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La Nativité du Seigneur – Noël 2019

Il y a plusieurs portes d’entrée dans le mystère de Noël. Saint Paul se contente de dire que Jésus est né d’une femme (Ga 4,4) et que sa venue a été une manifestation de la bonté et de la tendresse de Dieu pour les hommes (Tite, 3,4). Jean explore et contemple le fait que Dieu soit venu habiter comme un homme parmi les hommes, tandis que Luc s’émerveille et s’étonne de la manière qu’il a choisie pour manifester sa venue et sa présence. Dans son évangile, Dieu se révèle aux hommes comme sauveur, non pas comme un magicien tout puissant qui viendrait régler tous leurs problèmes. Non pas comme un scientifique ou un philosophe avec un arsenal de preuves et de démonstrations pour les convaincre, les forcer à croire, non pas comme un publicitaire utilisant tous les artifices pour les séduire. Il se manifeste comme un petit enfant dont la naissance se passe dans des conditions obscures, humbles et fragiles.
Sous des allures de conte pittoresque ce récit de saint Luc, ainsi que d’ailleurs les autres récits de l’enfance du Christ, est porteur d’un sens théologique important. Il annonce tous les autres récits de son Evangile. A quel signe reconnaître Jésus comme Sauveur, Seigneur et Messie ? Où le trouver ? L’ange du Seigneur le dit aux bergers et nous le redit encore aujourd’hui.

Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli.
Et elle mit au monde son fils premier-né ;
elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire,
car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans la même région, il y avait des bergers
qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur se présenta devant eux,
et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière.
Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas,
car voici que je vous annonce une bonne nouvelle,
qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David,
vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.
Et voici le signe qui vous est donné :
vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable,
qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux,
et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

Le message de l’ange de Noël est très inattendu. Reprenons-en chaque détail. « Vous trouverez un nouveau-né » Le plus beau cadeau qui soit. Un cadeau sans prix. Un cadeau fragile aussi, qui demande soin et affection… Un cadeau qui réveille en ceux qui le reçoivent, le meilleur d’eux-mêmes. Lorsque naît un enfant, ses parents renaissent en même temps que lui. Cet enfant les fait naître à une page nouvelle de leur vie. Il les invite à puiser en eux-mêmes ce qu’ils ont de meilleur : la capacité de se donner, de s’oublier, de se soucier. Cet enfant est pour eux un cadeau vivant qui les fait vivre. Il les sauve de la routine et du repli, les fait grandir en humanité. Cela est vrai aussi sur le plan de la foi, quand nous fêtons Noël. La fête de la naissance de Jésus suscite en notre cœur et dans le cœur des hommes de bonne volonté une renaissance de Dieu. Il vient réveiller en chacun ce qu’il porte en lui de meilleur : le désir de générosité, de paix, l’espérance et la confiance en la vie. La fête de la naissance de Jésus nouveau-né nous rajeunit le cœur. Dieu a pris les chemins de l’abaissement et de la fragilité pour venir à nous : Il nous révèle ainsi la surabondance de sa puissance d’aimer.
« Vous trouverez un nouveau-né emmailloté ». En Jésus, Dieu nous arrive, comme un nouveau-né emmailloté. Comme s’il avait besoin de nous pour le protéger et aussi le libérer de ses liens. Il attend tout de nous : lait, chaleur, tendresse, attention. Il attend de ses parents qu’ils lui apprennent tout de l’humanité : à se tenir debout, à marcher, à parler, à travailler, à affronter la souffrance et les contradictions, à connaître l’amitié, l’amour. Curieuse manière pour Dieu de se révéler comme le sauveur. Il nous sauve, en nous invitant à le sauver. Chrétiens de ce vingt et unième siècle, que ferons-nous pour sauver Dieu de tout ce qui le défigure, que ferons-nous pour dénouer les liens des dogmes et des lois dans lesquels nous ne cessons de le ligoter et de l’emprisonner, et pour lui rendre la liberté d’aimer l’humanité à sa manière et non à la nôtre ?
« Vous trouverez un nouveau né couché dans une mangeoire », dans un abri pour les animaux. Il naît dehors, en plein vent, en plein air, en pleine nuit. Dès sa naissance au milieu des hommes, pas de place pour Dieu dans les salles communes. Il naît dehors, comme un marginal. En marge des opinions communes, des idéologies communes, qu’elles soient religieuses ou non, hors des convictions communes de ceux qui pensent avoir raison contre les autres, hors de l’univers de tous les marchés communs. Il s’identifie à tous ceux et celles qui ne trouvent pas de place dans les systèmes et les principes, ou qui sont contraints de vivre sans maison, sans travail, sans reconnaissance sociale.
Le berceau du Fils de Dieu est une mangeoire. C’était une mangeoire d’argile, dit la Tradition et saint Jérôme (4e s.) dans une homélie de Noël déplorait qu’à Bethléem on l’ait remplacée par une mangeoire d’argent : « Elle m’est autrement précieuse celle qui a été enlevée, dit-il ; je ne condamne pas ceux qui ont agi de la sorte pour rendre hommage, mais j’admire le Seigneur, le créateur du monde, qui n’a pas voulu naître dans l’or ou l’argent mais dans l’argile ». Jésus nouveau-né est déposé dans une mangeoire, comme du pain dans une corbeille sur la table de l’humanité. Annonciatrice de cette table où il dira en offrant le pain à ses amis : ceci est mon corps pour vous, prenez et mangez. Annonciatrice aussi du partage du pain avec les foules à qui il proclamera qu’il est « le pain vivant descendu ciel ». Il vient en effet, nourrir l’humanité de sa parole, de sa personne, de sa vie divine, à Bethléem, maison du pain.

Saint Jean ne propose pas comme saint Luc un récit de la naissance de Jésus. Dans le prologue de son évangile il accomplit beaucoup plus tard une relecture contemplative du mystère de l’incarnation. Emmanuel, Dieu-avec-nous, Dieu au milieu de nous, Dieu qui établit sa demeure parmi nous, en nous.

Au commencement était le Verbe,
et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
C’est par lui que tout est venu à l’existence,
et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ;
la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. […]
Le Verbe était la vraie Lumière,
qui éclaire tout homme en venant dans le monde.
Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence,
mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.
Mais à tous ceux qui l’ont reçu,
il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.
Ils ne sont pas nés du sang,
ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.
Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous,
et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père
comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Jean contemple au long de son Evangile la présence réelle, charnelle de Dieu dans l’humanité de son Fils. Elle s’est manifestée de trois manières, dit-il. Tout d’abord, « Il était dans le monde, lui par qui le monde s’était fait ». Mais le monde ne l’a pas reconnu. Puis, il est venu chez les siens, il a fait alliance avec son peuple, mais celui-ci ne l’a pas reçu. Il l’a rejeté. Et enfin, en Jésus sa Parole vivante, il a pris chair. Ainsi, ni le ténébreux aveuglement des hommes devant le monde créé, ni le rejet des siens par rapport à l’Alliance, n’ont arrêté la lumière de son amour. Il a tellement aimé le monde, qu’il s’est fait chair, épousant en Jésus la fragilité, la précarité de la condition humaine. En lui qui n’avait pas connu le péché, « Il est allé jusqu’à le faire péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu », écrira saint Paul (2 Co 5,21).


Évangile : selon saint Jean – Jn 1, 1-18

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