Cette assemblée diocésaine avait pour thème « Quels charismes pour la mission ?! » Jason Trépanier, doctorant en théologie (ecclésiologie) aux Facultés Loyola Paris et formateur au Service de formation du diocèse de Versailles, a proposé trois enseignements. « Le titre de la journée est à la fois une question car c’est une invitation à discerner et un constat dont il faut se réjouir. Parler de l’Église, c’est parler de nous, de notre mission. On parle de sa famille en la racontant, à travers son histoire, ses membres, des anecdotes, des projets. Alors lorsqu’on raconte l’histoire de l’Église, on s’inscrit dans la grande histoire chrétienne. Nous construisons ensemble nos histoires en Église. »
« Corps du Christ », « temps de l’Esprit », « peuple de Dieu » … Autant de « mots suggestifs » dans la Bible pour dire aux chrétiens ce qu’ils sont. « Ce sont des images puissantes et inspirées pour nous dire ce que nous sommes en Christ, comment nous avons à agir. Au fond, l’Église, c’est nous. L’Église, ce ne sont pas d’abord des murs, des clercs ou une Institution. Pourtant, l’Église se décline toujours à la première personne du pluriel, alors que lorsqu’on parle de l’Église, on en parle comme si nous n’en faisions pas partie. Si l’Église, c’est nous, c’est aussi le fruit d’un don. Nous recevons ce que nous sommes. En grec, ‘ekklesia’ signifie ceux qui sont appelés, convoqués. La relation première est celle avec Dieu lui-même. Dans Lumen Gentium, au numéro 4, il est rappelé que ‘l’Église universelle apparaît comme un « peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint ».’.
Le propre de l’Esprit Saint est de renvoyer à Dieu. « Le peuple rassemblé est un signe de l’Esprit. Cela signifie qu’il se donne à voir et à entendre. La foi nous est donnée et nous oriente vers Dieu, rappelle Jason Trépanier. Ce que nous recevons nous met en route. Nous ‘faisons’ Église et la liturgie de la messe en est le premier exemple. Nous participons à la vie de l’Église de façon diversifiée et organisée. L’Église est notre œuvre commune. »
Pour autant, l’intervenant prévient des dangers d’une Église centrée sur elle-même. « Les autres ne sont pas un ‘eux’. Il faut penser le ‘nous’ et le ‘vous aussi’ car avoir Jésus dans le cœur nous tourne vers l’autre. Être chrétien nous pousse à avoir le souci de nos frères et sœurs, à pardonner… » Un autre risque est de ne parler que de ce qui ne va pas, « sans se préoccuper de ceux qui ne sont pas là. L’Église devrait d’abord se soucier des absents ». Quant à la question des charismes, « ce n’est pas d’abord le mien. Il faut d’abord se demander ce qu’on peut faire pour en susciter chez les autres. Si les charismes sont divers, ils nous sont donnés par le même Esprit. C’est le même Dieu qui opère en nous. Un don n’est pas un privilège. La charité appelle au partage avec les autres ce que l’on a et ce que l’on est. »
Alors un charisme, c’est quoi ? « Charis » en grec signifie grâce. « Il est donc une grâce qui se manifeste, qui habite et qui transforme nos gestes quotidiens pour le bien des autres et pour servir le projet de Dieu. L’agapè, l’amour divin que nous avons dans le cœur nous aide à faire rayonner notre charisme pour les autres. Ce que je sais faire ne sert à rien si je ne suis pas motivé par l’amour, prévient Jason. Pour être vraiment spirituel, il faut avoir reçu et être animé par l’Esprit Saint. Nous devons nous réjouir de ce qui est donné à tous. » Dans l’Église, la solidarité n’est pas seulement descendante, à sens unique. « Elle est à l’inverse de la logique du monde. Il faut susciter un vrai souci les uns pour les autres. »
Si nous recevons des dons, Jésus nous partage son autorité. « Les évangiles ne parlent jamais des charismes de Jésus. Avoir autorité signifie être libre… L’autorité de Jésus vient de sa liberté intérieure. » Les gestes et l’autorité de Jésus font exister l’Église. « Nous sommes invités à mettre Jésus au cœur de l’Église et à le déployer au cœur du monde. Son autorité est présente dans des gestes qui libèrent, qui relèvent, qui restaurent. Elle est également agissante dans ses paroles qui ouvrent les cœurs, qui invitent à des conversions. L’Église émerge, ‘elle est là’ à travers tout le cheminement et les rencontres de Jésus dans les évangiles. »
Jason Trépanier se veut rassurant : « Nous ne partons pas tous d’une feuille blanche, il y a une feuille de route ‘évangélique’ qui ouvre toutes les possibilités, en fonction des appels et des dons à discerner ». Prière, combat spirituel, maison, itinérance, compagnonnage, annonce, appel, interpellation, pauvres, prendre soin, écoute et accompagnement, joie… « Ce sont autant de gestes, de lieux et de relations que nous pouvons investir aujourd’hui pour que l’Église continue d’émerger ici dans le Finistère. Nous ne sommes pas obligés de faire exactement comme au temps de Jésus. Ces figures peuvent aussi nous inspirer et nous révéler de nouveaux dons. »
Aujourd’hui plus encore, il faut exercer un discernement en Église. « Discerner, c’est écouter ensemble l’Esprit en vue de décider comment s’orienter et agir. C’est ‘chercher et accomplir la volonté de Dieu’, ‘choisir dans le Christ, à la lumière de l’Évangile’, dit Rémi de Maindreville, jésuite. Discerner demande une disponibilité confiante, de la gratitude, d’être dans la diversité et l’inclusion – à la fois des conditions du discernement en Église et la visée -, et la synodalité, comme moyen de pacification et de source de créativité. »
En conclusion de la journée, Mgr Dognin s’est réjouit de ces assemblées diocésaines. « C’est extraordinaire de pouvoir consacrer deux samedis par an tous ensemble. Ce n’est pas du bavardage, du temps perdu ; notre assemblée est le visage de l’Esprit Saint à l’œuvre. » À propos du discernement, l’évêque de Quimper et Léon a invité les diocésains à « oser lancer un appel global, puis de rencontrer les personnes et de discerner. Aujourd’hui, il y a également un grand défi pour former des personnes à l’accompagnement des catéchumènes, des guides funérailles. Nous devons tous avoir en tête la différence entre les charismes et les talents. S’il faut tenir compte des derniers, cela ne suffit pas. Nous avons à réfléchir au processus de discernement. »