Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  21 octobre 2026 — Année A — Pèlerinage des chefs d’établissements de l’Enseignement catholique du Finistère à Rome — Saint-Louis des Français — (Rome) (Italie)

21 octobre 2026 — Année A — Pèlerinage des chefs d’établissements de l’Enseignement catholique du Finistère à Rome — Saint-Louis des Français — (Rome) (Italie)

Ep 3, 2-12 ; Ct Is 12, 2.4bcde-5a.5bc-6, 1-2, 3, 4, 5 ; Lc 12, 39-48

Homélie retranscrite à partir d’un enregistrement

Frères et sœurs,

Tout au long de notre pèlerinage des chefs d’établissement, un fil rouge nous accompagne, éclairé chaque jour par la Parole de Dieu que nous offre la liturgie. Aujourd’hui, nous réfléchissons à notre vocation éducative : un appel à suivre un chemin de sainteté.
Mais cette réflexion ne concerne pas seulement les chefs d’établissement de l’Enseignement catholique. Elle s’adresse à chacun de nous, à travers les responsabilités qui sont les nôtres.

Tout à l’heure, nous avons médité sur le tableau du Caravage représentant l’appel de saint Matthieu. Nous y voyons Jésus qui appelle Matthieu à le suivre. Un choix tout à fait surprenant pour l’époque, puisque Matthieu était un publicain, un homme rejeté, considéré comme un pécheur public. Nous pouvons imaginer sa réaction : occupé à compter son argent avec ses collaborateurs, il ne prête peut-être pas vraiment attention à cet appel. Il se demande ce que le Seigneur peut bien lui vouloir. Peut-être pense-t-il même que cet appel ne peut pas lui être adressé, compte tenu de sa situation.
Nous pouvons faire un parallèle avec nous-mêmes. Nos préoccupations quotidiennes, notre situation personnelle peuvent parfois nous empêcher d’entendre l’appel du Seigneur, ou nous faire penser qu’il ne s’adresse pas à nous. Nous pouvons même croire que notre vie est trop abîmée pour que le Seigneur s’intéresse à nous. Et pourtant, quelle que soit notre histoire, avec ses joies et ses épreuves, ses échecs, ses limites et ses blessures, quels que soient nos doutes ou même les nuits de la foi que nous pouvons traverser, Jésus appelle chacun de nous. Il ne se détourne pas de nos fragilités, bien au contraire : il vient nous rejoindre au cœur même de notre misère. C’est tout le sens de sa miséricorde, un mot qui associe la misère et le cœur, et qui manifeste l’amour du Seigneur qui a pitié de notre misère.

Cet appel nous invite à renoncer au mal, à accueillir simplement sa Parole de vie et à mettre en Jésus tout notre amour et notre confiance. C’est vraiment cela, la foi : cet amour confiant. Comme le dit saint Paul : « Et notre foi au Christ nous donne l’assurance nécessaire pour accéder auprès de Dieu en toute confiance. »
La foi au Christ est un lien d’amour, une véritable amitié, puisque Jésus nous invite à être ses amis. Elle nous permet de sortir de tout ce qui nous enferme sur nous-mêmes et de nous laisser conduire, en toute confiance, par l’Esprit Saint vers une vie nouvelle dans le Christ. C’est cette expression que saint Paul emploie à propos du baptême, lorsqu’il nous invite à mener « une vie nouvelle » (Rm 6, 4).
Lorsque le pape Léon XIV a rencontré les jeunes au Stade de France, il leur a dit : « Vous êtes les saints de France ! » C’était une parole spontanée, qui n’était pas écrite dans son texte. Bien entendu, le Pape n’ignorait pas que nous sommes tous pécheurs et que ces jeunes n’étaient pas nécessairement déjà des saints.
Mais, par cette parole, il reconnaissait que, s’ils étaient là, c’est qu’ils avaient accepté de sortir de leurs préoccupations quotidiennes, peut-être même de leur égoïsme, pour se mettre à l’écoute de ce qu’il avait à leur dire au nom du Seigneur. Comme saint Matthieu, ils avaient répondu à un appel. Leur démarche était déjà un acte de foi, un acte de confiance en Dieu, qui les mettait déjà sur le chemin de la sainteté.
En conclusion, je dirais que nous sommes tous appelés à suivre le Christ et à nous tenir prêts. Dans l’Évangile, Jésus nous dit : « Vous aussi, tenez-vous prêts », en évoquant sa venue dans la gloire. Mais nous comprenons bien qu’il ne s’agit pas d’attendre passivement. Cet appel est au contraire dynamique : c’est en faisant de notre vie un chemin de progression vers la sainteté que nous nous préparons à sa venue.

La sainteté n’est pas seulement le fruit de nos efforts personnels. Nous parlons beaucoup aujourd’hui de « développement personnel ». Pourquoi pas ? Mais ici, il s’agit d’autre chose : la sainteté est avant tout une réponse à l’appel du Christ.
C’est en nous mettant à son service, en acceptant de nous laisser nourrir par sa Parole de vie et par les sacrements, que nos efforts deviennent véritablement féconds. Car c’est en apprenant à connaître la volonté de Dieu grâce à sa Parole, en renonçant au mal et en cherchant résolument à accomplir sa volonté que nous nous mettons en route vers la sainteté.

Dans nos responsabilités de chefs d’établissement, et plus largement dans notre mission éducative, au sein des écoles, des collèges, des lycées, mais aussi des familles, je pense que la première chose est de manifester, par nos actes, la miséricorde du Seigneur. Nous pouvons ainsi, en son nom, témoigner de cette miséricorde auprès de tous les enfants, particulièrement des plus fragiles, en portant une attention vigilante à ceux qui traversent des épreuves ou portent des blessures, notamment familiales.

Et puis, pour nous qui sommes engagés dans l’Enseignement catholique, la véritable éducation consiste aussi à faire connaître aux enfants la Bonne Nouvelle du Christ, à leur faire découvrir l’appel que Jésus leur adresse, l’amour qu’il leur porte et son désir de nouer avec chacun d’eux une amitié qui soit source de vie.
C’est ainsi que nous les aidons véritablement à grandir sur le chemin de la sainteté, tout au long de leur existence. Un chemin qui les conduira non seulement à vivre une vie nouvelle dans le Christ, mais aussi à vivre pour toujours avec le Seigneur. Amen.

✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon