Si 27, 33-28, 7 ; Ps 102 ; Rm 17,7-9 ; Mt 18, 21-35
Frères et sœurs,
Qu’il est parfois difficile de pardonner ! En célébrant ce grand pardon de Saint-Pol, nous faisons mémoire des milliers de fidèles qui sont venus depuis des siècles participer à ce pardon pour y trouver la force de pardonner et celle de recevoir le pardon. C’est bien la miséricorde du Seigneur à notre égard que nous célébrons aujourd’hui, l’amour infini qu’il porte à chacun d’entre nous.
Et en ce jour où je vais installer le père Claude CAILL comme curé, c’est aussi l’occasion de nous rappeler que les prêtres ont le pouvoir de pardonner les péchés au nom du Seigneur, et de manifester ainsi concrètement sa miséricorde. C’est un des aspects très importants de leur ministère.
J’aime la représentation de Saint-Pol-de-Léon muselant le dragon avec son étole. Le dragon représentant le mal et l’étole représentant son sacerdoce et le pouvoir qu’il a reçu du Seigneur de libérer les personnes du mal. Les prêtres font de même en donnant le pardon !
Qu’est-ce que le Seigneur nous dit sur le pardon à travers ces textes ?
D’abord apparaît clairement le lien étroit qu’il doit y avoir entre notre relation personnelle à Dieu et notre relation aux autres, et toutes les conséquences qui en découlent : « Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? », nous dit Ben Sira le Sage dans la première lecture.
Et s’il y a une telle insistance dans les Écritures sur cette question, c’est que la réconciliation et le pardon sont souvent difficiles à vivre notamment lorsque les blessures sont profondes. Vous savez bien cela parce que vous l’avez déjà peut-être expérimenté vous-même… ou dans votre entourage. La question de Pierre dans l’Évangile de ce jour révèle bien cette difficulté : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Saint Pierre n’est pas naïf. Il sait de quoi il parle !
Peut-on pardonner à tout le monde ? En toute circonstance ? La difficulté vient du fait que nous pouvons considérer le fait de pardonner comme une injustice et nous entendons fréquemment cette phrase : « après ce qu’il m’a fait, je ne pourrai jamais lui pardonner ! » Pourtant, la réponse de Jésus est claire : « jusqu’à 70 fois sept fois », c’est-à-dire qu’il n’y a pas de limite à mettre au pardon.
Et l’argument que donne Jésus dans la Parabole, c’est que la miséricorde de Dieu à notre égard est infiniment supérieure à celle que nous pouvons avoir vis-à-vis des autres (60 millions de pièces d’argent contre 100 pièces !) Le Seigneur nous a pardonné nos péchés et nous accorde la vie éternelle, ce qui n’a pas de prix. Cela n’a rien de comparable avec les conflits que nous avons entre personnes, quels qu’ils soient. Jésus nous fait comprendre que ce n’est pas de pardonner à l’autre qui est une injustice, c’est le fait de ne pas lui pardonner qui en est une, vu ce que le Seigneur a fait pour nous…
Un autre aspect est à souligner, c’est que nos conflits ne peuvent se résoudre que si nous « appartenons au Seigneur », comme le souligne saint Paul dans la 2e lecture, c’est-à-dire si notre vie est vraiment à son service, et habitée par son amour. Donc pas de réconciliation possible, pas de paix véritable si Dieu est mis de côté. Et cette réconciliation, avec le pardon qui en découle, est nécessaire pour que nous puissions espérer vivre dans l’amour de Dieu, dès maintenant et pour toujours. C’est même une condition sine qua non.
Bien sûr, on ne peut pas ignorer les difficultés que nous pouvons rencontrer pour résoudre nos conflits, mais pour cela il faut mettre Dieu au cœur de nos efforts de réconciliation, il faut beaucoup prier. « Priez pour ceux qui vous calomnient », dit Jésus. C’est par la prière que nous pouvons régler tous nos conflits. Cela peut prendre du temps ! Mais c’est par elle que nous pouvons être amenés à pouvoir un jour, avec l’aide du Seigneur, à pardonner à ceux qui nous ont profondément blessés, mais aussi à oser demander pardon à ceux que nous avons blessés.
N’oublions pas également que recevoir le pardon de Dieu dans le sacrement de pénitence et de réconciliation, c’est vraiment une grâce que le Seigneur nous donne pour nous aider dans ces démarches difficiles. Ainsi nous ravivons notre « appartenance » au Seigneur, et cela change vraiment nos relations avec nos proches, que ce soit dans les relations conjugales, familiales, de voisinage et même professionnelles.
Ce jour du grand pardon nous permet de raviver notre foi et notre confiance dans l’amour du Seigneur à l’égard de chacun d’entre nous, de méditer sur la mission que Jésus a confiée à ses apôtres.
C’est cette responsabilité que vos prêtres ont reçue du Seigneur comme un aspect très important de la mission qui leur est confiée.
En installant le père Claude CAILL comme curé, il faut souligner le fait qu’il est déjà dans cette paroisse depuis deux ans, mais il en prend la pleine responsabilité, en collaboration bien sûr avec les autres prêtres, diacre, laïcs dans les différentes missions qui leur sont confiées.
Je me permets de vous rappeler que la mission que le Seigneur a confiée à son Église repose sur trois charges : l’annonce de la Bonne Nouvelle, la célébration des sacrements et le soin des personnes. Mais pour les prêtres, ce soin des personnes passe par une responsabilité plus spécifique qui est la conduite du peuple de Dieu, le gouvernement de l’Église à la manière de Jésus, le Bon Pasteur.
Pour mettre en œuvre cette triple mission, il y a quelques défis à relever qui sont liés au contexte de notre temps. J’ai promulgué à la Pentecôte 2025 des orientations qui ont pour but de nous encourager et de nous donner des priorités. Des initiatives nombreuses ont déjà été prises dans les paroisses pour les mettre en œuvre. Je me permets seulement de souligner deux grands défis actuels :
C’est donc dans la joie que nous célébrons l’installation de votre curé au cours de ce grand pardon de Saint-Pol. Cela manifeste que le Seigneur ne nous oublie pas et qu’il prend soin de nous en nous envoyant des pasteurs. Portons-les dans notre prière et engageons-nous avec eux. Amen.
✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon