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Naissance de saint Jean Baptiste – 24 juin 2018

Nous sommes le 24 juin, et ce dimanche nous fêtons la naissance de saint Jean Baptiste. Une exception dans le programme des dimanches, qui ne se produit que lorsque la date est celle d’une fête du Christ. Elle manifeste combien est grand et important le lien entre Jean et Jésus. Elle est aussi la seule fête de saint – avec celle de Jésus – qu’on célèbre le jour de sa naissance humaine. Les autres, on choisit pour les fêter la date de leur mort qui est considérée comme le jour de leur naissance au ciel près de Dieu. La fête de la naissance de Jésus est célébrée au moment du solstice d’hiver, celle de la naissance de Jean lors du solstice d’été. Elle est comme la Noël d’été. La lumière des jours va diminuer progressivement. Ce que dit de lui-même Jean Baptiste dans l’Évangile, se traduit ainsi dans la structure des grands mythes liés aux cycles solaires et lunaires : « Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » (Jn 3, 30). La vraie lumière, c’est l’enfant-Dieu soleil du monde, que l’on fête au solstice d’hiver lorsque grandit la lumière de l’astre solaire. Jean n’est que son précurseur et il s’efface devant lui quand l’astre solaire diminue. « Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui ». (Jn 1, 6-7)

Comme celle de Jésus, la naissance de Jean n’est pas banale. Ses parents sont âgés et ont passé l’âge d’avoir des enfants. De plus sa mère est stérile. Le peuple d’Israël dont ils sont en quelque sorte les symboles, a connu des heures de gloire, mais d’humiliation aussi, surtout depuis l’exil à Babylone et plus tard l’invasion romaine. Il a pris de l’âge, et pourtant c’est de lui que du neuf va surgir, comme l’avait annoncé le prophète Isaïe, qui rapporte une lamentation d’Israël. Elle exprime un sentiment d’épuisement en relisant son histoire, en se remémorant ses heures de gloire et de bonheur mais toujours suivies d’infidélités à l’Alliance avec les épreuves qui ont suivi. C’est par la bouche du prophète que Dieu console son peuple, réveille son espérance et lui promet un avenir. À un autre moment de son histoire, Jean sera comme Isaïe l’éveilleur d’espérance pour son peuple et annonciateur de la venue d’un sauveur.

Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! […]
Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël,
en toi je manifesterai ma splendeur. »
Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant,
c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. »
Et pourtant, mon droit subsistait auprès du Seigneur,
ma récompense, auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle,
lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur,
que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël.
Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur,
c’est mon Dieu qui est ma force.
Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël :
je fais de toi la lumière des nations,
pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

Saint Luc raconte longuement la naissance de Jean. Alors que le vieux prêtre Zacharie était de service au Temple, l’archange Gabriel lui avait annoncé qu’il allait avoir un fils. Ce qui l’avait surpris et même contrarié. En effet, il était prêtre et le sacerdoce était héréditaire, plus gestionnaire du culte d’ailleurs que novateur et prophétique. Or, l’ange lui avait annoncé que son Fils serait héritier et descendant spirituel d’Élie, le grand prophète. Comme Zacharie s’était montré étonné et incrédule, contrarié peut-être que son fils ne soit pas prêtre comme lui, il s’était trouvé frappé de mutisme. Il en avait perdu la parole et la voix. C’est seulement après la naissance de son fils qu’il allait les retrouver, dans des circonstances quelque peu humoristiques.

Le huitième jour, les parents de Jean vinrent pour la circoncision de l’enfant.
Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père.
Mais sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s’appellera Jean. »
On lui dit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! »
On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler.
Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom. »
Et tout le monde en fut étonné. À l’instant même, sa bouche s’ouvrit,
sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu.
La crainte saisit alors tous les gens du voisinage
et, dans toute la région montagneuse de Judée,
on racontait tous ces événements.
Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient :
« Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui.
L’enfant grandissait et son esprit se fortifiait.
Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il se fit connaître à Israël.

