux marchands de colombes :
« Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
Ses disciples se rappelèrent cette parole de l’Écriture :
L’amour de ta maison fera mon tourment. […]
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui,
à la vue des signes qu’il accomplissait.
Mais Jésus n’avait pas confiance en eux, parce qu’il les connaissait tous
et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme :
il connaissait par lui-même ce qu’il y a dans l’homme.

Le culte et la pratique de la Loi ont eu et ont toujours du mal à s’ajuster l’un à l’autre. Il n’est pas facile pour les membres d’un peuple, qui ont vécu longtemps dans un rapport maître-esclave, d’inventer un rapport d’égalité-fraternité, quand ils ont été victimes d’une soumission servile et aveugle. D’inventer un rapport de débat et de liberté d’expression, quand ils ont pratiqué un culte de sacrifices sanglants. De n’offrir que des sacrifices de louange et d’action de grâce qui se concrétisent en pratiques de justice dans les rapports humains. Les prophètes ont dénoncé violemment les sacrifices humains, les offrandes d’animaux offerts au Temple pour rendre un culte à Dieu.

Jésus reprend à son compte cette dénonciation. Dans l’évangile de Marc ses colères se sont manifestées dans une synagogue où il était interdit de guérir le jour du sabbat (Mc 3, 5). Puis dans le Temple devant ce qui lui paraît insupportable : l’atteinte à l’honneur de Dieu son Père, ou à la dignité des pauvres. Ce Temple de Jérusalem, symbole de la présence gracieuse du Dieu de l’Alliance au milieu de son peuple, et devenu le lieu d’un culte idolâtrique. Le peuple de l’Alliance en est venu à traiter son Dieu comme une divinité archaïque qui tient boutique, se nourrit du sang des sacrifices, une divinité objet de négoce, de tractations financières, d’exploitation des pauvres. Perversion suprême : la grâce est devenue objet de commerce, l’Alliance objet de marchandise et de marchandage, et Dieu une part de marché. Et cela même dans son Temple, sa propre maison, tenue par ses fidèles et ses représentants.

Jésus s’en prend particulièrement aux marchands de tourterelles qui sont les offrandes des pauvres. Ainsi, dans la maison du Dieu de l’Alliance, même les pauvres doivent payer et faire couler du sang de colombes pour prier et remercier le Dieu de toute grâce, de toute consolation, de toute miséricorde.

Où en sont les dix commandements aujourd’hui ? Où en est l’esprit du droit et de la justice sur notre planète ainsi que le respect de tout être humain ? Que signifie le nom de Dieu quand les religions l’instrumentalisent et le prononcent pour justifier un pouvoir despotique ou encore le meurtre, le mensonge, l’exploitation des pauvres, le mépris des femmes et des enfants, le refus des différences ?

Le Christ n’a pas aboli la Loi, il l’a accomplie (Mt 5, 17). Mais sa manière de l’interpréter et de la vivre a surpris et remis en cause les mentalités de son temps, comme l’écrit saint Paul le juif pharisien converti aux chrétiens de culture grecque de Corinthe.

Frères, alors que les Juifs réclament les signes du Messie,
et que le monde grec recherche une sagesse,
nous, nous proclamons un Messie crucifié,
scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens.
Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs,
ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
Car la folie de Dieu est plus sage que l’homme,
et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme.

Dans l’Église naissante, saint Pierre se mettra en colère lui aussi à propos du lien entre culte et argent. Jean et lui imposent les mains à des samaritains baptisés pour qu’ils reçoivent l’Esprit Saint dont ils ignorent encore l’existence. En les voyant agir, un certain Simon leur attribue un pouvoir magique et leur offre de l’argent en disant : « Donnez-moi ce pouvoir, à moi aussi ». Pierre lui dit : « Périsse ton argent, et toi avec, puisque tu as estimé pouvoir acheter le don de Dieu à prix d’argent ! » (Ac 8 14-24)

Evangile selon saint Jean : Jn 2, 13-25

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