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Premier dimanche de Carême – 10 mars 2019

« Si tu es fils de Dieu par ton baptême, quel sens donnes-tu à ta vie ? » Telle est la question que chacun peut se poser à lui-même en ce temps de Carême. C’est la formule que le diable sournois emploie quand il tente Jésus au désert se préparant à sa mission. C’est au fond de chacun que retentit cette question, puisque, comme l’a écrit saint Jacques, dans son épître, « Chacun est tenté par ses propres désirs qui l’entraînent et le séduisent ». (Jc 1 13-14)
Adam et Ève, les prototypes de la première humanité, avaient été créés à l’image de Dieu : leur vocation était de lui ressembler, d’être ses enfants, de vivre heureux en pratiquant le partage et la justice, de cultiver la liberté et d’accepter leurs limites. Mais ils s’étaient laissés séduire par le serpent qui les tentait de soupçonner la bonté de Dieu. Il est passé maître en fait de complotisme ! Plus tard Dieu fera alliance avec le peuple d’Israël – appelé par lui « mon fils » dans le psaume 2 –, qui recevra la même vocation que celle d’Ève et d’Adam. Il lui fera don de la Loi comme une charte du bonheur. Mais Israël qu’il fera sortir d’Égypte connaîtra durant sa traversée du désert bien des tentations et leur succombera : révoltes, doutes, nostalgie de la terre d’esclavage et de sa nourriture, idolâtrie. Malgré tout Dieu le fera entrer en terre de liberté : il lui fera don d’un pays comme il avait confié toute la terre à Adam et Ève. Mais Israël devra se souvenir que c’est lui, Dieu, qui a toujours agi en sa faveur par pure bonté. Pour en faire mémoire, un rite d’action de grâce lui sera prescrit, rapporté dans le texte du Deutéronome, ce dimanche.

Moïse disait au peuple d’Israël :
Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes,
le prêtre recevra de tes mains la corbeille
et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu.
Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu:
« Mon père était un Araméen vagabond, qui descendit en Égypte:
il y vécut en immigré avec son petit clan.
C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse.
Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ;
ils nous ont imposé un dur esclavage.
Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères.
Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions pauvres, malheureux, opprimés.
Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte
par la force de sa main et la vigueur de son bras,
par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges
Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays,
un pays ruisselant de lait et de miel.
Et voici maintenant que j’apporte
les prémices des produits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

En accomplissant ce geste d’offrande annuelle des premiers fruits du sol, Israël reconnaît Dieu comme source de tout bien et, au lieu d’éprouver à son égard jalousie et peur, il est invité à lui exprimer sa gratitude. Belle introduction dans le commencement du Carême. Manifester dans notre vie humaine et spirituelle que tout ce que nous sommes, tout ce que nous possédons est de l’ordre du don, de la grâce à rendre et à vivre. Ce passage du Deutéronome annonce l’offrande du pain et du vin par l’Église dans l’eucharistie chrétienne. Il ajoute au geste d’offrande une profession de foi en Dieu qui a sauvé son peuple de la misère d’Égypte et qui lui a donné la terre promise.
Il annonce aussi ce que sera l’action de grâce du Christ, prototype de l’humanité nouvelle. Jésus acceptera d’affronter comme tout être humain les tentations de tous les esprits mauvais, et leur résistera pour servir ses frères jusqu’au don de sa vie. Suivons le récit de saint Luc en faisant quelques pauses. Les lieux où Satan tente Jésus sont importants et chargés de symboles. Le premier lieu est le désert où Jésus séjourne durant quarante jours qui rappellent les quarante années d’Israël.

Après son baptême, Jésus, rempli de l’Esprit Saint,
quitta les bords du Jourdain ;
il fut conduit par l’Esprit à travers le désert
où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le diable.
Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le démon lui dit alors :  » Si tu es le Fils de Dieu,
ordonne à cette pierre de devenir du pain. « 
Jésus répondit :  » Il est écrit :
Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. « 

Jésus assume l’expérience du manque et de la faim. Expérience que vivent tant de gens aujourd’hui sur notre planète. Dramatique et scandaleuse face aux saturations et aux gaspillages que dictent les impératifs de la consommation en certains pays. Expérience du manque d’humanité dans nos sociétés. Expérience de l’individualisme, du manque de partage et d’entraide. Expérience de solitude dans un contexte d’envahissement du temps par les écrans, la précipitation, la surcharge de travail. Saint Paul insiste sur la Parole dans sa lettre aux Romains.

Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur.
Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons.
En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur
si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts,
alors tu seras sauvé. […]

Écouter la Parole, la partager pour retrouver son âme, pour retrouver le goût d’exister gratuitement, le goût des autres, le goût de la bénédiction et de la louange. Écouter la parole des autres aussi. Sortir de l’indifférence pour rejoindre la solitude, la misère et la peine des autres, leur donner la parole, et la partager avec eux qui ont tant faim de parole. Les chantiers de Carême ne manquent pas.

Le deuxième lieu de tentation est le plus haut sommet de la terre.

Le démon l’emmena alors plus haut,
et lui fit voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre.
Il lui dit :  » Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes,
car cela m’appartient et je le donne à qui je veux.
Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. « 
Jésus lui répondit :  » Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu,
et c’est lui seul que tu adoreras. « 

C’est la tentation d’exercer une domination et un pouvoir absolus sur le monde entier, une emprise totale sur les autres. Jésus sera revêtu d’un pouvoir messianique, royal. Comment choisira-t-il de l’exercer ? Il acceptera de n’être qu’un humain, fragile et pauvre, éphémère et dérisoire, lui le Fils Bien-aimé de Dieu. Il refusera de prendre la place de Dieu, “à qui seul appartiennent le règne la puissance et la gloire”, il refuse d’être adulé, adoré. Il se tiendra parmi ses frères à la place de celui qui sert… et non comme les rois des nations qui dominent sur elles, qui exercent un pouvoir oppressif et se font appeler bienfaiteurs…” (Lc 22, 24-27). Cela est vrai pour chacun mais aussi pour tout groupe humain, qu’il soit religieux, national ou autre. L’humanité que Dieu veut est une humanité fraternelle.

Le troisième lieu de tentation est encore un sommet, mais cette fois religieux, symbolisé par Jérusalem et le sommet du Temple.

Puis le démon le conduisit à Jérusalem,
il le plaça au sommet du Temple et lui dit :
 » Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit :
Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder ; et encore :
Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. « 
Jésus répondit :  » Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve,
tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. « 
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentation,
le démon s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

C’est la tentation suprême qui menace les religions. Elles peuvent être tentées de considérer qu’elles servent le ou les vrais dieux, et de réaliser le bonheur de l’humanité parfois même par la contrainte. L’Évangile présente ici une tentation subtile et perverse qui les menace, celle de tenter Dieu. Elle peut revêtir diverses formes : prétention de tout connaître de Dieu et de détenir la vérité dernière sur toutes choses, imposition à tous de croire à une religion unique et les assassiner s’ils font le choix d’une autre, sacralisation de leurs ministres. Leurs adeptes peuvent en venir à proclamer qu’il leur donne raison contre leurs ennemis et adversaires. Proclamer au monde les armes à la main que le Dieu en qui ils croient est miséricordieux. « Jette-toi en bas » dit Satan ; « Descends de la croix », diront à Jésus ses assassins quand ils l’auront crucifié pour sauver leur religion, et nous croirons alors qu’il est avec toi.
Le démon s’est rendu compte que Jésus s’appuie sur les Écrits de la Loi pour justifier ses réponses. Par ruse, il s’appuie lui aussi sur une citation biblique pour le tenter. Dans le récit de Luc le verbe « tenter » était formulé au passif. Mais Jésus déjoue le piège. Jésus l’emploie maintenant à l’actif, citant une formule du décalogue (Ex 20, 7). Le fait d’être tenté ou de tenter relève de la condition humaine commune. Tenter Dieu, comme l’invite le démon est la pire des perversions. Jésus résistera de toutes ses forces à se montrer tentateur des hommes ses frères et plus encore tentateur de Dieu son Père. Il choisira de partager en tout la condition humaine, en ne se glorifiant ni se servant jamais de sa condition divine ou d’un quelconque droit divin. C’est pourquoi Dieu va se reconnaître en lui, le glorifier, le ressusciter et le présenter comme le prototype de l’humanité nouvelle, de l’humanité selon son cœur.

Évangile : selon saint Luc – Lc 4, 1-13

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