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Fête de Pâques – 4 avril 2021

De même que les quatre évangiles ont présenté l’événement pascal à leur manière, de même chaque année, la fête de Pâques pour chacun, pour chaque communauté chrétienne est vécue et célébrée de manière différente. Quand tout va bien, quand règne la paix c’est facile de se réjouir. Mais lorsque l’on traverse les épreuves, la joie et l’espérance pascales se présentent comme des défis.

Quand les chrétiens étaient persécutés, quand ils étaient menacés de disparition et n’étaient qu’un tout petit nombre parmi une multitude hostile, l’annonce de la résurrection n’arrivait pas toujours à évacuer la peur. Le récit de saint Marc, notre évangéliste de cette année liturgique, n’est pas des plus réjouissants. La situation de la communauté chrétienne de Rome quand il y écrivait sans doute son Évangile vers 70, vivait des heures difficiles. La persécution de Néron se déchaînait et les chrétiens servaient de torches vivantes pour éclairer les réjouissances qu’il organisait. Pierre et Paul venaient de mourir martyrs, et les témoins de la foi disparaissaient. A Jérusalem, au terme de quatre années d’insurrection juive, Jérusalem succombait et le Temple était détruit, ce qui provoquait une dispersion du peuple juif mais aussi des chrétiens.

Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé
achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus.
De grand matin, le premier jour de la semaine,
elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil.
Elles se disaient entre elles :
« Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »
Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre,
qui était pourtant très grande.
En entrant dans le tombeau,
elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc.
Elles furent saisies de frayeur.
Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées !
Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ?
Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé.
Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre :
“Il vous précède en Galilée.
Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »
Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau,
parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes.
Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

Marc adopte un ton dramatique, et son évangile se termine là, selon les exégètes. Une fin étonnante pour un évangile qui est par définition un récit de Bonne Nouvelle. Une fin qui dérange aussi, à tel point que plus tard, l’on a ajouté un épilogue pour gommer la noirceur du propos et offrir aux lecteurs une fin plus réjouissante et plus dynamique. Dans les lectionnaires on indique discrètement que l’on peut éviter le verset 8 – celui qui évoque la peur et la fuite des trois femmes – si l’on choisit la lecture brève. (Comme si deux lignes de plus allongeaient un récit déjà bref et concis !) Peut-être craint-on que cette conclusion apparaisse choquante, fasse peur aux chrétiens d’aujourd’hui, les fasse fuir, et les pousse au silence ?

Ces femmes disciples de Jésus sont remplies de frayeurs. Tremblantes et hors d’elles-mêmes, elles se sont enfui du tombeau et elles ne disent rien à personne alors qu’un mystérieux jeune homme vêtu de blanc leur a demandé d’annoncer la nouvelle de la résurrection aux disciples. Premier mouvement de panique, sans doute. Elles ont pu par la suite se reprendre et retrouver l’audace de la parole, puisque la nouvelle a été connue et s’est répandue.

Cette manière d’annoncer la résurrection est déroutante mais on peut la considérer aussi comme réconfortante. La foi n’abolit ni le doute, ni la peur panique, tout ne s’achève pas par des « happy-end» à l’eau de rose.

On peut comprendre et partager la peur de ces femmes. Ce qui leur apparaît effrayant n’est-il pas justement une fin plus heureuse qu’elles croyaient, à laquelle elles ne s’attendaient pas ? La tentation est grande de prétendre expliquer la résurrection : retrouvailles heureuses entre le corps et l’âme, réincarnation, survivance de l’esprit dans les descendants, évanouissement ou accomplissement dans un panthéisme, voire un panthéon… L’annonce de la résurrection ne peut être reçue que dans la foi “nue”. L’expérience qu’en ont faite les premiers croyants est déroutante, autant qu’étaient la vie et la Passion de Jésus. L’expérience d’un saisissement devant l’inouï de l’événement, autant que celle d’une grande joie. Un coup de tonnerre sur le monde et dans leur cœur, écrivait saint Jean. N’attendons pas qu’il en aille autrement pour nous.

Quelles sont pour chacun et chacune les couleurs de la fête de Pâques cette année ? Cela dépend sans doute de ce que nous sommes en train de vivre, de notre âge, de nos épreuves, des gens que nous aimons qui viennent de mourir ou qui vont mourir, de nos joies ou de nos angoisses devant l’avenir, en ces temps de crises. Quelles sont nos peurs devant la mort, et aussi nos peurs devant la vie en ces temps difficiles ?

Que la dimension dramatique de ce que nous pouvons vivre personnellement et que vit notre époque n’entame pas en nous la joyeuse espérance. Jésus est ressuscité, mais cela ne lui pas évité de traverser la passion et la mort, d’avoir peur lui aussi, l’âme triste jusqu’à la mort et suant des gouttes de sang. Il n’a pas eu peur de vivre, de libérer, de parler librement, d’être un homme debout, en marche, et il a vaincu la peur de mourir.

Quelles sont les couleurs de la fête de Pâques pour nos communautés chrétiennes ? La persécution ne menace pas notre vie, mais les témoins qui viennent prendre le relais pour annoncer la résurrection ne se bousculent pas. Nos communautés peuvent ressembler au groupe de ces trois femmes modestes et effacées, soucieuses de la dignité d’un crucifié, remplies d’appréhension et de peur, ne se doutant pas que la Nouvelle qu’on leur demandait d’annoncer devait bouleverser l’histoire humaine et susciter une espérance immortelle. Aujourd’hui encore, quels que soient les troubles du monde ou de notre cœur, le Christ ressuscité nous demande de garder confiance, de garder nos portes ouvertes à l’espérance. Jésus nous précède toujours dans toutes les « Galilée » où vivent et souffrent les hommes et femmes de bonne volonté, où ils croient en la vie et travaillent pour la justice et la paix.

Evangile selon saint Jean – Jn 20, 1-9

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