Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  7 juin 2026 — Année A — Le Très Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ — Formation permanente des diacres — Abbaye Saint-Guénolé — (Landévennec) (29)

7 juin 2026 — Année A — Le Très Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ — Formation permanente des diacres — Abbaye Saint-Guénolé — (Landévennec) (29)

Dt 8, 2-3.14b-16a ; Ps 147 ; 1Co 10, 16-17 ; Jn 6, 51-58

Frères et sœurs,

En cette fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, je voudrais souligner trois aspects qui me semblent bien s’articuler dans ces textes pour nous faire comprendre et entrer dans ce mystère de l’Eucharistie que nous fêtons aujourd’hui.

D’abord, la première lecture du Deutéronome commence par ces mots : « Souviens-toi ». Une expression que l’on retrouve très fréquemment dans la Bible, avec une autre expression qui lui est un peu semblable : faites mémoire. Au fond, pourquoi cette insistance sur le « souviens-toi » ?

Déjà, humainement, il est important de se souvenir, puisque c’est cela qui nous permet, si nous le voulons bien évidemment, de progresser dans le bien. Se souvenir de nos échecs, de nos erreurs, de notre péché. Si nous sommes habités par ce désir de conversion, alors nous pouvons avoir le désir de ne plus recommencer et aussi de prendre les moyens nécessaires pour changer.

Mais dans la Bible, il s’agit plutôt de se souvenir de ce que Dieu a fait dans l’histoire des hommes, dans l’histoire de l’humanité, dans l’histoire de son peuple, de la manière avec laquelle il a conduit le peuple hébreu et fait alliance avec lui.

Et puis, « souvenez-vous », c’est aussi l’expression que Jésus utilise lors de l’institution de l’Eucharistie : « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24-25).

En fait, la mémoire de ce que Dieu a fait nous pousse à nous convertir, mais aussi à rendre grâce et à le louer. Le mot « eucharistie », d’origine grecque, veut justement dire « rendre grâce ». Dans l’Eucharistie, nous rendons grâce. Pour quoi rendons-nous grâce ? Pour toute l’histoire du salut que Dieu réalise dans l’Alliance et qui trouve son accomplissement en Jésus. C’est pourquoi, au cours de la messe, nous prenons le temps de lire des textes de l’Ancien et du Nouveau Testaments afin de faire mémoire de toute cette histoire du salut et de la graver dans notre cœur. Et c’est aussi faire mémoire de l’Incarnation et du don que Jésus a fait de sa vie pour nous sauver.

Cependant, dans l’Eucharistie, cette mémoire qui nous pousse à rendre grâce n’est pas seulement un événement du passé. Ce n’est pas seulement le souvenir de ce qui s’est passé. Comme le dit saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11, 26).

Autrement dit, Jésus continue de donner sa vie pour nous. Dans l’Eucharistie que nous célébrons, il continue de nous sauver et de nous faire entrer dans sa vie.

Un deuxième aspect apparaît. Dans l’Évangile, Jésus fait le lien entre son sacrifice, autrement dit le don qu’il nous fait de sa vie, et la vie éternelle. Ce lien passe par la communion, c’est-à-dire le fait de manger son corps et de boire son sang.

C’était un langage tout à fait incompréhensible à l’époque, puisque les gens ne pouvaient pas faire le lien entre le sacrifice de l’agneau pascal et le sacrifice de Jésus sur la croix. D’ailleurs, certains disciples vont le quitter à ce moment-là. C’était trop dur à entendre.

C’est seulement après sa résurrection, donc sa victoire sur la mort, qu’ils vont comprendre qu’en mangeant ce pain et en buvant cette coupe, c’est la vie de Jésus qui entre en nous, dans notre corps.

Jésus nous dit que cette communion lui permet de demeurer en nous et à nous de demeurer en lui : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui ».

Cette communion avec Jésus ressuscité nous fait entrer dès maintenant dans la vie éternelle, une vie que même notre mort ne pourra pas détruire.

C’est ce qui fait dire à saint Charles de Foucauld : « Ne perds jamais une communion par ta faute : une communion, c’est plus que la vie, plus que tous les biens du monde, plus que l’univers entier, c’est Dieu Lui-même, c’est Moi, Jésus. Peux-tu me préférer quelque chose, peux-tu, si tu m’aimes tant soit peu, perdre volontairement la grâce que je te fais d’entrer ainsi en toi ? » (Saint Charles de Foucauld, Retraite à Nazareth, novembre 1897).

De fait, celui qui croit vraiment en ce sacrement, comment peut-il se priver de la messe ? Et comment peut-on, comme je le vois trop souvent malheureusement, recevoir l’hostie de façon indigne ?

Nous devons retrouver le sens du sacré dans l’acte de communier, aussi bien pour celui qui donne la communion que pour celui qui la reçoit.

Vous savez que, dans le missel actuel, la forme normale de la communion, c’est sur la langue. Mais il est permis par les évêques de communier aussi dans la main, puisque nous faisons référence à ce que disait saint Cyrille de Jérusalem au IVᵉ siècle dans une catéchèse mystagogique. Il le dit clairement : « Quand donc tu t’approches, ne t’avance pas les paumes des mains étendues ni les doigts disjoints, mais fais de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle-ci doit recevoir le Roi. Dans le creux de ta main, reçois le Corps du Christ et réponds : “Amen”. Puis sanctifie avec soin tes yeux par le contact du saint Corps avant de le consommer. Veille à n’en rien perdre. » (Saint Cyrille de Jérusalem, Cinquième catéchèse mystagogique, XXI, 21-22).

Saint Cyrille compare ensuite le soin que l’on doit mettre dans ce geste de recevoir la communion à des paillettes d’or que l’on aurait dans la main : on ne veut pas les perdre. Dont acte.

En fait, que ce soit sur la langue ou dans la main, l’essentiel est que notre geste soit digne, car c’est Jésus qui se donne. Nous avons besoin de renouveler sans cesse notre foi et notre respect de ce que nous célébrons.

Enfin, troisième point : dans la deuxième lecture, toujours à propos de la communion au Corps et au Sang du Christ, saint Paul nous dit : « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain ».

Cela signifie que l’eucharistie ne nous met pas uniquement une communion avec le Christ ressuscité, elle nous met aussi en communion entre nous, puisque nous communions tous au Corps du Christ. La communion des fidèles dans l’Église, l’unité de l’Église, c’est un grand défi. La dimension communautaire de l’Eucharistie est absolument essentielle, car nous formons ensemble le Corps mystique du Christ, qui est sa manière d’être présent au monde. Cela signifie que l’on ne communie pas seulement pour sa sanctification personnelle ; on communie aussi pour faire grandir l’Église.

Or, nous constatons actuellement que la célébration de l’Eucharistie peut être source de division, alors qu’au contraire elle doit être source de communion. Je parle là déjà seulement de l’Église catholique. Entre ceux qui veulent la messe selon le Vetus Ordo et ceux qui la veulent selon le missel actuel. Les premiers disent que c’est la messe de toujours. Ce qui n’est pas exact, puisque depuis l’origine de l’Église, la manière de célébrer a connu et connaît toujours de multiples formes, notamment entre l’Orient et l’Occident, mais aussi à travers les siècles.

En revanche, ce que l’on peut à juste titre qualifier de « messe de toujours », quelle que soit sa forme liturgique, c’est lorsque nous célébrons bien la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne et que Jésus continue de nous donner sa vie pour nous faire entrer dans la vie éternelle, une vie que même notre mort ne pourra jamais détruire. Amen.

+ Laurent DOGNIN

Évêque de Quimper et Léon