Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  20 septembre 2026 — Année A – 25e TO – Installation du père Stéphane LE SONN comme curé de la paroisse Brest-Centre – Saint-Louis – Église Saint-Louis – (Brest) (29)

20 septembre 2026 — Année A – 25e TO – Installation du père Stéphane LE SONN comme curé de la paroisse Brest-Centre – Saint-Louis – Église Saint-Louis – (Brest) (29)

Is 55, 6-9 ; Ps 144 (145) ; Ph 1, 20c-24.27a ; Mt 20, 1-16

Frères et sœurs,

Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, Jésus ne cherche pas à prodiguer un conseil aux employeurs et aux employés, il s’agit bien d’une parabole pour attirer l’attention et nous faire entrer dans la compréhension du Royaume des Cieux. Dans les Évangiles, on trouve une dizaine de paraboles pour nous faire comprendre ce qu’est le Royaume des Cieux, ou le Royaume de Dieu, les deux expressions sont utilisées.

En ce jour où nous célébrons l’installation de votre curé, cette parabole tombe bien, car l’image de la vigne est souvent utilisée dans la Bible, notamment dans le livre du prophète Isaïe, pour désigner le peuple que Dieu s’est choisi et dont il prend soin. Or, c’est bien au curé que je confie, au nom du Seigneur, la population de cette paroisse de Brest-Centre – Saint-Louis pour qu’il en prenne soin justement.

Le Royaume des Cieux concerne des personnes qui font la volonté de Dieu, même au-delà de l’Église. Cependant, l’Église, dont le Christ est la tête, est le moyen d’entrer dans ce Royaume et d’y grandir dans la communion avec Dieu. Elle accomplit sa mission par les trois charges que Jésus a confiées à ses apôtres : l’annonce de la Bonne Nouvelle, la sanctification du peuple chrétien par les sacrements et la conduite de ce peuple à l’image de Jésus, le Bon Pasteur qui prend soin de ses brebis et qui va chercher celle qui est perdue. C’est cette triple charge qui est confiée au curé et à ses confrères prêtres. Ils ne vont pas les porter tout seuls, mais ils en sont responsables devant le Seigneur.

Alors quel est le message que Jésus veut nous délivrer dans cette parabole et qui peut nous éclairer dans la charge confiée ? J’ai relevé trois choses.

  1. Cette justice est un peu particulière puisque le maître donne la même somme aux employés, quel que soit le travail accompli. Jésus nous montre, par-là, que ses pensées ne sont pas nos pensées, ni ses chemins, nos chemins, comme le dit le prophète Isaïe. En fait, cette parabole fait référence à l’attitude de Jésus qui « fait bon accueil aux pécheurs et qui mange avec eux » (Lc 15, 2). Des pécheurs, comme Matthieu justement, mais aussi Zachée, Marie-Madeleine et beaucoup d’autres qui ont mis leur foi en Jésus, alors que beaucoup de fidèles étaient choqués par cette attitude de Jésus envers eux. C’est le sens de la conclusion : « les premiers seront derniers et les derniers seront premiers. »

La miséricorde du Seigneur va bien au-delà de ce que nous pensons humainement être juste. Ainsi, même des personnes qui se convertissent sur le tard, sont accueillies dans l’Église comme des frères et sœurs et, par le baptême et la confirmation, reçoivent comme les autres la grâce de Dieu et sa promesse de vie éternelle.

C’est l’expérience que nous faisons dans l’Église de France avec le nombre croissant d’adultes qui demandent le baptême ou la confirmation, ou des baptisés qui avaient pris de la distance avec l’Église et qui veulent retrouver le chemin du Seigneur. C’est une des raisons principales qui a poussé le pape Léon XIV à venir en France.

Cela rejoint une des orientations diocésaines que j’ai promulguées à la Pentecôte 2025 : « Accueillir et accompagner toutes les situations de vie » afin que tous puissent recevoir l’Évangile et être sauvés. Le nouveau curé aura à continuer à la mettre en œuvre avec ses confrères.

  • Un autre message de la parabole, c’est cet appel récurant du maître de la vigne : « Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste. » Cet appel à « travailler » à la vigne nous rappelle qu’en devenant membres du Corps du Christ par le baptême, nous ne pouvons pas rester passifs. Notre première responsabilité à tous est d’être témoin du Christ par notre foi, nos paroles, nos actes, et notre manière de vivre, que ce soit en famille, dans la cité et dans la vie professionnelle, mais aussi de prendre part à la vie de la communauté chrétienne.

C’est le sens de l’orientation diocésaine : « Appeler chaque personne à servir. » Le père Stéphane LE SONN a mis sa vie entière au service de l’Église du Christ en tant que prêtre. Il n’est pas tout seul. Il y a les autres prêtres de la paroisse : Christophe PRIGENT et Gérald de SERVIGNY, mais aussi Nicolas POULAIN qui a en charge la Mission Saint-Luc et l’Enseignement catholique diocésain. Et également le père Sylvain MORENO, aumônier de la Marine, mais qui aide aussi quand il n’est pas en mission extérieure. Et vous venez d’accueillir également Jean-Eudes TERRASSE que je viens d’admettre comme candidat au sacerdoce et qui sera en stage dans cette paroisse pour les quatre prochaines années.

J’insiste sur cette communauté de prêtres qui portent ensemble cette charge pastorale, qui prient et partagent les repas dans une vie fraternelle. Tout cela pour vous dire que dans le Finistère, nous faisons en sorte que les prêtres vivent en communauté et ne souffrent pas de la solitude et surtout qu’ils mettent en commun leurs charismes.

Cet appel du Seigneur, les jeunes doivent l’entendre si le Seigneur compte sur eux comme prêtre, religieux ou religieuse. Mais évidemment, cela concerne toutes les formes d’engagement dans l’Église et à l’occasion de l’installation de votre curé, nous devons tous entendre cet appel à servir. Comme saint Paul le rappelle dans sa Première lettre aux Corinthiens, personne dans la paroisse ne peut dire à un autre « Je n’ai pas besoin de toi. », et j’ajouterai que personne, non plus ne doit pouvoir dire « la paroisse n’a pas besoin de moi. »

  • Un troisième message que je voudrais souligner dans cette parabole sur le Royaume des Cieux, c’est que les premiers embauchés deviennent les derniers dans le cœur de Jésus. Pourquoi ?

Parce qu’ils auraient dû se réjouir de voir la générosité du maître vis-à-vis de ceux qui étaient sans travail. Ce n’était pas leur faute. « Parce que personne ne nous a embauchés », disent-ils. Ils auraient dû avoir le même regard que le maître, un regard plein de miséricorde en voyant que le maître leur donnait, à eux aussi, ce dont ils avaient besoin pour vivre.

Lorsque j’ai renouvelé en décembre dernier la consécration du diocèse au Sacré-Cœur de Jésus, c’est bien pour nous encourager à laisser le Seigneur changer notre cœur de pierre en cœur de chair, un cœur plein de miséricorde comme celui de Jésus. L’enjeu étant la communion ecclésiale qui est un défi permanent pour les prêtres et leurs collaborateurs au sein de la paroisse. Mais pas seulement dans l’Église comme le rappelle le Cardinal BUSTILLO dans son livre « Réparation » dans lequel il nous met en garde contre l’individualisme et la violence verbale, et même physique, qui se développe dans les rapports humains à tous les niveaux de la société. En tant que chrétiens, nous avons à apporter là où nous vivons, avec la grâce de Dieu, un surcroît de respect, de charité et de paix.

J’ajoute que dans ce défi de la communion ecclésiale, il y a la liturgie qui est au centre, car l’eucharistie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne. Votre paroisse a la réputation de soigner la liturgie comme nous l’avons demandé aussi dans une des orientations diocésaines. Actuellement, elle peut être aussi source de division lorsque chacun revendique « une liturgie qui lui correspond » comme on l’entend parfois !

Lorsqu’on fait ce que demande l’Église, la liturgie devient source de communion et elle apaise les conflits. Je vous encourage donc à continuer à faire de belles liturgies sources de paix, de joie et de ressourcement pour tout le monde.

Frères et sœurs, c’est dans la joie que votre nouveau curé va maintenant exprimer devant vous et devant le Seigneur sa foi et son acceptation à recevoir la charge qui lui est confiée. Amen.

✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon