Une vingtaine de clochers, dont deux îles, un territoire entre terre et mer… Saint-Mathieu en Pays d’Iroise est la paroisse la plus à l’ouest du diocèse. Pendant 5 jours, Mgr Dognin a pu aller à la rencontre de celles et de ceux qui font vivre la paroisse et il a découvert les réalités socio-économiques de ce territoire. Pour ces rencontres, l’évêque était accompagné du père Piotr Skraba, nommé curé de la paroisse à compter du 1er septembre 2026.
Un territoire tourné vers la mer et pour démarrer la visite, l’évêque de Quimper et Léon a pu découvrir le Cross-Corsen du Finistère. En lien avec le préfet maritime, le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) assure une mission générale de coordination des activités de sécurité et de surveillance des activités maritimes. Sauver, surveiller, informer et protéger sont les quatre domaines de compétence des CROSS en France.
Pas de visite pastorale possible dans cette paroisse sans un arrêt à la pointe Saint-Mathieu. Mgr Dognin a pris un temps d’échanges avec Marie Fortin, présidente de l’association les Amis de Saint-Mathieu, fondée dans les années 70. Plus que la gestion du musée, l’association a à cœur de « créer des archives à partir des recherches historiques faites sur l’ancienne abbaye ». Le musée a été ouvert en 1998 dans une ancienne maison de gardien de phare. « Notre mission est de transmettre des connaissances sur la pointe Saint-Mathieu. » La structure accueille près de 20 000 visiteurs par an. « Ces derniers viennent d’abord pour le phare mais lorsqu’ils viennent nous voir, ils peuvent aller plus loin dans la visite. » Aujourd’hui, l’association a des défis à relever, notamment pour renouveler le musée. « Comment lui donner un nouveau souffle et des perspectives ? a interpellé Marie. Comment le valoriser davantage dans les prochaines années ? Ici, nous sommes sur un lieu d’histoire, pas seulement touristique. » À noter que l’association porte également l’organisation du pardon, qui a lieu le 1er week-end d’août.
L’étape à la pointe Saint-Mathieu a permis également de visiter la chapelle. Celle-ci est ouverte tous les jours grâce à une équipe de 8 personnes qui se relaient pour permettre à chacun de venir se recueillir, prier. « Avec l’abbaye, le phare et la chapelle, on circule à la pointe, a commenté Georges Pellen, membre de l’équipe pastorale. Les gens viennent ici pour découvrir ces lieux. »
La première journée de visite pastorale s’est poursuivie avec une rencontre du conseil aux affaires économiques. Des femmes et des hommes qui veillent sur l’équilibre financier de la paroisse. « Votre engagement est discret mais profondément nécessaire, a introduit le père Stéphane Le Sonn, curé de la paroisse. La paroisse est grande, et parfois lourde à porter. » Pendant 1h30, le conseil a pu faire le point sur les projets portés et les défis à relever. 25 clochers, 110 biens immobiliers… « Des questions se posent autour de certains presbytères. Faut-il les rénover ? Les vendre ? Si on en garde un, lequel ? » Quant aux finances, le conseil a pointé du doigt le nombre de donateurs en baisse, « même si le montant du don moyen est toujours le même » ; il a également mentionné la hausse des recettes de la quête, grâce à la quête électronique.
Dans la soirée, Mgr Dognin a rencontré les acteurs pastoraux. Devant une salle paroissiale bien remplie, l’évêque a dit combien il est « réconfortant de voir que le Seigneur se manifeste à travers différents talents ». Hélène, responsable du catéchuménat sur la paroisse, a souligné que « de plus en plus d’adultes se présentent à la porte de l’Église et sollicitent les sacrements. Cette dynamique nous apprend beaucoup de choses. Entre joie et incertitudes, leurs chemins ne sont pas toujours faciles. Nous avons encore à travailler l’accueil. » Quant au baptême des petits enfants, Anne-Marie, responsable de la préparation, constate que « les parents ont à cœur de demander le baptême pour leur enfant. C’est souvent par habitude familiale mais il est important de les accueillir, peu importe les raisons. Le jour du baptême, l’enfant reçoit une grâce et le reste ne nous appartient pas. » La responsable a souligné le besoin de catéchèse pour les parents. Cette année, la paroisse a proposé une séance obligatoire aux parents dont les enfants se préparaient au baptême. « On leur dit ce qu’est une église, le sens de l’eau, de l’huile, de la lumière… » Cette année, 170 enfants ont reçu le baptême.
