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8ème dimanche du temps ordinaire – 3 mars 2019

De très beaux textes à méditer et déguster, en ce dimanche qui est rare dans nos calendriers liturgiques. La Bible fourmille de paroles de sagesse humaine. Le passage du premier Testament que nous lisons est tiré d’un livre de sagesse appelé naguère « l’Écclésiastique » et aujourd’hui le « Siracide ». Un des rares livres dont on connaît l’auteur, Ben Sirac, qui vivait à Jérusalem vers l’an 200 avant Jésus Christ. Ce que nous lisons de lui sous la forme de dictons est savoureux et donne envie de le découvrir dans nos Bibles. Curieusement il s’appelait Jésus Ben Sirac.

Beaucoup pèchent par amour du profit ;
qui cherche à s’enrichir ferme les yeux sur le mal.
Un clou s’enfonce dans la jointure des pierres,
entre la vente et l’achat s’insinue le péché.
Qui ne s’attache vivement à la crainte du Seigneur,
sa maison ne tardera pas à tomber en ruine.
Quand on secoue le tamis, il reste les déchets ;
de même, les petits côtés d’un homme apparaissent dans ses propos.
Le four éprouve les vases du potier ;
on juge l’homme en le faisant parler.
C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre ;
ainsi la parole fait connaître les sentiments.
Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé,
c’est alors qu’on pourra le juger.

Dès son enfance, a écrit saint Luc, Jésus de Nazareth grandissait en sagesse et sans doute ses parents furent-ils eux aussi des sages. Dans les villages, en son temps, les charpentiers étaient hommes d’expérience constructive, disait-on. Dans son Évangile, Luc nous propose un condensé de quelques paroles de sagesse sous forme de dictons ou de paraboles que Jésus adresse à la foule.

Il leur dit encore en parabole : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?
Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?
Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé,
chacun sera comme son maître.
Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère,
alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ?
Comment peux-tu dire à ton frère :
“Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil”,
alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?
Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ;
alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.
Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ;
jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.
Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit :
on ne cueille pas des figues sur des épines ;
on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ;
et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais :
car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.

Sois sage, dit-on souvent aux enfants, pour avoir la paix. C’est-à-dire sois conforme, tiens-toi bien, sois soumis, sois poli. Être sage ce n’est pas forcément cela. De vrais sages peuvent passer pour des fous. C’est ce qui arriva à Jésus. Ses parents vinrent un jour le chercher parce que, pensaient-ils, il avait perdu la raison (Mc 3, 20-21). Pour les scribes, les prêtres, les pharisiens, Jésus aussi a pu passer pour un fou dangereux. Ainsi, des vrais sages peuvent déranger, et ceux qui passent pour fous peuvent être plus sages que ceux qui les jugent ainsi. N’oublions pas aussi ce proverbe : Celui qui vit sans folie n’est pas aussi sage qu’il croit. Saint Paul parlait aux Corinthiens de la folie de Dieu et de l’Evangile Et il ajoutait : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages. » (1 Co 1 19-27) Aujourd’hui il leur rappelle leur condition humaine et divine aussi, parce que destinés à revêtir l’immortalité.

Il faut en effet que cet être périssable que nous sommes
revête ce qui est impérissable ;
il faut que cet être mortel revête l’immortalité.
Et quand cet être périssable aura revêtu ce qui est impérissable,
quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité,
alors se réalisera la parole de l’Écriture :
La mort a été engloutie dans la victoire.
Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ?
L’aiguillon de la mort, c’est le péché ;
ce qui donne force au péché, c’est la Loi.
Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ.
Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, soyez inébranlables,
prenez une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur,
car vous savez que, dans le Seigneur,
la peine que vous vous donnez n’est pas perdue.

La sagesse humaine dans toutes les cultures est une trace de la sagesse de Dieu en l’homme, sans laquelle, depuis longtemps, l’homme aurait disparu de la terre. La sagesse, dans toute la Bible, une manière pour l’homme de tenir compte de Dieu. Dieu qui est plus grand, plus juste, plus bon et miséricordieux que l’homme. La folie de l’homme, rappelons-nous les textes de dimanche dernier, consiste essentiellement à prétendre ne s’appuyer que sur ce qui passe, ce qui est mortel, lui-même, à se prendre pour la référence dernière en toute chose. Au lieu de s’appuyer sur Dieu source de la vie.
La sagesse est comprise comme étant le bon sens, la distance et le recul, le sens de l’observation, le fruit d’une méditation et d’une réflexion. C’est une denrée qui se faire rare dans la culture du bruit, de l’immédiat, de la précipitation. La sagesse est une qualité humaine peut-être plus répandue chez les modestes que l’on qualifie de « petites gens », que chez ceux qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas, qui oublient leur condition humaine et leur fragilité, qui se soûlent d’arrogance et de prétention.
La sagesse était naguère le privilège des anciens dans les familles, les communautés. Ils pouvaient être sages parce qu’ils étaient expérimentés. « Quiconque a beaucoup vu, peut avoir beaucoup retenu » dit de l’hirondelle voyageuse Jean de la Fontaine, et l’expérience n’est-elle pas la somme des bêtises qu’on a faites ? Ce dimanche est peut-être un appel à remettre en cause la manière dont nous traitons la sagesse des anciens.
Le mot sagesse en français traduit le mot latin “sapientia”; du verbe “sapere” goûter. On peut remarquer à ce sujet la saveur des paroles de Jésus dans l’Évangile, parfois pleines d’humour. Elles s’appuient sur les choses les plus concrètes de la vie : la paille et la poutre, l’arbre et les fruits, les figues et les épines. Elles mettent en mouvement aussi le corps : on les voit, ces deux aveugles qui se tiennent par la main et tombent dans un trou et l’on sourit même de leur malheur. On se reconnaît tellement aussi dans celui-là qui regarde la paille dans l’œil de son frère et ne remarque pas la poutre dans le sien. On rit à la pensée qu’un imbécile voudrait vendanger du raisin sur les ronces. Mais il y a aussi de bons millésimes de confitures aux mûres. Même les ronces peuvent porter de bons fruits, ainsi que les buissons d’aubépine peuvent produire des fleurs parfumées et des prunelles savoureuses.
Le langage imagé des paraboles et des proverbes détend l’esprit, donne à la vie la saveur de l’humour, et permet de prendre de la distance vis-à-vis des choses parfois les plus graves. Puisque ce que dit la bouche c’est ce qui déborde du cœur, faisons de notre cœur une malle souriante pleine de trésors de sourire, de bienveillance et de lumière. Jésus nous révèle ce qu’est la sagesse évangélique.

Évangile:selon saint Luc – Lc 6, 39– 45

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