Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  27 juin 2026 — 13e TO — Année A — Confirmation — Église Saint-Pierre — Fouesnant (29)

27 juin 2026 — 13e TO — Année A — Confirmation — Église Saint-Pierre — Fouesnant (29)

2R 4, 8-11.14-16a ; Ps 88 ; Rm 6, 3-4.8-11 ; Mt 10, 37-42

Frères et sœurs,
Chers confirmands,

Dans quelques instants, nous allons célébrer votre confirmation. Mais nous savons bien qu’il ne suffit pas d’être baptisé, et même confirmé, pour être un chrétien authentique. Ce qui compte, c’est notre manière de vivre en chrétien. Je trouve que les textes de ce jour nous éclairent sur la spécificité de la vie chrétienne.

Dans la deuxième lecture, saint Paul nous dit que nous avons été baptisés : « afin que nous menions nous aussi une vie nouvelle » (Rm 6, 4). Qu’est-ce que cette « vie nouvelle » ? En quoi est-elle nouvelle ?
On comprend que cette vie nouvelle, c’est de vivre en chrétien en ce monde et cela représente un certain nombre de conditions et même d’engagements. Dans ces lectures, j’en ai relevé six, mais j’aurais pu en relever davantage et nous allons voir que l’Esprit Saint y a un rôle essentiel.

  1. Il y a d’abord un préalable, c’est de penser que, par le baptême et la confirmation, nous sommes morts au péché, dit saint Paul. La vie nouvelle dans le Christ passe par le renoncement au mal et au péché. C’est pour cela que les confirmands vont s’engager avant de professer la foi de l’Église. Il ne faut pas minimiser la puissance de l’esprit du mal qui se manifeste actuellement de façon très forte dans les dérives ésotériques, les idéologies, les addictions et les tentations de tous ordres. Ne nous croyons pas trop solides. Nous avons besoin de la force de l’Esprit Saint pour ne pas nous laisser entrer en tentation comme on le demande dans le Notre Père. L’Esprit Saint est donc aussi notre Défenseur comme le dit Jésus.
  2. Et ce qui essentiel, c’est que le chrétien ne croit pas seulement au Christ, il vit « avec lui », pour reprendre une expression de saint Paul. « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). C’est ainsi que l’on peut comprendre cette parole étonnante de Jésus dans l’Évangile de ce jour : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi… ».
    Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas à aimer ceux qui nous sont le plus chers, mais comprenons bien que l’amour du Christ est d’un autre ordre, il est supérieur, car, par l’Esprit Saint, il vient habiter notre cœur de croyant et transformer toute notre existence, ce que ne font pas nos proches ! En renouvelant la consécration du diocèse au Sacré-Cœur de Jésus, j’ai voulu non seulement rappeler cela à tous, mais aussi inviter tous les fidèles à réitérer ce geste d’amour et à remettre ainsi Jésus au cœur de notre vie. Le chrétien est donc avant tout un ami de Jésus.
  3. Ensuite le chrétien baptisé et confirmé prend l’Évangile comme boussole et Jésus comme modèle. Pour un chrétien, l’Évangile doit être une nourriture quotidienne. La vie et les paroles du Christ doivent nous habiter dans tous les actes de notre existence, nos choix de vie, nos relations et même nos activités professionnelles. J’ajoute que méditer l’Évangile avec les autres permet aussi d’y entrer plus profondément et d’en avoir une interprétation plus ajustée. Là aussi, c’est par le don de l’Esprit Saint que l’Évangile a un impact sur le quotidien de nos vies.
  4. N’oublions pas non plus la fidélité au Magistère de l’Église. Dans une période de l’histoire où la vérité est bien malmenée, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, la parole de l’Église, qui se nourrit des Écritures à la lumière de l’Esprit Saint, analyse sans cesse ce qui se passe dans le monde, que ce soit dans le domaine de la morale ou de l’éthique, comme en ce moment avec les débats sur la fin de vie, mais aussi, plus largement, sur la situation de l’humanité et ses défis, comme nous le rappelle le pape Léon XIV dans son encyclique Magnifica Humanitas. Il y actualise de façon très exhaustive la doctrine sociale de l’Église par rapport à la situation actuelle du monde. Comme chrétiens, nous avons à lire ces textes et à nourrir ainsi, avec le don de l’Esprit Saint, notre capacité à discerner ce qui est vrai.
  5. Je souhaite souligner que la vie nouvelle dans le Christ, c’est aussi « perdre sa vie à cause de Jésus », « prendre sa croix », comme nous le demande Jésus dans l’Évangile de ce jour. Cette expression peut choquer, mais elle exprime l’amour dans son degré le plus élevé : quand on renonce à tout individualisme et à tout égoïsme et que toute notre vie devient, par amour, au service des autres et du bien commun. Comme le dit saint Jean : « Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi devons donner notre vie pour nos frères. » (1 Jn 3, 16)
    « Perdre sa vie », certes, mais avec cette promesse de Jésus : « Qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 10, 39). Nous comprenons par-là, bien sûr, la promesse qu’il nous fait de vivre pour toujours avec lui. C’est là que nous voyons que tout se tient : si nous ne croyons pas en la vie éternelle avec Jésus, comment pourrions-nous accepter de « perdre notre vie », alors que nous n’en avons qu’une ?!
    La résurrection n’est pas seulement la promesse de vivre avec Dieu après notre mort. Jésus nous sauve dès maintenant et nous fait entrer dans sa vie divine qui est éternelle, et qui trouvera son accomplissement après notre mort. Comme le dit saint Paul dans le texte de ce jour : « Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. » Et là, saint Paul évoque le baptême qui nous unit à la mort et à la résurrection de Jésus, mais il évoque aussi l’ensemble de notre vie chrétienne qui nous met déjà le pied dans la vie éternelle.
    La vie nouvelle est donc totalement liée à notre foi en la vie éternelle avec le Christ. C’est cela qui a donné la force aux martyrs de tenir bon dans la persécution, c’est aussi cela qui donne sens notamment au célibat consacré.
  6. Enfin j’aimerais souligner l’importance vitale de témoigner de sa foi. C’est le plus beau cadeau que nous puissions faire à ceux que nous rencontrons. Témoigner de notre foi et aussi répondre à leurs questions pour leur faire connaître Jésus qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, comme il le dit lui-même. De plus en plus de gens actuellement cherchent un sens à leur vie face à un monde bouleversé.
    Témoigner de sa foi, c’est aussi témoigner par notre charité et le don de nous-mêmes par amour. Le Seigneur compte sur nous pour cela.

Pour conclure, frères et sœurs, chers confirmands, nous voyons bien que cette vie nouvelle dans laquelle le baptême et la confirmation nous font entrer n’est pas donnée telle quelle. C’est un chemin de sainteté qui s’ouvre, une « vie nouvelle » à construire, sans cesse à renouveler, à questionner et à nourrir tout au long de notre existence.
Pour nous y aider, la vie en Église est essentielle. C’est là que nous sommes nourris par la prière commune et par les sacrements, notamment l’eucharistie qui est la source et le sommet de toute la vie chrétienne et par nos engagements dans l’Église et dans la société, chacun selon notre vocation.

Frères et sœurs, chers amis, c’est avec une grande joie que nous allons invoquer l’Esprit Saint pour vous les confirmands, mais aussi pour nous tous qui sommes déjà confirmés, afin que nous soyons renouvelés dans notre foi et dans notre vie chrétienne. Amen.

✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon