Alors que la question de la fin de vie, et plus précisément celle de légaliser ou non l’euthanasie, occupe de nombreux débats en France, celle d’accompagner la fin de vie semble plus que jamais à aborder. « Nous ne devons pas détourner le regard face à la fragilité extrême des personnes, a rappelé Myriam Blanc, responsable diocésaine des aumôneries hospitalières. Nous avons fait le choix de parler d’une période de vie, plutôt que d’une simple fin. La vie reste un sujet, elle n’est pas qu’une question technique ou de soin, elle est une question d’humanité. » Et Jacques Jégou, délégué diocésain à la Pastorale de la Santé, de poursuivre : « Cette journée de formation est là pour nous permettre de prendre de la hauteur, tout en restant ancrés dans la réalité du terrain ». Dans la salle ce mardi 3 mars, une centaine de participants. Aumôniers, bénévoles, médecins, pharmaciens, internes en médecine, paroissiens… Tous présents pour prendre le temps de réfléchir à cette question essentielle. « L’objectif de la journée est triple. D’abord nous ressourcer, car accompagner la fin de vie est exigeant et cela nous touche profondément. Ensuite, réfléchir par rapport aux enjeux éthiques et spirituels actuels. Enfin, partager nos expériences. Cette journée est un moment de fraternité et d’espérance. »
Pour intervenir lors de cette journée, Sœur Ruth Rousseau, déléguée nationale à la Pastorale de la Santé et responsable des aumôniers hospitaliers du diocèse de Nancy. Pour aborder la question de l’accompagnement de la fin de vie, la religieuse a proposé une intervention pour comprendre les enjeux sociétaux aujourd’hui et comment cela impacte la mission et la posture de chacun. Aujourd’hui, les hôpitaux publics connaissent de véritables tensions financières avec un déficit de 2,5% et une suppression de 43 000 lits en hospitalisation complète ces dix dernières années. « Le personnel est en souffrance, avec un absentéisme important, des postes vacants… », poursuit Sœur Ruth.
Dans une société sécularisée, l’Église n’a plus de rôle social reconnu et aujourd’hui, le pluralisme religieux, avec 51% des Français qui se déclarent sans appartenance religieuse, place les catholiques comme minoritaires. « Le développement personnel occupe une part de plus en plus importante dans la vie des Français. 48% d’entre eux y consacrent dix minutes par jour. Cela signifie bien qu’il y a une recherche d’intériorité. » Croissance intérieure, retraites en pleine conscience, méditation… Autant de sujets qui expriment un « besoin de sens fort ». Quant à la spiritualité, un Français sur quatre consulte un voyant et 59% ont déjà eu des croyances occultes. « La France doit aussi se préparer à l’arrivée du ‘spiritual care’, une approche holistique de la prise en charge du patient en soins palliatifs. Cela existe depuis quelques années au Canada notamment. »
Pour faire face à une laïcité en tension, les hôpitaux publics ont créé des postes de référents laïcité depuis 2021, garantissant la neutralité religieuse des agents, la liberté de conscience et de culte des patients et le respect des contraintes organisationnelles des soins.
Dans ce contexte sociétal, comment accompagner les personnes en fin de vie ? Comment répondre à leurs attentes spirituelles ? « Nous devons être au clair avec notre foi catholique et l’enraciner dans le Christ, affirme la religieuse. Plus nous sommes enracinés, plus nous pouvons être en dialogue avec les autres. Le Seigneur nous envoie vers tout le monde, le malade, l’aidant, la famille… À tous, nous devons rendre compte de notre foi et nous devons être cohérents. Accompagner signifie donner de son cœur, de son temps pour être vraiment disponible à l’autre, proposer une écoute jusqu’au bout et vraie. Comment entendre vraiment le ‘je n’en peux plus’, le ‘j’en ai marre’ ? Comment je laisse le Seigneur façonner mon cœur, en ayant une posture de disciple ? »
La période de vie qu’est la fin de vie laisse transparaître un besoin de sens par rapport à la fragilité. Maladie, souffrance, vieillissement, crises écologiques… Autant de sujets qui peuvent faire ressortir un « Pourquoi vivre ? ». « La part de mystère induite par cette question exprime un besoin de donner du sens à l’épreuve, à la finitude, à la mort, confie Sœur Ruth. Souvent, il y a l’attente d’un discours qui n’explique pas trop vite mais qui aide à habiter l’incertitude. Chez le malade, la personne vieillissante, il y a un fort désir d’écoute, de reconnaissance. Il y a très peu de lieux où on peut être écouté gratuitement et sans jugement. Quelqu’un qui prend du temps, c’est le savoir-faire de la Pastorale de la Santé. »
Quête de paix intérieure, d’apaisement, attente de rituels signifiants lorsque les mots manquent… « Comment je suis là pour l’autre ? » La grande liberté de la Pastorale de la Santé est l’absence de nécessité de résultat. « Nous sommes là pour écouter. Être simplement là, dans la chambre d’hôpital, est source de consolation pour l’autre. »
Lors d’un temps d’échanges, nombreuses ont été les questions en lien avec la possible légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté. « Il faut rester dans l’espérance par rapport à cette loi, a confié l’intervenante. Aujourd’hui, nous n’avons pas toutes les clés pour comprendre notre mission, si cela se faisait. Il y aurait la nécessité de mettre en place un protocole pour protéger les aumôniers. » En faisant référence à la lettre « Le bon samaritain », rédigée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Sœur Ruth a redit que l’Église condamne le péché, c’est-à-dire l’acte de donner la mort, et non pas le pêcheur. « On ne peut pas aller à l’encontre d’un choix libre et éclairé. Si cela se mettait en place, vous serez accompagnés et quoi qu’il arrive, nous restons dans notre pastorale. Mais il faut être en paix et au clair avec une société qui ne partage pas les mêmes valeurs. Nous ne sommes pas obligés d’adhérer à tout. »
Les participants ont également pu entendre le témoignage d’Anne-Rose Brunat, aumônier hospitalier dans l’unité de soins palliatifs de Guilers. Elle a raconté le parcours et l’accompagnement de trois personnes en fin de vie.
La journée a permis de commencer un chemin de réflexion, « qu’il faut poursuivre », a rappelé Jacques Jégou.