Ac 4, 32-37 ; Ps 92 ; Jn 3, 7b-15 ;
Frères et sœurs,
Nous voici entrés pleinement dans le pèlerinage. Nous accueillons la Parole de Dieu qui nous est donnée en ce temps pascal.
En première lecture, le passage des Actes des Apôtres nous offre une vision assez idyllique de la première communauté chrétienne. Ces personnes partageaient tous leurs biens ; elles vivaient dans la conviction que l’avènement glorieux du Christ était imminent. Cette manière de vivre ne s’est pas poursuivie, sauf dans certaines communautés religieuses. C’est assez loin de ce que nous vivons aujourd’hui.
Cependant, deux phrases m’ont particulièrement frappé, car elles nous interpellent sur ce que nous voulons vivre au cours de ce pèlerinage : « Les croyants avaient un seul cœur et une seule âme » et « une grâce abondante reposait sur eux tous ».
La première — « les croyants avaient un seul cœur et une seule âme » — correspond bien à ce que nous désirons vivre entre les différents groupes qui composent notre pèlerinage : l’Hospitalité, la pastorale des jeunes, les enfants du catéchisme, les pèlerins des paroisses, le Voyage de l’Espérance, le Caillou blanc, les guides Vent du large, les musiciens et animateurs. Nous pouvons entendre cette parole comme un appel à nous rencontrer, y compris en dehors des célébrations communes : prier les uns pour les autres, chanter, louer le Seigneur ensemble. En somme, devenir réellement un seul cœur et une seule âme. Mais cela ne va pas de soi. Il nous faut faire cet effort de rencontrer les autres et de demander la grâce de l’Esprit Saint pour qu’il nous unifie effectivement.
Deuxièmement : « une grâce abondante reposait sur eux tous ». Cette grâce est le don de Dieu que nous recevons déjà en participant aux temps forts, aux célébrations, mais aussi dans la vie fraternelle. Nous y faisons l’expérience de la présence du Seigneur qui nous aime.
Cette grâce abondante est aussi ce que Jésus nous annonce dans l’Évangile : il veut nous faire monter au ciel. « Il vous faut naître d’en haut », nous dit-il, comme nous l’avons développé avec l’Hospitalité hier. Mais que signifie « naître d’en haut » ?
Premièrement, se laisser libérer du mal par le Seigneur. Nous avons entendu l’image du serpent de bronze, qui renvoie à un épisode du Livre des Nombres : des Hébreux, mordus par des serpents, mouraient ; ils demandèrent au Seigneur de les sauver, et en réponse à une révélation divine, Moïse éleva pour cela un serpent de bronze sur une perche. Tous ceux qui, mordus, regardaient ce serpent de bronze étaient sauvés. En réalité, ce n’était pas le serpent de bronze qui les sauvait bien sûr, mais le fait de croire à ce que Moïse leur proposait de la part du Seigneur.
Jésus établit lui-même le parallèle avec sa propre élévation sur la croix. Désormais, ce n’est plus un serpent de bronze qui sauve, mais le Christ lui-même qui donne sa vie sur la croix. Il nous invite à nous tourner vers lui et à mettre en lui notre foi pour être sauvés.
Quelles sont aujourd’hui nos « morsures de serpent » ? Tout ce qui nous éloigne de Dieu et de son amour, et donc aussi des autres : nos péchés, nos manques d’amour, nos mensonges, nos médisances, nos formes de harcèlement, la méchanceté que nous pouvons manifester sur les réseaux sociaux, mais aussi nos addictions — pornographie, alcool, drogue — qui sont de véritables cancers de notre société.
Jésus nous invite à nous tourner vers lui avec foi pour en être libérés. Il nous donne les moyens, notamment le sacrement du pardon, qui sera proposé à tous jeudi soir. D’ici là, chacun peut déjà rencontrer les prêtres présents dans les groupes pour demander cette grâce.
La seconde manière de naître d’en haut est par le don de l’Esprit Saint. Il s’agit de le demander. Dans l’Évangile, Jésus utilise l’image du vent : « Le vent souffle où il veut ; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va ». Autrement dit, il est imprévisible ; il nous surprend. « Ainsi en est-il pour qui est né du souffle de l’Esprit », dit Jésus.
Nous pouvons recevoir cet enseignement comme un appel à la disponibilité intérieure : ouvrir notre cœur et notre intelligence à tout ce que le Seigneur veut nous donner. Comme je l’ai dit à l’Hospitalité hier, le Seigneur nous surprend souvent là où nous ne l’attendons pas : dans une rencontre, un échange, la visite d’un lieu ici à Lourdes, un temps de prière silencieuse, une célébration émouvante, ou encore dans l’atmosphère si particulière de ce sanctuaire. Bien sûr, il se donne aussi dans les sacrements et dans l’écoute de sa Parole.
Dans tout ce que nous vivons au cours de ce pèlerinage, le Seigneur vient nous surprendre. Il nous fait connaître le Père et son amour miséricordieux.
Frères et sœurs, en ce pèlerinage, laissons-nous porter par les autres pèlerins, par leur amitié et leur prière, et soutenons-les aussi. Que notre vie fraternelle permette au souffle de l’Esprit de purifier notre cœur et notre âme, afin que nous devenions réellement dans ce pèlerinage diocésain, des frères et des sœurs unis par le Christ, ayant un seul cœur et une seule âme. C’est ainsi que nous pouvons naître — ou renaître — d’en haut. Amen.
+ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon