Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  29 mars 2026 — Année A — Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur — Notre-Dame (Rumengol) (29)

29 mars 2026 — Année A — Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur — Notre-Dame (Rumengol) (29)

Is 50, 4-7 ; Ps 21 ; Ph 2, 6-11 ; Mt 26, 14-27, 66

Homélie retranscrite à partir d’un enregistrement

Frères et sœurs,

Quelques mots pour méditer sur ce que nous venons d’entendre.

À partir d’aujourd’hui, nous allons suivre Jésus pas à pas, dans sa Passion, comme chaque année. Nous entendons ces textes tous les ans, au point de les connaître presque par cœur. Alors, pourquoi est-il si important de célébrer cela et de relire ces textes ensemble ?

Cela nous concerne et nous touche beaucoup plus que nous ne le pensons.

D’abord, parce qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle fin de vie. Jésus est Dieu lui-même qui s’est fait l’un de nous, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture de la lettre aux Philippiens : « lui qui était de condition divine […] s’est abaissé en devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ». Dieu a partagé la condition humaine, jusque dans la souffrance et la Passion.

Cette Passion est marquée par trois aspects. D’abord l’injustice : Jésus est condamné à mort alors qu’il n’a fait que le bien. Ensuite l’humiliation : les soldats se moquent de lui, la foule l’insulte. Enfin la souffrance extrême qu’il endure dans sa Passion et sa mort sur la croix.

Sa mort est révoltante et scandaleuse, et en même temps elle est source de Salut pour nous.

Un deuxième aspect est celui d’un effet miroir avec notre propre vie. Dans ce que vit Jésus, nous pouvons reconnaître ce que nous vivons nous-mêmes : l’injustice, l’humiliation, la souffrance. Ce sont des réalités que nous avons pu connaître, pas dans cette même ampleur, à des degrés divers, à un moment ou à un autre de notre vie, peut-être même aujourd’hui.

Ces souffrances peuvent naître de conflits conjugaux, familiaux ou professionnels, de relations de voisinage difficiles, ou encore de la violence présente dans notre société. Elles peuvent aussi venir de la maladie ou de situations personnelles éprouvantes.

Ainsi, tout ce qu’a vécu Jésus rejoint ce que nous avons vécu ou ce que nous vivons. Croire — et nous le rappeler dans cette célébration — que Dieu a traversé cela en la personne de Jésus n’efface pas notre histoire, ni nos blessures, ni la mémoire de ce que nous avons pu traverser. Mais cela introduit une lumière au cœur de nos ténèbres, car Jésus est sorti vainqueur de la mort. Il nous a fait don de sa vie pour nous faire entrer dans sa lumière, une lumière vivifiante, source d’espérance.

Il existe aussi un autre effet miroir, plus exigeant : celui de notre péché. Cette injustice, cette humiliation, cette souffrance, nous avons parfois, nous aussi, pu les infliger à d’autres. À des degrés de gravité divers, personne ici ne peut dire qu’il n’a jamais fait souffrir quelqu’un, moralement ou même physiquement.

Dans l’Évangile selon saint Matthieu, Jésus nous dit : « Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Cet effet miroir, c’est aussi Jésus qui se reconnaît dans nos souffrances. Ainsi, lorsque nous faisons souffrir quelqu’un, c’est aussi le Christ que nous faisons nous-mêmes souffrir.

Méditer la Passion de Jésus nous appelle donc à demander pardon pour nos fautes, à changer d’attitude, à entrer dans une véritable conversion. C’est aussi accueillir la grâce de sa miséricorde, donnée d’abord dans le sacrement du baptême — pour les catéchumènes qui s’y préparent et vont bientôt le recevoir — et prolongée dans le sacrement du pardon.

Et comme le dit la préface de ce jour : « Alors qu’il était innocent, il a voulu souffrir pour les coupables ; sans avoir commis le mal, il s’est laissé condamner pour les criminels. Sa mort a effacé nos fautes, et sa résurrection a fait de nous des justes. » Amen.

† Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon