Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  18 janvier 2026 — 2e dimanche du Temps Ordinaire – Année A – Messe d’Action de grâce pour la béatification du frère Roger LE BER – Église Saint-Thuriau – (Landivisiau) (29)

18 janvier 2026 — 2e dimanche du Temps Ordinaire – Année A – Messe d’Action de grâce pour la béatification du frère Roger LE BER – Église Saint-Thuriau – (Landivisiau) (29)

Is 49, 3.5-6 ; Ps 39 (40) ; 1 Co 1, 1-3 ; Jn 1, 29-34

Frères et sœurs,

Nous célébrons donc cette messe d’Action de grâce pour la béatification du frère Roger LE BER, originaire de cette paroisse. Le fait qu’il soit béatifié et même reconnu comme martyr de la foi est certainement un honneur, mais un honneur pour qui ? Pour les habitants de cette paroisse, bien sûr, pour les franciscains sûrement, pour ses amis et les membres de sa famille cela va de soi. Mais en ce qui le concerne, il n’a pas besoin de cet honneur, car son honneur est d’être accueilli dans la joie de la vie éternelle auprès du Seigneur pour qui il a donné sa vie. 

En fait, c’est pour nous qu’il a été béatifié et reconnu comme martyr, afin que son témoignage soit mis en exergue et nous incite à nous laisser, nous aussi, toucher par la grâce de Dieu et entraîner à grandir en sainteté. Et cela chacun selon sa vocation et le contexte de sa vie personnelle et aussi de la page de l’histoire de l’humanité dans laquelle nous sommes plongés aujourd’hui. 

Dans cette homélie, j’aimerais relever plusieurs aspects de sa personne et de son témoignage de foi qui peuvent résonner dans notre propre vie. J’en ai relevé quatre qui se complètent et se recoupent.

  1. Concernant sa personne, son frère Jean-Robert, qui était aussi au STO et qui a pu s’en sortir, nous dit qu’il « se savait timide et sans force pour livrer la richesse de son amour[1]. » Et il s’efforçait de surmonter cette timidité qui semblait importante. Pourtant, le Seigneur l’a appelé tel qu’il était et a su faire rayonner sa foi et son amour bien au-delà de ses limites. 

J’ai trouvé ce détail important à souligner, car nous avons tous des limites, ou même des blessures intérieures liées à notre histoire, qui peuvent nous affecter dans notre vie personnelle, familiale ou professionnelle. Mais le Seigneur sait très bien s’appuyer sur nos faiblesses pour nous faire grandir en sainteté et faire de nous des témoins de son amour. Frère Roger aurait pu dire ce que le prophète Isaïe nous rapporte dans la première lecture de ce jour : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. » 

Mais pour cela, il y a évidemment des conditions, notamment que la Parole du Seigneur s’incarne en nous et que nous soyons accueillants à la grâce de l’Esprit Saint qui vient justement au secours de notre faiblesse. C’est ce que frère Roger a su faire notamment parce qu’il était un homme de prière et un frère disponible aux autres et c’est ce qui a porté tant de fruit dans sa vie de disciple de Jésus comme nous allons le voir dans les points suivants. Il nous invite à faire de même avec nos faiblesses et nos limites et à ne pas nous refermer sur nous-mêmes en nous lamentant sur nos difficultés personnelles. Il nous invite à avoir la foi et à nous laisser simplement conduire par l’Esprit Saint.

  • Un deuxième point que je souhaite développer et qui découle du premier, c’est sa disponibilité à servir et sa générosité. Comme un témoin le raconte : « Très gentil, très spontané, très serviable et plein de sens surnaturel.C’était une ombre, on ne savait pas qu’il était là. Il était toujours là quand on avait besoin de quelqu’un, d’un frère.[2]» On nous rapporte qu’il avait toujours faim, ce qui était un problème dans le travail obligatoire et surtout les camps de concentration. Mais lorsqu’il était au STO et qu’il recevait un colis de sa famille ou de sa communauté, malgré sa faim, il le partageait.

Dans le contexte de la société d’aujourd’hui, où l’on est davantage attentif à son bien être personnel, frère Roger nous donne le témoignage de l’oubli de soi pour le bien des autres. Un don à cultiver tant dans la vie conjugale, familiale ou simplement dans notre vie quotidienne. Ce don de lui-même porta du fruit non seulement par les compagnons de souffrance qu’il a pu aider, peut-être sauver en leur donnant de la nourriture, mais aussi par le témoignage qu’il a donné de son imitation de Jésus qui n’a pas recherché ce qui lui plaisait, mais a donné sa vie pour nous sauver. Un encouragement qu’il nous adresse pour que nous soyons nous-mêmes disponibles aux appels de nos frères, serviables et généreux.

  • Un troisième aspect, c’est sa vie religieuse de franciscain. Comme il n’avait pas le don de la parole, il lui aurait été sans doute difficile d’être Dominicain ! Mais le Seigneur l’a appelé là où il pouvait donner le meilleur de lui-même, même si les franciscains enseignent aussi ! Comme religieux franciscain, il a donc pris place au milieu de ses frères et leur a apporté la richesse de son amour donné, tout en recevant d’eux le soutien dont il avait besoin. 

Tous les témoignages rapportent que la petite communauté franciscaine de 12 frères qui se sont retrouvés dans le Service du Travail Obligatoire a été d’un soutien remarquable pour beaucoup de jeunes Français envoyés avec eux au STO. On les appelait « les douze alouettes » ou encore « les 12 apôtres de Cologne » où ils avaient été envoyés pour le travail. Parmi eux, il y avait notamment le frère Éloi LECLERC, originaire de Landerneau, qui a pu s’en sortir et témoigner de ce qu’ils ont vécu ensemble là-bas. Il est décédé en 2016 et nous a laissé plusieurs beaux ouvrages. 

Si je souligne l’appartenance de frère Roger à sa communauté religieuse, c’est pour souligner que les religieux et religieuses apportent une richesse inestimable à la vie de l’Église par leur vie donnée et le charisme de leur congrégation. En France, malheureusement, les vocations religieuses se font rares et nous voyons disparaître des communautés qui étaient si présentes et actives au sein de notre Église diocésaine, au service des jeunes, des malades, des personnes en souffrance. 

Mais il n’est pas trop tard pour inviter les jeunes, garçons et filles, à entendre l’appel du Seigneur et à répondre généreusement. Le frère Roger nous a montré à quel point sa réponse à cet appel du Seigneur a été féconde. Notre Paul LE BER de Landivisiau, en devenant Frère Roger, a vu sa vie profondément transformée au service de tous. Son témoignage de religieux est aussi magnifique. Le Seigneur continue d’appeler… les jeunes sauront-ils l’entendre et donner leur vie pour leurs frères ?

  • Enfin le quatrième aspect de la vie du frère Roger que je souhaite souligner, c’est son ardeur à la mission. Dans la première lecture de ce jour, le Seigneur nous dit par la bouche du prophète Isaïe : « Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » Cette parole dans laquelle les chrétiens ont reconnu l’annonce de la venue du Christ en ce monde se comprend aussi pour ses disciples. 

Ceux qu’il a envoyés justement pour que l’Évangile parvienne partout. Nos 50 martyrs béatifiés le 13 décembre ont risqué leur vie pour que l’Évangile parvienne auprès de tous les jeunes du STO. Ils arrivaient à organiser le plus discrètement possible des temps de prière et de partage de la Parole de Dieu et leur charité témoignait aussi de l’Évangile. 

Comme il l’écrit dans le signet que vous allez recevoir à la sortie : « Notre premier apostolat a été de nous montrer en face de tous, bien unis, de véritables frères. Beaucoup en sont émerveillés (…). C’est bénévolement que, suivant nos compétences, nous nous sommes offerts aux camarades (…). Aux yeux des camarades fatigués, notre geste est noté. Nous avons atteint la sympathie de tous même des “durs” (ils avaient marqué sur leur porte “ici Dieu n’entre pas” et Il y est entré)[3]. »

Comme quoi, même si le contexte dans lequel le bienheureux frère Roger LE BER a vécu est très différent du nôtre aujourd’hui, son témoignage est toujours aussi pertinent et il est bon pour nous de le recevoir et de nous engager à notre tour à répondre aux appels du Seigneur. 

Enfin, nous croyons à la communion des saints. Son témoignage n’est pas seulement du passé, nous croyons qu’il prie pour nous et nous le lui demanderons dans la litanie des Saints tout à l’heure quand j’irai bénir son lieu de mémoire installé dans cette église où il a été baptisé. Bienheureux frère Roger LE BER, priez pour nous. Amen.

+ Laurent DOGNIN

Évêque de Quimper et Léon


[1] Site Internet des Franciscains : https://franciscains.fr/2025/12/30/portraits-des-quatre-bienheureux-franciscains-martyrs-de-laumonerie-clandestine/

[2] https://www.diocese-quimper.fr/frere-roger-le-ber-franciscain-originaire-de-landivisiau-bientot-beatifie/

[3] Lettre de frère Roger du 28 octobre 1943