Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  23 août 2026 — Année A — 21e TO — Centenaire de la présence de la Congrégation des Filles du Saint Esprit à l’Ile Blanche (Locquirec — 29

23 août 2026 — Année A — 21e TO — Centenaire de la présence de la Congrégation des Filles du Saint Esprit à l’Ile Blanche (Locquirec — 29

Is 22, 19-23 ; Ps 137 (138) ; Rm 11, 33-36 ; Mt 16, 13-20

Frères et sœurs,

Nous avons entendu tout à l’heure un historique détaillé de ce qui s’est passé dans ce lieu de l’Île Blanche depuis que la Congrégation s’y est installée il y a 100 ans. J’aimerais déjà revenir sur la toponymie de ce lieu-dit. L’Île Blanche, c’est un peu étonnant, car ce n’est pas une Île et elle n’est pas blanche. On a souligné le fait qu’en breton on utilise le même terme « gwenn » pour dire « blanc », mais aussi « sacré ». C’est déjà un beau signe que l’on peut retenir.

Mais je voudrais aussi souligner le fait que le terme « Île », même si nous n’en connaissons pas les raisons, évoque dans les esprits un lieu à part, éloigné de la terre. Or pour ceux qui cherchent un lieu de retraite, de silence, et même de vacances, ce nom est parlant, même si les sœurs ne l’ont pas choisi. Un lieu sacré, à l’écart donc, dans lequel la Congrégation en a fait un lieu qui porte bien son nom : « L’île Blanche ».

Nous avons bien compris que la Congrégation avait transformé ce lieu au fil du temps pour l’adapter à l’évolution de la société, de l’Église, de la situation de la congrégation. Cependant, il ne faut pas seulement le voir comme une adaptation des moyens, en fonction des circonstances. Les sœurs ont toujours mis en œuvre ce qu’elles portent dans leur charisme, à savoir de se laisser conduire par l’Esprit Saint, comme le demande saint Paul. C’est l’Esprit de Dieu qui nous inspire ce qu’il est juste de mettre en œuvre à un moment donné et cela se décide dans la prière. C’est ce qu’ont fait les sœurs au cours de ce siècle.

Et, s’il y a évolution sur la forme, il y a continuité sur le fond, car, que ce soit il y a 100 ans au sein du Juvénat ou aujourd’hui dans ce qu’on pourrait appeler un « tiers lieu », les sœurs n’ont jamais cessé de vivre et de faire connaître cette phrase de saint Paul dans la deuxième lecture : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! » Celle que le Christ Jésus nous a révélée et dans laquelle il nous fait entrer pleinement.

Cela rejoint les questions que Jésus pose à ses disciples dans l’Évangile de ce jour sur sa personne et qui rejoignent celles que beaucoup de gens se posent. La première question de Jésus est étonnante : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » « Fils » avec un grand F. Il aurait pu dire : « au dire des gens, qui suis-je ? » comme dans les Évangiles de saint Marc ou saint Luc. Dans saint Matthieu, c’est différent et cela ouvre une autre interprétation.

La notion de Fils de l’homme dans l’Évangile reste un peu floue. Elle semble faire référence au livre de Daniel qui utilise cette expression dans un style littéraire apocalyptique et qui était interprété par certains courants à l’époque de Jésus comme un signe messianique. On comprend que les gens aient des points de vue différents sur l’identité de ce « Fils de l’homme » : Jean-Baptiste, Élie, Jérémie, ou l’un des prophètes. Ils ne savent pas trop en fait.

Cela me fait penser à un certain nombre de personnes qui viennent ici pour participer à telle ou telle proposition, mais qui n’ont pas forcément la foi chrétienne ni une idée précise de ce qu’ils cherchent d’ailleurs. Beaucoup de gens aujourd’hui cherchent un sens à leur vie et à ce que nous vivons au cœur de notre humanité et même au cœur de la Création tout entière. Les rayons des librairies regorgent de livres ésotériques, ce qui révèle que les gens cherchent un peu dans toutes les directions.

Mais en venant ici, ces personnes découvrent une communauté de religieuses qui témoignent de leur foi en Jésus et qui prient. Ces personnes peuvent aussi rencontrer un prêtre et échanger librement avec lui. Et pour certaines, cela les interroge et même les bouscule. En lisant les lettres que les catéchumènes de plus en plus nombreux m’envoient pour demander le baptême, un certain nombre expriment clairement qu’ils ont cheminé longtemps dans des croyances sans issue avant de découvrir le Christ Jésus.

Je ne me souviens pas en avoir rencontrés qui font référence spécifiquement à l’Île Blanche dans leur cheminement, mais les contacts qui les ont aidés sont multiples et on retrouve souvent dans leur lettre cette conviction que Jésus les a « sauvées », ils utilisent ce terme.

Mais qu’est-ce que signifie pour ces personnes le fait d’avoir été « sauvées » par Jésus ?

C’est la conviction intérieure d’avoir enfin trouvé ce qu’elles cherchaient, la Vérité, avec un grand V, une véritable rencontre avec Jésus, même sans le voir, grâce aux signes nombreux qu’il leur a donnés, une joie spirituelle qui vient illuminer leur existence, l’espérance qui les aide à surmonter le quotidien souvent difficile, voire éprouvant de leur vie. Cela ne les dispense pas de faire l’expérience de la Croix, mais l’espérance de la Résurrection et la force de l’Esprit Saint donne un sens à leur vie et cela change tout.

C’est ainsi que la nouvelle orientation de l’Île Blanche promulguée en 2023 répond aux signes des temps et résonne bien avec la vision que le diocèse s’est donné en 2025 comme une priorité : « accueillons la Lumière du Christ et rayonnons ». Et la communauté présente ici, désormais inter-congrégations, avec le soutien des membres de l’association et du personnel, met en œuvre les orientations que j’ai promulguées, notamment la première : « Accueillir et accompagner toutes les situations de vie » et que nous avons précisé avec ce résumé : « S’ouvrir aux différences : écouter et dialoguer, se faire proche et se respecter. Voir comme Jésus, ce qui est bon et beau en chacun, en chaque famille. Aller vers l’autre avec le sourire, avec humilité et reconnaissance de sa valeur pour que le Christ soit reconnu présent en tous et que l’Évangile puisse être annoncé. » Cette orientation diocésaine rejoint bien ce qui se vit ici.

On pourrait y ajouter deux autres orientations diocésaines auxquelles l’Île Blanche est partie prenante : « Vivre un compagnonnage avec les plus pauvres » et « Encourager à se former ». Je pense aussi aux expériences d’écologie intégrale pour donner du concret à l’encyclique du pape François Laudato Si’ grâce à l’association Gwin An Enez Wenn. C’est d’ailleurs du vin de cette production très locale qui deviendra dans quelques instants le sang très précieux de notre Seigneur Jésus ! Un beau signe qui nous est donné en cette fête du centenaire.

Dans l’Évangile, la première question de Jésus est vague et très ouverte et peut donc nous faire penser à beaucoup de gens non chrétiens, la seconde est plus précise : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? » Chacun de nous, même chrétien de longue date, doit se sentir concerné par cette question de Jésus, car nous n’aurons jamais fini d’entrer dans la profondeur de « la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! »

Des sondages nous disent qu’un nombre important des personnes, qui se disent chrétiennes, ne croient pas en la Résurrection de Jésus et encore moins qu’il est « Dieu né de Dieu, lumière de la lumière » comme nous le proclamons dans le credo. Ils y voient un prophète parmi d’autres ou au moins une personne dont l’amour pour les autres est à imiter. Et nous, que croyons-nous vraiment de Jésus ? À cette question, nous avons sans cesse à renouveler notre réponse à Jésus. Pour nous y aider, les sœurs ont mis en œuvre ici de nombreuses propositions pour nous aider à approfondir notre foi et à la vivre de façon authentique.

En conclusion, on peut dire que depuis 100 ans, le Seigneur a touché beaucoup de gens dans cette Île Blanche, lieu à l’écart et sacré. Depuis les jeunes filles du Juvénat, dont beaucoup sont devenues religieuses, jusqu’aux personnes de toutes croyances qui participent aux activités proposées. Il leur a manifesté son amour, notamment par la présence de nombreuses religieuses qui se sont succédé ici, mais aussi des laïcs, des diacres, des prêtres, qui sont intervenus. Cela fait partie de la mission de l’Église que Jésus annonce à ses apôtres et dont il affirme que la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle et qu’elle sera comme une porte qui ouvre sur le Royaume de Dieu. Amen.

✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon