Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  7 mars 2026 — 3e dimanche de Carême – Année A — Cathédrale Sainte-Anne — (Thiès) (Sénégal)

7 mars 2026 — 3e dimanche de Carême – Année A — Cathédrale Sainte-Anne — (Thiès) (Sénégal)

Ex 17, 3-7 ; Ps 94 ; Rm 5, 1-2.5-8 ; Jn 4, 5-42

Homélie retranscrite à partir d’un enregistrement

Frères et sœurs, chers amis,

Il s’en passe des choses autour de ce puits. Et ce n’est pas n’importe quel puits : c’est le puits de Jacob. Dans la Bible, le puits est un lieu très important, un lieu hautement symbolique. C’est le lieu où l’on se désaltère et où l’on vient abreuver son troupeau. C’est aussi un lieu de rencontre avec d’autres, mais également un lieu de dispute, car l’eau est précieuse et elle est convoitée.

Lorsque nous ouvrons simplement le robinet pour avoir de l’eau, la situation n’est évidemment pas la même. Nous pouvons alors perdre de vue la valeur de l’eau et aussi du symbole de vie qu’elle représente. C’est précisément ce symbole qui est présent dans ce passage de l’Évangile.

En ce troisième dimanche de Carême, la liturgie nous propose la rencontre de Jésus avec une femme samaritaine au bord du puits de Jacob. Pendant le Carême, les Évangiles de chaque dimanche nous aident à mieux connaître Jésus et à mettre en lui notre foi. Le premier dimanche, nous avons entendu le récit des tentations de Jésus au désert et le combat spirituel auquel il nous invite à entrer pour lutter contre Satan. Le deuxième dimanche, nous avons contemplé la Transfiguration avec cette parole du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le » (Mt 17,5). Nous étions ainsi invités à écouter Jésus.

En ce troisième dimanche, l’Évangile nous présente Jésus fatigué par la route. Cela exprime très bien qu’il a réellement partagé notre humanité, avec ses faiblesses et ses fatigues quotidiennes. Il demande à boire. Très vite, il saisit l’occasion d’engager un dialogue avec la Samaritaine et lui parle de l’eau vive, cette eau vive que lui seul peut donner. Nous passons ainsi de l’eau qui rafraîchit le corps au symbole de l’eau qui fait vivre.

Alors que représente cette eau vive ? De quoi s’agit-il ? Jésus nous donne lui-même des indices lorsqu’il dit : « Si tu savais le don de Dieu ». Il s’agit donc d’un don extraordinaire, puisque Jésus affirme encore que celui qui boira de l’eau qu’il donnera n’aura plus jamais soif. Nous comprenons bien qu’il ne s’agit pas de la soif du corps, mais d’une autre soif : la soif d’amour, la soif de vérité, la soif d’espérance, la soif de vivre — mais de vivre une vie véritable, une vie en vérité.

Et nous, chers amis, à quelle source puisons-nous ? Qu’est-ce qui nous fait vivre en vérité ? Certains cherchent à apaiser leur soif de vivre dans les biens matériels, dans ce que l’on appelle le consumérisme, dans l’appât du gain ; parfois aussi, malheureusement, dans l’alcool ou dans la drogue. Mais ces chemins n’apaisent pas la soif de vivre ; au contraire, ils l’aggravent.

Alors à quelle source puisons-nous pour être heureux ? Jésus nous propose la seule source capable d’apaiser véritablement notre soif de vivre : cette eau vive.

Mais quelle est donc cette eau vive ? Un Père de l’Église du IVᵉ siècle, saint Éphrem, voit dans cette eau vive la Parole de Dieu. La Parole de Dieu est une source qui apaise notre soif. Dimanche dernier, nous étions invités à écouter Jésus et, plus largement, la Parole de Dieu dans toute la Bible. Cette Parole est en effet une eau vive, mais aussi une nourriture qui fait vivre, si nous la mettons en pratique. Jésus le dit dans l’Évangile de ce jour : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre ». C’est cette parole divine qu’il nous fait connaître.

Nous pouvons donc recevoir, en ce temps de Carême, un appel à prendre davantage de temps pour lire et méditer les textes de la Parole de Dieu que la liturgie nous propose chaque jour.

Une autre interprétation est donnée par saint Cyrille de Jérusalem, un autre Père de l’Église qui a également vécu au IVᵉ siècle. Pour lui, l’eau vive représente l’Esprit Saint. Il compare l’Esprit Saint à l’eau qui fait vivre toute la création : la flore, la faune et, bien sûr, les êtres humains. Mais cette eau fait vivre chacun d’une manière différente. Par cette image, saint Cyrille veut montrer que l’Esprit Saint se manifeste en chacun de nous selon la vocation qui lui est propre. C’est ce que dit saint Paul lorsqu’il écrit : « À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien » (1 Co 12,7).

Ainsi, c’est Jésus qui nous donne cette eau vive par sa Parole et par le don de son Esprit. Il déclare : « L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle ».

Cette parole est très intéressante, car elle signifie que cette eau vive ne vient pas seulement combler notre soif de vie, notre soif de vérité et d’amour. Elle fait aussi de nous une source pour les autres. Nous devenons nous-mêmes une eau vive appelée à se distribuer par notre témoignage, afin que d’autres soient abreuvés et puissent découvrir pour eux-mêmes cette source.

C’est exactement ce qui se produit pour la Samaritaine. Elle annonce dans sa ville qu’elle a rencontré le Christ et, nous dit le texte, ils furent beaucoup plus nombreux encore à croire en lui. Ils furent ainsi abreuvés à leur tour par cette eau vive. D’ailleurs, la Samaritaine laisse sa cruche : elle l’abandonne, car elle n’en a plus besoin. Elle vient d’être abreuvée par l’eau vive que Jésus lui a donnée par sa parole.

Cette eau est aussi, dit Jésus, une source jaillissant pour la vie éternelle. Le don de Dieu ouvre ainsi une perspective absolument inimaginable pour les créatures que nous sommes : vivre avec Dieu pour toujours.

Mais la vie éternelle n’est pas seulement pour après notre mort. Elle commence dès le jour où nous mettons notre foi en Jésus. Elle se concrétise déjà par le baptême, par l’Eucharistie, par la confirmation et par tous les sacrements.

Actuellement, en France, nous voyons de nombreux adultes demander le baptême. Ils sont de plus en plus nombreux. Ils n’ont pas été baptisés lorsqu’ils étaient enfants et ne viennent pas forcément de familles chrétiennes. Je reçois les lettres par lesquelles ils demandent à recevoir ce sacrement. Plusieurs témoignent que Jésus les a sauvés d’une vie qui les conduisait vers la mort. Certains traversaient une profonde dépression ; d’autres avaient perdu tout sens à leur vie et à leur existence, toute espérance ; certains avaient même fait des tentatives de suicide. Et ils ont été sauvés par Jésus.

La vie éternelle avec Dieu commence donc déjà dans notre vie actuelle, sur cette terre, lorsque nous sommes unis à Jésus au point de pouvoir dire avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).

Pour terminer, je voudrais proposer quelques pistes de réflexion à partir de cet Évangile.

Tout d’abord, les sacrements sont des moyens par lesquels nous recevons cette eau vive. Recevoir l’Esprit Saint dans la confirmation en est un exemple. En France, beaucoup de personnes ont été baptisées enfants, mais n’ont ensuite jamais reçu de catéchèse ni les autres sacrements. Elles sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses, adultes comme adolescents, à demander la confirmation. Si c’est votre cas, n’hésitez pas à entreprendre cette démarche pour recevoir les sacrements, en particulier la confirmation.

Pour tous, en ce temps de Carême, ne délaissons pas les sacrements, y compris celui du pardon, le pardon des péchés dans la confession.

Deuxième point : j’ai appris que les chrétiens sont minoritaires au Sénégal. C’est impressionnant. Chez nous aussi, la situation commence à évoluer, car de plus en plus de personnes ne sont pas croyantes, pas même d’autres religions. Pourtant, le pays et son histoire restent encore marqués par la culture chrétienne, surtout en Bretagne dans ma région.

Autrefois, on disait que l’Église de France était la fille aînée de l’Église. Aujourd’hui, j’ai l’impression que la benjamine du diocèse de Thiès est en train de prendre largement le relais de son aînée. Elle grandit, d’après ce que nous avons entendu.

À l’époque du Concile, il y avait mille prêtres dans le Finistère et mille prêtres du Finistère en mission à l’extérieur, vers 1960-1965. Aujourd’hui, il y a soixante-quatorze prêtres en activité dans le diocèse. Cela montre bien l’évolution de la situation.

Nous sommes donc engagés dans une démarche de renouveau missionnaire dans le diocèse de Quimper. Dans ce cadre, des prêtres du diocèse de Thiès viennent également en mission chez nous pour vivre ce renouveau missionnaire. Vous nous donnez un exemple très fort : même minoritaires, vous ne craignez pas de l’être, car l’eau vive donnée par Jésus est une source jaillissante qui peut toucher beaucoup de personnes par notre témoignage. Vous êtes un peu le levain dans la pâte : même s’il y en a peu, cela fait lever la pâte.

Troisième point : notre monde est devenu plus violent, avec les guerres, mais aussi avec des violences quotidiennes. En France aussi, nous le constatons. L’eau vive de l’Esprit Saint est une source d’amour, de paix et de bienveillance. Frères et sœurs, que cette eau vive que nous recevons de Jésus fasse de nous des artisans de paix au sein de nos familles, au sein de l’Église et dans toute la société.

Enfin, quatrième point : en ce troisième dimanche de Carême sont célébrés les scrutins pour les catéchumènes. Dans votre diocèse, j’ai compris qu’ils les recevront ensemble demain ; dans notre diocèse, ils sont célébrés dans chaque paroisse. Mais cela nous concerne aussi, nous les baptisés, en ce temps de Carême.

Il y a un psaume qui dit : « Seigneur, tu me scrutes et tu sais : tu sais quand je m’assois et quand je me lève ; de loin, tu pénètres mes pensées » (Ps 139,1-2).

En ce temps de Carême, laissons-nous scruter par le Seigneur, par son amour miséricordieux. Qu’il vienne guérir en nous ce qui est blessé et qu’il enlève de notre cœur tout ce qui peut faire obstacle à cette eau vive jaillissante qu’il nous offre. Amen.

† Laurent DOGNIN 
Évêque de Quimper et Léon