Jean aurait dû être prêtre comme son père, porter le nom de son père. Mais Élisabeth, la vieille maman, sous le coup d’une inspiration rompt la tradition. Elle déclare de façon péremptoire : non, il s’appellera Jean – qui signifie : « Dieu fait grâce ». Surprise chez toutes les personnes présentes. Zacharie confirme la décision de son épouse et de ce fait aussi, la rupture avec la tradition familiale et sacerdotale. Rupture inaugurale entre les deux Testaments et reconnaissance par le couple, d’une continuité entre le premier et le nouveau qui est en train de naître. A l’instant même, la bouche de Zacharie s’ouvre et sa langue se délie : il parle et il bénit Dieu. On peut considérer que le mutisme de Zacharie, lié à sa contrariété, était un refus, ou une incapacité de bénir, de se réjouir de la naissance de son Fils. La fonction première de la parole dans la Bible n’est-elle pas de bénir Dieu, de reconnaître à travers la création et la nouveauté des événements de l’histoire, les merveilles qu’il accomplit, même – et surtout – lorsqu’ils sont déroutants ?

Saint Luc accorde une place importante aux femmes dans son Évangile. Elisabeth et Marie sa cousine sont les premières à croire que leur maternité est le signe d’une merveille de Dieu. Les premières à bénir, à saluer à travers la naissance de leur enfant dans des circonstances déroutantes : une radicale nouveauté dans l’histoire du monde. Les femmes de l’entourage de Jésus seront de même les premières plus tard à croire en la résurrection de Jésus et à l’annoncer. Nouveauté qui met à mal toutes les conventions et paralysies traditionalistes, ainsi que la suite de l’Évangile le montrera.

Il est un peu dommage que le passage proposé par le missel n’inclue pas le cantique de Zacharie. Rien n’empêche de le chanter après l’Évangile ou l’homélie. Un texte dont la prière des heures propose sa récitation quotidienne, comme celle du Magnificat, et que les chrétiens ont ainsi la possibilité de connaître par cœur, de prier et de méditer. Dieu visite et sauve son peuple, et sa manière est de faire surgir et naître des personnes prophétiques remplies de force. Après Abraham, David et les autres, voici le prophète du Très-Haut qui marchera devant, à la face du Seigneur, pour préparer ses chemins. Annonciateur de l’astre d’en haut, du Christ, qui sera lui-même en personne, l’accomplissement en plénitude de la visite de Dieu, qui sera lui-même celui qui sauve du péché, la manifestation de la tendresse et de l’amour de notre Dieu. Celui qui vient illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort et conduire les pas de l’humanité au chemin de la paix.

Dans une prédication à Antioche, saint Paul évoque en ces termes le rôle de Jean Baptiste (Ac 13, 22-26)

Après l’avoir rejeté, Dieu suscité pour son peuple David comme roi,
et il lui a rendu ce témoignage : J’ai trouvé David, fils de Jessé ;
c’est un homme selon mon cœur qui réalisera toutes mes volontés.
De la descendance de David, Dieu, selon la promesse,
a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus,
dont Jean le Baptiste a préparé l’avènement,
en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël.
Au moment d’achever sa course, Jean disait :
“Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas.
Mais le voici qui vient après moi,
et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds.”
Vous, frères, les fils de la lignée d’Abraham
et ceux parmi vous qui craignent Dieu,
c’est à nous que la parole du salut a été envoyée.

En cette fête de la naissance de Jean, soyons attentifs à reconnaître le Christ, Soleil levant qui nous visite à chaque eucharistie, et à nous dévouer à son service avec l’ardeur et le désintéressement de Jean le Baptiste, qui était la lampe qui brûle et qui brille, comme l’écrira Jean l’Évangéliste (Jn 5, 35). Réjouissons-nous donc aujourd’hui à sa lumière.

Évangile : selon saint Luc – Lc 1, 57-66, 80

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