Eph 4, 11-16
Frères et sœurs,
Ce n’est pas rien de célébrer les vêpres dans les ruines de cette abbatiale où le corps de saint Guénolé a reposé. Elle nous rappelle par ses pierres, que des moines ont prié ici pendant des siècles, mais aussi qu’ils ont eu à souffrir des affres de l’histoire : invasion normande, Révolution française notamment. Ces ruines sont le reflet d’une Église qui souffre à l’image du Christ sur la Croix. Aujourd’hui, elle souffre encore beaucoup dans le monde avec les persécutions, mais chez nous aussi avec la sécularisation que Mgr Fauvel présentait déjà en 1948 comme un raz de marée.
L’Église ne cesse pas de souffrir avec la Création tout entière, mais nous sommes toujours là pour faire résonner ces pierres de notre louange à Dieu et de notre espérance. Nous sommes là parce que le Christ a vaincu la mort sur la Croix et que rien ni personne ne pourra faire disparaître l’Église de Dieu, jusqu’à l’avènement glorieux du Christ à la fin de temps. Et si nous sommes là, c’est bien parce que le Christ continue d’appeler des hommes et des femmes à donner totalement leur vie pour lui et pour le monde en répondant à son appel pour devenir prêtre, religieux, religieuse.
Dans le passage de la lettre aux Éphésiens que nous venons d’entendre, saint Paul évoque un aspect important de toutes vocations, c’est que l’appel du Seigneur n’est pas figé. Si tout le corps poursuit sa croissance, comme il le souligne, chacun de nous poursuit sa croissance aussi dans la vocation qui est la sienne.
Notre vocation se développe tout au long de notre vie à travers de multiples appels, notamment dans les différentes charges et missions qui nous sont confiées. Elles demandent de notre part une réponse libre, car le Seigneur ne s’impose pas à nous. C’est bien dans la prière silencieuse et la méditation de la Parole de Dieu que nous pouvons percevoir ses appels. Appels qui s’expriment par le Magistère de l’Église à tous les niveaux de la hiérarchie.
Comme l’écrit le pape Léon XIV dans son message pour les vocations : « La vocation, en effet, n’est pas un objectif statique, mais un processus dynamique de maturation, favorisé par l’intimité avec le Seigneur : rester avec Jésus, laisser agir l’Esprit Saint dans nos cœurs et dans les situations de la vie, et tout relire à la lumière du don reçu, tout cela signifie grandir dans la vocation. »
Dans le diocèse, la période des nominations est un moment spirituel important chaque année, car par le OUI que des prêtres, des diacres et des laïcs en mission, m’adressent à la manière de la Vierge Marie, engagent leur vie pour des années en accueillant les grâces que le Seigneur leur donne et qui produisent du fruit pour que « le corps du Christ se construise dans l’amour », comme dit saint Paul.
Pour les vocations religieuses, et pour les moines aussi, la vocation mûrit au fil des années. Le Seigneur ne cesse pas de communiquer ses grâces et ses appels, « selon l’énergie qui est à la mesure de chaque membre », dit saint Paul. Les travaux qui se terminent à l’abbaye témoignent d’une communauté qui ne cesse de s’adapter pour mieux accueillir les milliers de fidèles, ou de visiteurs qui viennent ici par curiosité, ou pour chercher Celui qu’ils ne connaissent pas encore, mais qui les attire à Lui.
Et n’oublions pas évidemment les gens mariés dont la vocation est en perpétuelle croissance, poussée par leurs enfants, leurs petits-enfants ou par les engagements qu’ils prennent dans la société et dans l’Église.
Comme l’écrit le pape Léon : « La vocation n’est donc pas une possession immédiate, quelque chose qui est “donné” une fois pour toutes : c’est plutôt un chemin qui se développe de manière analogue à la vie humaine, dans lequel le don reçu, en plus d’être préservé, doit se nourrir d’une relation quotidienne avec Dieu pour pouvoir grandir et porter ses fruits. »
Frères et sœurs, comme les moines qui ont tenu bon pendant des siècles, ne baissons pas les bras. Continuons de prier pour les vocations sacerdotales et religieuses afin que « nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu. » Amen.
+ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon