Ep 2, 12-22 ; Ps 84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14 ; Lc 12, 35-38
Homélie retranscrite à partir d’un enregistrement
Frères et sœurs,
Le fil rouge de notre journée était notre témoignage de vie chrétienne. C’est évidemment en lien avec ce que nous venons de voir et avec le lieu dans lequel nous nous trouvons, celui des martyrs, contemporains cette fois-ci.
Mais être martyr, ce n’est pas forcément mourir pour notre foi, comme ceux qui sont morts ici et qui ont eu le courage de vivre leur foi dans la persécution. Saint Augustin nous rappelle que le martyre, qui signifie témoignage, est aussi un témoignage que nous pouvons et que nous devons vivre jour après jour dans notre vie de chrétiens, lorsque nous faisons des efforts pour être fidèles à l’Évangile et pour le mettre au cœur de notre existence, dans tous les actes de notre vie. Saint Augustin insiste sur le fait que ce martyre est aussi beau que celui de ceux qui meurent en raison de leur foi. Tout au long de notre vie, nous sommes témoins de la présence du Seigneur et de son amour.
Dans l’Évangile, nous avons entendu ces paroles : « Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. ». Quelle est donc cette arrivée dont parle Jésus ? C’est à la fois son retour dans la gloire à la fin des temps, qu’il annonce à bien des reprises dans les Évangiles, mais aussi le terme de notre propre vie. Que signifie être éveillé ? C’est être fidèle à notre vocation de témoins du Christ, d’une part par notre manière de vivre, c’est-à-dire par les relations que nous entretenons avec les autres, par la façon dont nous conduisons notre vie et par les choix que nous faisons en fidélité à l’Évangile, mais aussi par nos paroles, pour annoncer la Bonne Nouvelle à ceux qui ne la connaissent pas.
Nous voyons bien que ce texte d’Évangile exprime une responsabilité. Devenir témoin, c’est être responsable du don que le Seigneur nous fait à notre baptême et à notre confirmation. La foi chrétienne ne peut pas se concevoir de façon individuelle. Elle est un don qui nous est fait, non seulement pour notre salut personnel, mais qui nous donne aussi une responsabilité vis-à-vis des autres, pour leur salut, pour les aider à entrer, eux aussi, dans cette histoire de salut et à être sauvés.
Nous voyons bien votre responsabilité dans l’éducation des élèves et, d’une certaine manière, vis-à-vis de leurs familles. Nous avons entendu hier le témoignage de sœur Yvonne1 qui a fondé de nombreux établissements catholiques, des écoles et des collèges, et qui nous a montré à quel point il s’agissait d’un véritable service rendu, d’un don de notre vie pour pouvoir donner la vie.
Dans la lettre aux Éphésiens, nous découvrons aussi qu’en devenant chrétiens, nous ne le devenons pas seulement pour nous-mêmes. Saint Paul nous dit : « En lui, vous êtes, vous aussi, les éléments d’une même construction pour devenir une demeure de Dieu par l’Esprit Saint. ».
Saint Paul prend ainsi l’image d’une construction dont Jésus est la pierre angulaire. Cette construction correspond à ce que nous appelons le Corps mystique du Christ, c’est-à-dire la présence du Ressuscité. La présence du Christ se manifeste dans l’Église à travers ses membres. Ce sont eux qui constituent cette construction et qui contribuent à l’édifier grâce à leur témoignage.
La catholicité de l’Église est vraiment quelque chose que nous découvrons particulièrement à Rome. Nous voyons bien que, par le baptême et la confirmation, nous devenons frères et sœurs dans cette famille de Dieu, d’une façon même plus proche, nous dit Jésus, que dans notre famille de sang. Nous sommes encore plus proches les uns des autres. « Vous êtes membres de la famille de Dieu ».
Là aussi, le témoignage de sœur Yvonne était beau, en montrant cette dimension internationale de l’Église. Nous nous sentons aussi bien frères et sœurs dans le Christ avec ceux qui vivent à l’autre bout de la planète, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons. Il n’y a pas de frontières pour l’Église. C’est un magnifique témoignage.
D’ailleurs, lorsque le pape Léon XIV est venu en France, il a manifesté cette dimension internationale. Il n’était pas là pour un pays plutôt que pour un autre. Nous voyons bien qu’il porte cette dimension supranationale de l’Église.
Être chrétien, ce n’est donc pas seulement pour soi, pour notre salut ou pour notre épanouissement personnel, même si nous pouvons aussi le considérer sous cet angle. Nous en avons différents exemples, notamment avec le sacrement de l’Eucharistie. Quelquefois, nous pouvons venir à la messe en nous disant : « J’ai besoin d’aller à la messe, c’est important pour moi. » Nous pouvons ainsi avoir une vision très individuelle de notre participation à l’Eucharistie. Mais ce n’est pas seulement cela. Lorsque nous allons à la messe, nous contribuons à faire grandir cette construction, parce que nous écoutons la Parole du Seigneur, qui nous nourrit et fait de nous des témoins. Nous sommes également nourris par le Corps du Christ dans l’Eucharistie, ce qui permet à cette présence du Seigneur de se manifester dans notre vie de façon très concrète.
Il en est de même pour le sacrement de l’ordre. Lorsque nous recevons ce sacrement, ce n’est pas pour nous-mêmes, mais véritablement pour le peuple de Dieu. C’est pour cela que nous le recevons.
Je pourrais en dire autant du sacrement de mariage. Nous pouvons évidemment le considérer de façon très individuelle, pour le couple qui le reçoit. Mais ce n’est pas seulement pour que Dieu donne son amour et sa force au couple lui-même. C’est aussi pour que la famille qui se forme à travers ce sacrement devienne, elle aussi, témoin du Christ, pour les enfants qui pourront être mis au monde, pour l’ensemble de la famille, et pour contribuer à la construction de la grande famille de Dieu.
Dans les établissements scolaires, nous voyons également l’importance du témoignage que vous pouvez donner dans les relations que vous entretenez avec les élèves, les parents et toute la communauté éducative. Ce témoignage est vraiment très important. Votre manière de vous comporter vis-à-vis des personnes, votre façon de vivre et les relations que vous établissez sont aussi importantes que l’annonce de la Bonne Nouvelle, pour que les enfants et les jeunes puissent connaître l’amour de Dieu pour eux, découvrir l’appel qu’il adresse à chacun à le suivre et, à leur tour, intégrer cette construction. Tous les élèves sont invités à entrer dans cette construction, dans cette famille de Dieu, sachant que nous ne pouvons pas y entrer sous la contrainte. Cela suppose évidemment une grande liberté.
Cette liberté s’est manifestée tout à l’heure par l’acte de foi que nous avons posé lors du renouvellement de nos promesses de baptême. Personne ne nous oblige à renouveler cette profession de foi. Il en est de même pour les élèves qui sont devant nous. Cela souligne l’importance de leur faire découvrir qu’ils sont, eux aussi, appelés par le Seigneur et qu’ils peuvent grandir dans la foi, en manifestant cet amour et cette confiance en Dieu.
Demandons au Seigneur qu’il nous donne la grâce, par son Esprit Saint, d’être toujours des témoins, en particulier dans la mission qui nous est confiée. Car c’est une véritable mission que de faire grandir les élèves et de leur faire découvrir l’amour que le Seigneur a pour chacun d’eux. Amen.
✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon
[1] Sœur Yvonne REUNGOAT, religieuse catholique française de la congrégation des Salésiennes de Don Bosco, membre du Dicastère pour les évêques.