Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  1er mars 2026 — 2e dimanche de Carême – Année A — Église Notre-Dame — (Quimperlé) (29)

1er mars 2026 — 2e dimanche de Carême – Année A — Église Notre-Dame — (Quimperlé) (29)

Gn 12, 1-4a ; Ps 32 ; 2Tm 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9

Frères et sœurs,

Pourquoi l’Église a-t-elle choisi ce texte de l’Évangile de la Transfiguration pour ce deuxième dimanche du temps de Carême ?

Il existe une pédagogie dans le choix des textes bibliques proposés pendant la liturgie du Carême. Il y a une progression volontaire pour nous aider à grandir dans la foi, d’une part pour les catéchumènes qui vivent leur ultime préparation aux sacrements de l’initiation chrétienne, d’autre part pour nous, chrétiens déjà baptisés, qui renouvellerons notre profession de foi à Pâques. Le Carême est un temps de renouvellement de notre foi.

Dimanche dernier, premier dimanche de Carême, l’Évangile des tentations au désert nous a fait méditer sur l’importance du combat spirituel dans notre vie chrétienne, sur la lutte contre le mal et contre les tentations. Les dimanches suivants nous donneront à contempler la Samaritaine au bord du puits, la guérison de l’aveugle-né, la résurrection de Lazare, puis nous parviendrons à la célébration des Rameaux.

En ce deuxième dimanche, que nous révèle la Transfiguration au sujet de Jésus et en quoi cela nous concerne-t-il ? À quoi sommes-nous appelés ? Nous sommes invités à accueillir dans notre cœur et dans notre intelligence les Écritures comme une Parole de Dieu. Dieu nous parle encore aujourd’hui à travers ces textes pour nous aider à grandir dans la foi, dans l’espérance et dans la charité.

Je vous propose que nous entrions dans la démarche des apôtres qui ont vécu une expérience spirituelle profonde, expérience qui les marquera durablement, au point que saint Pierre y fera explicitement référence dans sa seconde lettre (cf. 2 P 1, 16). Elle les aidera à grandir dans la foi en Jésus et à surmonter l’épreuve de la Passion, qui sera très déroutante pour eux, comme nous le savons. Cet Évangile, et plus largement la Parole de Dieu dans son ensemble, peuvent également nous aider à traverser nos propres épreuves.

L’événement de la Transfiguration se déroule selon une véritable pédagogie. À travers tout leur cheminement, les apôtres vont découvrir qui est vraiment Jésus. Je vous propose de les suivre à travers les trois étapes que j’ai choisies.

La première étape est la montée sur une haute montagne. Cette montagne évoque le Sinaï, où Dieu s’est manifesté et où Moïse a reçu la Loi divine. Là, Jésus apparaît brillant comme le soleil. Il n’est pas illuminé de l’extérieur : il est lui-même la lumière. La lumière chasse les ténèbres, elle permet de voir où nous allons, d’éviter de trébucher sur notre chemin de vie. Symboliquement, elle permet aussi de comprendre ce qui était obscur et devient lumineux.

Cette lumière est à mettre en lien avec l’apparition de Moïse et d’Élie, qui représentent la Loi et les Prophètes. À travers ces deux personnages, c’est toute l’histoire du Salut qui est ainsi représentée. Ils s’entretiennent avec Jésus, manifestant que celui-ci ne surgit pas sans liens avec le passé, mais qu’il est dans l’aboutissement de ce long chemin de l’histoire du Salut.

Dans la première lecture, tirée du livre de la Genèse, nous avons entendu la promesse faite à Abram (Il ne porte pas encore le nom d’Abraham ; celui-ci lui sera donné au moment de l’Alliance) : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Cette parole marque le commencement de l’histoire du Salut. Jésus illumine la Loi et les Prophètes et fait comprendre aux trois apôtres que cette promesse de Dieu se réalise vraiment en sa personne.

Saint Paul l’affirme dans la deuxième lecture : « Maintenant, elle est devenue visible, cette promesse, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté ». Nous nous souvenons également des disciples d’Emmaüs, le jour de la Résurrection, qui marchaient avec Jésus, lequel : « En partant de Moïse et de tous les Prophètes, [il] leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (Lc 24, 27). L’Écriture concerne donc le Christ et conduit à lui.

Nous pouvons en retenir pour nous-mêmes qu’il est impossible de connaître pleinement Jésus si nous mettons de côté les textes de l’Ancien Testament. Une catéchiste me demandait un jour, lorsque j’étais curé, pourquoi lire ces textes, parfois marqués par la violence, et pourquoi ne pas se limiter au Nouveau Testament. Saint Jérôme, qui a intégralement traduit la Bible à la fin du IVᵉ siècle, écrit dans la présentation du livre d’Isaïe : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ». Saint Jérôme a bien compris en traduisant la Bible que toute la Bible converge vers Jésus. L’Ancien Testament permet de comprendre qu’il est l’accomplissement de l’Alliance et de l’histoire du Salut.

Pendant ce Carême, ne délaissons pas les textes de l’Ancien Testament. Lisons les lectures proposées chaque jour dans la liturgie, car il existe une véritable progression. Il y a toujours deux lectures quotidiennes : l’Évangile et une première lecture, tirée tantôt de l’Ancien, tantôt du Nouveau Testament. Prenons le temps de lire l’ensemble.

Dans l’Évangile de la Transfiguration, Pierre propose d’installer trois tentes pour Jésus, Moïse et Élie. Les autres évangélistes précisent qu’il est un peu dérouté. Pourtant, je pense qu’il manifeste la joie d’avoir trouvé un éclairage : la lumière du Christ sur la Loi et les Prophètes. Nous retrouvons une expérience semblable chez les disciples d’Emmaüs lorsqu’ils disent : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24, 32) Cela nous invite à une lecture priante des lectures de l’Ancien Testament et à les mettre en lien avec l’Évangile du jour.

La deuxième étape est celle de la : « [Une] nuée lumineuse [qui] les couvrit de son ombre ». Dans la Bible, la nuée représente souvent la présence divine qui se manifeste, comme nous le manifestons dans la liturgie avec l’encens qui rappelle cette nuée où le Seigneur se manifeste. De la nuée se fait entendre la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! ».

Cette parole reconnaît à la fois la divinité de Jésus, « lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu », selon les termes du Credo de Nicée-Constantinople, et elle nous appelle en même temps à l’écouter. L’écouter non comme un simple homme parmi d’autres, mais comme Dieu lui-même qui nous parle à travers Jésus. Le Christ affirme : « Ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15).

Reconnaître que Dieu nous parle en Jésus n’est pas évident pour tous. Beaucoup, y compris des chrétiens, peuvent admirer ses paroles et éventuellement s’en nourrir sans y reconnaître une parole divine. Pourtant, si c’est Dieu qui parle, alors cette parole surpasse toute autre parole humaine, car elle nous met en contact avec la vérité même, car c’est Dieu lui-même qui nous instruit par la personne de Jésus. En ce temps de Carême, ravivons notre foi en la parole de Jésus, parole vivante du Père, Jésus qui continue de nous parler aujourd’hui grâce au don de l’Esprit Saint que nous avons reçu et qui rend cette parole lumineuse dans le quotidien de nos vies.

Dans leurs lettres, les nombreux catéchumènes de cette année expriment cette reconnaissance de la parole de Jésus. Très souvent, ils témoignent qu’en ouvrant la Bible, ils ont été profondément touchés. Ils ont accueilli cette parole comme une Parole de Dieu qui leur était personnellement adressée, et cela les a conduits à demander la grâce du baptême. Nous aussi, baptisés, avons peut-être besoin de raviver cette foi et cette fréquentation de la Parole du Seigneur.

La troisième étape, enfin, est la descente de la montagne. Jésus donne à ses apôtres une consigne particulière : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts ». La descente symbolise le retour à la vie ordinaire, avec ses joies et ses peines. C’est là que Jésus sera arrêté et mis à mort. Vrai Dieu, mais aussi vrai homme, il connaîtra la souffrance et donnera sa vie sur la croix.

Il annonce aussi sa résurrection : l’accomplissement de l’histoire du Salut, depuis la Loi de Moïse et les Prophètes, s’accomplira par son passage de la mort à la vie et par sa victoire définitive sur la mort. C’est ce que nous célébrerons en fin de parcours de Carême lors de la Semaine sainte et à Pâques.

Que pouvons-nous retenir de cette troisième étape ? Dans une situation du monde qui n’invite guère à l’espérance, beaucoup sont tentés par le découragement, certains sont même proches de la désespérance. La guerre qui vient de se déclarer en Iran ajoute à cette désespérance. Je vous invite, moi, à monter sur la montagne avec Jésus, à puiser dans les Écritures la source inépuisable de notre espérance et à écouter Jésus, le Fils bien-aimé du Père. À vivre donc un Carême dans l’espérance qui n’est pas de la naïveté : nous sommes pleinement conscients des réalités du monde et de notre société, mais nous sommes dans l’espérance, car nous croyons à la victoire du Seigneur. La Transfiguration de Jésus sur la montagne nous fait découvrir à quel point Dieu a un projet de Salut pour l’humanité. Depuis Abraham, et Moïse et tous les Prophètes, Dieu a fait progresser le peuple des croyants dans une Alliance qui trouve son accomplissement en Jésus, le Fils bien-aimé du Père.

Le Carême est donc un temps d’écoute profonde des Écritures, de l’Ancien Testament et de l’Évangile, un temps d’adoration du Christ reconnu comme Dieu venu nous sauver. Nous portons dans notre cœur la promesse de son retour dans la gloire. C’est cela qui nous permet de tenir bon dans l’espérance et de nous engager pleinement à témoigner de notre foi. Ainsi, avec la grâce de Dieu, nous pouvons être le levain de l’espérance dans un monde qui en manque cruellement. Amen.

+ Laurent DOGNIN

Évêque de Quimper et Léon