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Le Pape en France. Témoignage d’Etienne Cruchant, délégué diocésain des pèlerinages

Quelle histoire…

Le 16 mai, l’Église de France annonce la venue du pape fin septembre et, le 31 mai, notre évêque me demande une estimation du nombre de pèlerins, par lieux de célébration, qu’il ne fallait pas divulguer… Que répondre ? … Un élan pour la veillée des jeunes me semblait une évidence, avec la multiplication des catéchumènes et des néophytes ; en revanche, comment imaginer l’engouement pour la messe du samedi ?

« C’est une grâce que Dieu fait à la France », le 9 juin, Mgr Aveline dévoile le programme précis. Il annonce aussi que « les informations pratiques pour participer à ces grands rendez-vous vous seront communiquées très rapidement ». Il était très optimiste en disant cela !… (Pardon, Monseigneur !).

Le 6 juillet, une « identité visuelle » est donnée et le 4 août est proposée la prière pour la France à l’occasion de l’Assomption et de la venue du pape.

Commence alors un marathon, pour gérer les inscriptions et organiser les déplacements ; en fait, « les informations pratiques pour participer à ces grands rendez-vous » nous parviendront jusqu’au jeudi soir 24 septembre !

Au niveau de notre diocèse, il est décidé d’aider à la participation seulement du temps parisien. Les délégués diocésains des pèlerinages deviennent les interlocuteurs de la CEF et du Comité d’Organisation, avec mise en place de visios, d’un groupe WhatsApp, qui dépassera les 2000 messages ! « Le Pape en France » envoie des mails, qui au début partent dans les spams. Nos collègues parisiens font l’interface et font remonter nos interrogations et nos impatiences … Il fallait une vigilance quotidienne, avec l’ordinateur dans la valise durant les vacances ; qu’aurait-on dit si la réservation d’un quota de places au Stade de France ou à la messe de place de la Concorde avait été oubliée ?!

Septembre fut un mois d’une intensité rare. Mais la dernière semaine a été riche en bonnes nouvelles. Manifestement les organisateurs ont pris soin des pèlerins venant de loin. Les jeunes étaient placés à gauche face à la scène au milieu du stade, juste au-dessus de la pelouse. Pour la messe, quelle joie d’apprendre que notre groupe était dans la zone « Concorde Sud », donc sur la place, avec un parking des cars place des Invalides (la « crainte » initiale était de devoir prendre le métro pour rejoindre le site de la messe, ou de marcher 45 min entre le parking et le site). Cet emplacement nous a valu des demandes de billets jusqu’au samedi matin 9h30, mais nous n’avions « que » 750 places.

Et après ?

LLa première réaction, en quittant une célébration avec le pape, est de regarder sur nos téléphones si nos photos sont réussies, si elles sont meilleures que celles de notre voisin ou de nos amis… « J’étais trop bien placé » disent certains photographes amateurs ! « Je l’ai vu de près » ! Attention, la « papolâterie » n’est pas loin ! …

En fait, nous étions tous bien placés, sur place ou devant notre téléviseur. Ceux qui étaient sur place ont eu la grâce de percevoir physiquement ce qu’est notre Église, vivante, joyeuse et rayonnante, et d’être davantage en communion avec elle.

Ainsi, en jouant un peu sur les mots, plus que des photos, gardons des images de cette visite.

C’est bien sûr personnel et subjectif mais je retiens :

  • Le sourire du pape et sa sérénité, malgré un programme intense. Il est porté par sa foi et sa vie de prière ; cela me fait penser à « ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des ailes d’aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer » (Is 40, 31). Quel exemple !
  • Son attention aux plus faibles, quand il prend son temps pour bénir Octave sur le parvis de Notre-Dame, âgé de 2 ans et quasiment hospitalisé depuis sa naissance ; ou encore quand il se penche de sa papamobile pour bénir Marie-Garance, jeune polyhandicapée, en arrivant place de la Concorde. J’ai été aussi marqué de le voir devant moi saluer personnellement toutes les personnes en situation de handicap, en sortant de la sacristie à la fin des vêpres.
  • Son regard vers la Vierge lorsqu’il a chanté le Salve Regina devant Notre-Dame ou à la fin de la messe place de la Concorde. Il était face à elle et toute l’assemblée chantait avec lui.
  • Sa liberté de parole quand il évoque des sujets fondamentaux de notre humanité, quels que soient ses interlocuteurs.
  • La louange au Stade de France : « que ma bouche chante ta louange ! » chanté par 80000 jeunes les bras levés vers le Père ; je me suis surpris à faire comme eux !
  • La réaction de place de la Concorde, avec des applaudissements et une immense clameur, lorsqu’il nous a été montré sur les écrans, une vue aérienne des Champs-Élysées avec cette « foule immense », incroyable ; notre Église est bien vivante, pleine de joie.

Plus encore que des images, il nous faut maintenant relire ses paroles, messages pour nos vies personnelles et celles de nos communautés.

Ayant eu la joie de participer aux vêpres dans Notre-Dame, à la veillée au Stade de France, et donc à la messe place de la Concorde, j’ai retenu « sur le vif » (là encore, c’est subjectif) :

  • À Notre-Dame :

« Je vous exhorte donc tous, évêques, prêtres, diacres et personnes consacrées, à cultiver un amour authentique pour la liturgie et à être témoins et serviteurs de la vocation prophétique, sacerdotale et royale de tout le peuple de Dieu.

La liturgie reste en cela un reflet de la vie. La joie eucharistique s’affirme et se répand là où l’harmonie est retrouvée, là où la dignité renaît, là où l’autorité devient service, là où la liberté reprend son cours.C’est le plus grand don que nous puissions partager. Faites donc passer la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église avant vos sensibilités personnelles, afin de cultiver l’unité du peuple de Dieu. Ensemble, nous serons la prophétie qu’un monde réconcilié est possible. »

« Préservez donc votre vie intérieure avec le Seigneur, à l’école des nombreux saints qui vous ont précédés, en puisant toujours à la source de l’amour infini de Dieu dans la prière silencieuse. Votre mission découle avant tout de cette relation intime avec le Seigneur qui vous attend. »

  • Au stade de France :

« La société dans laquelle nous vivons semble indifférente à Dieu. Mais le Seigneur n’est pas indifférent à nous ! Voilà ce qui compte… et ce qui nous donne toujours de l’espérance ! »

« L’homme s’égare lorsqu’il affirme que Dieu est mort. Si Dieu n’est pas avec lui, l’homme n’a plus de salut et perd le sens de son existence, qui se réduit à une impasse ou au néant. En revanche, celui qui dit : « Pour moi, vivre, c’est le Christ ! », fait exactement l’expérience du contraire. Dans le Christ, en effet, nous savons que Dieu n’est jamais indifférent à l’homme ! Par Jésus, crucifié et ressuscité, Il donne sa propre vie pour que nous en vivions. »

« Cultiver un lien fraternel “avec ceux qui ne partagent pas notre foi“ contribue donc à la construction de la société ; et devient un exercice de foi et de charité ; car il est impossible de témoigner du Christ sans aimer ceux à qui nous voulons l’annoncer. »

« Rappelez-vous que la Parole du Seigneur est toujours une lampe pour nos pas (cf. Ps 119, 105). À la lumière de l’Évangile, la formation spirituelle passe par la prière et le service ; l’adoration et l’action ; le silence — ce silence si rare et si nécessaire, loin du vacarme médiatique — et l’annonce. »

  • Messe place de la Concorde :

« La Liturgie de la Parole de ce jour nous invite à sonder notre cœur : quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide ? »

« Celui qui croit en moi, […] de son cœur couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38). En nous abreuvant à la source qu’est le cœur du Christ, nous devenons nous-mêmes, comme l’a écrit Origène, des puits, des sources et des fleuves pour les autres (cf. Homélie 12, 1, 2-3). Le croyant qui y boit devient lui aussi source de vie par son lien existentiel avec le Christ et communique cette même vie au prochain. » Chacun va être marqué par telle ou telle phrase ou paragraphe. À nous maintenant de relire ces paroles, seul, en couple, en fraternité, en paroisse, …

Pour finir,

Ce fut une expérience extraordinaire ! La préparation fut parfois tendue, frustrante car nous étions impatients de « tout savoir » sur l’organisation ; frustrante aussi car il n’a pas été possible d’avoir des tarifs intéressants pour les TGV.

Notre impatience était justifiée mais il fallait garder confiance : les billets pour le Stade de France ont été envoyés mardi 22 septembre dans la matinée, nous avons connu l’emplacement du parking des cars le même jour vers … 23 heures, et les billets pour la messe place de la Concorde ont été envoyés mercredi 24 en fin d’après-midi !

Finalement, les pèlerinages sont une école de patience et de confiance. Cela participe à notre conversion ! « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6, 34).

Pour ce voyage, j’ai tellement reçu quand Jean-Paul II est venu, en 1980 (j’avais pu participer à la messe sur le parvis de Notre-Dame, à la rencontre avec le clergé d’Île-de-France et à la veillée au parc des Princes), que c’était ma façon, bien longtemps après (!), de remercier notre Dieu de tout ce qu’il a fait pour moi, et de tout faire pour que le plus grand nombre puisse vivre un tel évènement.

Après, c’était à la grâce de Dieu pour chacun mais … je n’étais pas inquiet car « votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé ». (Mt 6, 8).

Nous avons déjà reçu des témoignages émouvants sur ce qui a été vécu par certains. Permettre de rencontrer Dieu, de découvrir davantage l’Église, c’est la raison d’être du Service des Pèlerinages et la joie de cette mission.

Mais je n’étais pas seul, alors :

  • Merci à Anne de m’avoir soutenu ; pardon d’avoir eu souvent l’esprit ailleurs ces dernières semaines. Non ! Je n’ai pas de maîtresse !
  • Merci à Sophie pour son investissement quotidien, même en soirée ou le week-end récemment. Merci pour son lien personnel avec beaucoup de pèlerins.
  • Merci au père Nicolas Poulain d’avoir si bien géré le groupe des jeunes, qui ont donc pu être hébergés dans son ancienne paroisse du Saint-Esprit ; merci aussi à cette paroisse.
  • Merci à Chantal et Anne, à la Maison diocésaine, pour leur aide des derniers jours.
  • Merci aux référents des paroisses, aux responsables des bus, aux curés et secrétaires de paroisses, pour avoir diffusé les informations en juin (il fallait « agir » avant les vacances).
  • Merci et bravo à l’Hospitalité Diocésaine et à quelques « délégués de paroisse » d’avoir permis à des Finistériens d’aller à Lourdes.
  • Merci à Monseigneur Dognin pour sa confiance.

Merci surtout à notre pape et rendons gloire à Dieu !

Etienne Cruchant – Lundi 28 septembre 2026

« Oui, comme il est bon et doux pour des frères et sœurs de se retrouver ensemble (cf. Ps 132, 1), afin de magnifier la grandeur de Dieu. Puisse ma présence au milieu de vous confirmer votre foi, et vous encourager à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’amour de Notre Seigneur bien aimé Jésus-Christ.« 

Léon XIV – Paris, 26 septembre 2026