Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  12 avril 2026 — Année A — 2ème dimanche de Pâques, dimanche de la Divine Miséricorde — Pèlerinage diocésain — Messe « en cours de route » — Église — (Pontchâteau) (44)

12 avril 2026 — Année A — 2ème dimanche de Pâques, dimanche de la Divine Miséricorde — Pèlerinage diocésain — Messe « en cours de route » — Église — (Pontchâteau) (44)

Ac 2, 42-47 ; Ps 117 ; 1P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

Chers amis,

Lorsque je rencontre les confirmands avant la confirmation, une question revient souvent : « Monseigneur, est-ce que vous avez des doutes ? »

En général, je leur réponds que je n’ai pas trop de doutes, car si l’évêque en avait, ce serait tout de même embêtant. Il vaut mieux qu’il ait la foi. Mais il n’est pas anormal d’avoir des doutes lorsque l’on est croyant. La foi va aussi avec le doute.

En effet, la foi ne repose pas sur des évidences ni sur des preuves absolument incontestables. Ce n’est pas avec des formules mathématiques que l’on peut démontrer la foi : la foi est d’un autre ordre.

Alors, pourquoi Jésus n’a-t-il pas fait en sorte que sa résurrection soit évidente, incontestable ? Cela aurait été plus simple : tout le monde serait croyant, il n’y aurait pas de non-croyants, tout le monde serait d’accord avec l’Évangile et tout le monde serait en paix.

Mais cela n’est pas possible. Car la foi est un acte de confiance, un acte d’amour. Or, l’amour ne peut pas être imposé. On ne peut pas être obligé d’aimer ; sinon, ce n’est pas de l’amour. L’amour est libre : il s’agit d’une adhésion, d’un engagement de la personne.

Prenons un exemple. Si votre meilleur ami vous dit : « Je t’aime », vous accueillez sa parole. Mais il demeure forcément une part de doute : vous ne pouvez pas être absolument certain qu’il vous aime. C’est sa parole. Ce qui va vous permettre d’avoir confiance, c’est sa manière d’être, ses comportements, son engagement. Tout cela contribue peu à peu, avec le temps, à faire grandir la confiance, et donc la foi.

Ainsi, la foi repose sur des signes, des signes tangibles que l’on peut repérer, mais qui ne s’imposent pas. Vous pouvez y croire ou ne pas y croire, mais ce sont ces signes qui nous permettent de reconnaître que le Seigneur nous aime. C’est ainsi qu’il se manifeste.

Le grand signe qu’il a donné, c’est d’abord la manière dont il a donné sa vie. Il n’y était pas obligé : il pouvait fuir, il pouvait échapper à la mort. Mais il a accepté la mort, il s’est donné, il a donné sa vie pour nous sauver. Et cela est le plus grand signe d’amour qui existe.

Je connais un couple de musulmans qui s’est fait baptiser il y a deux ou trois ans. En lisant l’Évangile, ils ont dit : « Jésus, c’est l’amour à l’état pur. » Ils ont reconnu, dans sa manière d’être et dans son engagement, la vérité de l’amour.

Cet amour se manifeste encore aujourd’hui par d’autres signes : sa parole de vie, la Parole qu’il nous donne, les sacrements, qui sont des signes par excellence par lesquels le Seigneur se fait reconnaître.

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Jésus s’adresse à nous : heureux sommes-nous si nous croyons sans avoir vu, c’est-à-dire sans preuves tangibles, mais en sachant interpréter les signes qu’il nous donne.

Lorsque je lis les lettres de demande de confirmation ou de baptême, je vois bien les signes qui ont conduit chacun à faire cette démarche. Certains évoquent une paix intérieure ressentie, une joie spirituelle, le témoignage d’amis qui les a profondément touchés. D’autres parlent d’une célébration qui les a émus, de la lecture de la Bible et des messages qu’elle contient, ou encore de la force reçue dans l’épreuve : « J’ai prié et le Seigneur m’a exaucé, il m’a aidé dans telle difficulté. »

Chacun peut relire sa vie et repérer les signes qui l’ont conduit à croire, ou qui lui donnent aujourd’hui des raisons de croire.

Nous partons à Lourdes, et dans un pèlerinage, des grâces particulières sont données. Le Seigneur nous donne de nombreux signes ; il nous en comble. Nous ne sommes pas obligés de les reconnaître, mais il se donne à nous.

Il est donc important d’y aller avec une grande disponibilité intérieure : ouvrir les yeux, ouvrir les oreilles, ouvrir le cœur. Cela commence dès maintenant, et même pendant le voyage, qui fait partie du pèlerinage. Les rencontres, les échanges, les célébrations : tout cela contribue à nous donner des signes qui nous aident à croire.

Enfin, pourquoi est-il si important d’avoir la foi en Jésus ? Pourquoi croire ? Qu’est-ce que cela change ? L’évangéliste nous le dit dans ce passage : c’est « pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom ».

La vie, c’est d’abord une existence transformée par l’amour de Dieu ici-bas, dans nos relations et dans la manière dont nous construisons notre vie. Le Seigneur manifeste déjà son amour.

Et puis, il y a la promesse de la vie éternelle. Par le baptême, nous entrons déjà dans cette vie à laquelle il nous appelle pour toujours. Si nous sommes amis avec Jésus maintenant, nous le serons pour toujours. C’est un amour que la mort elle-même ne peut pas détruire.

Voilà la miséricorde du Seigneur, qui se manifeste particulièrement aujourd’hui.

Je vous invite donc à vivre ce pèlerinage pleinement, afin de grandir ensemble dans la foi et de savoir reconnaître tous les petits signes que le Seigneur nous donne, signes de son amour. Amen.

+ Laurent DOGNIN

Évêque de Quimper et Léon