La paroisse encourage également le développement des petites fraternités chrétiennes locales. « Nous avons travaillé à partir du livret diocésain pour proposer un parcours clé en main. » Aujourd’hui, cinq petites équipes se sont mises en route autour de l’écoute.
Elisabeth et Geneviève ont pu parler de leur présence dans les Ehpads privés de la paroisse. Un engagement qui permet à celles et ceux qui sont coupés de la vie paroissiale de garder un lien avec l’Église.
Pendant la soirée, a également été abordée la question de la préparation au mariage. Si une vingtaine de couples se préparent avec la paroisse, près de 80 mariages sont célébrés sur la paroisse. « Nous proposons six rencontres. Souvent, les couples craignent le jugement de l’Église par rapport à leur situation, le fait qu’ils vivent ensemble depuis longtemps, qu’ils aient des enfants. Beaucoup nous confient plus tard qu’ils ont été surpris par l’ouverture de ceux qu’ils ont rencontré. »
Louis-Marie, jeune d’une vingtaine d’années, fréquente l’aumônerie des lycéens, étudiants et jeunes pros de la paroisse, et depuis deux ans, il a remis en route le kig ar farz paroissial. « C’était dommage que cette tradition soit perdue. » Depuis 2025, il est à la « tête » d’une belle équipe de 150 bénévoles, « souvent éloignés de l’Église. Le Christ est présent et certains reviennent à la messe depuis ».
Parcours Alpha, équipe funérailles, Dimanche en paroisse… autant de services et de propositions qui disent quelque chose du dynamisme missionnaire de la paroisse. « Votre engagement est précieux, a commenté Armelle Le Port, déléguée épiscopale aux services pastoraux missionnaires. Vous avez des choses à nous apprendre pour mieux répondre aux demandes aujourd’hui. »
Le jeudi matin, Mgr Dognin a rencontré les maires du territoire. Un temps incontournable à chaque visite pastorale pour comprendre les réalités sociales et économiques. Les maires (ou adjoints) ont pu présenter leurs communes. Tous ont à cœur de trouver des solutions pour loger les jeunes actifs, les saisonniers pour aider au développement de la vie économique. Plusieurs maires ont également souligné l’importance du tourisme pour le territoire. « On ne passe pas en Pays d’Iroise. On y vient. Le tourisme fait marcher la vie économique. Beaucoup de commerces et restaurants tiennent l’hiver grâce à leurs recettes faites en été. » Les élus ont aussi dit la réalité agricole des communes, qui doit être soutenue et encouragée. « Vous avez le souci du bien-être de vos habitants, a souligné le curé de la paroisse. Vous avez tous conscience que les églises sont des lieux qu’on ne peut pas laisser tomber et vous êtes bienveillants lorsque nous venons frapper à votre porte. » La rencontre a également mis sur la table le projet de création d’un lycée sur le territoire. « Cela faciliterait la vie des familles et des jeunes », a confirmé Mgr Dognin. Et Gilles Mounier, maire de Saint-Renan, s’est désolé du rythme imposé aux lycéens du territoire. « Certains prennent le car à 6h30 et ne rentrent qu’à 19h. Ils ont ensuite leurs devoirs à faire. Nous ne pouvons pas demander à nos jeunes des horaires que nous n’accepterions pas. À Saint-Renan, 15 cars partent tous les matins vers Brest. » Avec cinq collèges sur le Pays d’Iroise, un lycée serait un « facteur d’attractivité » pour les jeunes familles. « Un lycée est un facteur d’équité sociale, a lancé Anne Apprioual, maire de Lampaul-Ploudalmézeau. Cela relève même de l’obligation citoyenne. En tant que maires, nous devons soutenir ce projet. »
L’évêque a célébré la messe du jour à l’ehpad Les Mouettes, à Plougonvelin. L’établissement compte 75 résidents, dont une quinzaine en unité fermée Alzheimer. « On vit bien et longtemps ici, a souri Diane Hillaireau, directrice de la résidence. Nous avons 8 centenaires. » La structure compte 40 salariés. La messe y est célébrée une fois par mois. « C’est la seule activité qui rassemble autant. La foi de nos pères est bien vivante. » Dans son homélie, Mgr Dognin a rappelé qu’« aujourd’hui, Jésus donne sa vie à travers l’eucharistie. Communier est une façon de nous unir à Jésus d’une façon extraordinaire. En communiant, nous nous unissions les uns aux autres et c’est encore plus fort que les liens familiaux ».
En fin de journée, la visite pastorale a permis une rencontre avec les chefs d’établissements du territoire. Plus de 3600 élèves et 130 classes de la maternelle au collège… « Il y a une forte densité de l’Enseignement catholique en Pays d’Iroise, a commenté Maryline Abéguillé, responsable de tutelle du territoire. Il y a plusieurs communes où nous sommes la seule école. » Dynamique sacramentelle, coopération territoriale, implication des communautés éducatives, valorisation du patrimoine… La visite de tutelle réalisée en amont de la rencontre a pointé du doigt les richesses du réseau.
Les chefs d’établissements ont pu évoquer la place du caté à l’école. Si certaines écoles proposent du catéchisme sur temps scolaire, le directeur du collège Saint-Stanislas (Saint-Renan) a souligné que parfois, il constatait « une peur d’afficher son identité catholique ». Pour y remédier, plusieurs établissements proposent une entrée culturelle au culte, avec notamment la visite du patrimoine religieux. « Cela permet d’éveiller la curiosité des élèves, a commenté la directrice de l’école de Brélès. Un vitrail est une bande-dessinée. » Fête du saint patron, messe en dehors du temps scolaire pour inviter les familles… Les propositions sont nombreuses pour éveiller les élèves à la foi. Mgr Dognin a redit l’importance de cette première annonce. « Depuis deux ou trois ans, il y a un vrai basculement. Nous constatons une hausse de 20 à 30% du nombre de demandes de baptême. Les parents sont de plus en plus curieux et certains se mettent en route à la suite de leurs enfants. Nous avons une Bonne Nouvelle à communiquer. »
Vendredi, Mgr Dognin a visité les chapelles Saint-Samson à Landunvez et Notre-Dame de Bon Secours à Kersaint, avant de prendre un temps d’échanges avec l’équipe pastorale, dans la maison paroissiale de Ploudamézeau inaugurée l’an dernier. Marie, déléguée à l’évangélisation des enfants et des familles, a proposé une relecture de l’année passée. Les 218 enfants inscrits au caté se répartissent entre les trois groupes paroissiaux et les 10 écoles. « La préparation aux sacrements se fait en paroisse, le vendredi soir ou le dimanche matin. » Cette année, un temps fort a été proposé autour du sacrement du pardon aux élèves de CE2 et deux rencontres de catéchèse ont été proposées aux parents dont les enfants préparaient leur communion. « Les parents n’ont plus aucune connaissance religieuse donc c’est un vrai défi de les accrocher pour leur donner envie de continuer leur parcours de foi. » L’un des défis à relever est celui de la taille de la paroisse. « Faire unité lorsqu’il y a 25 clochers n’est pas toujours facile. Les temps de trajets sont un frein et nous avons des difficultés à trouver des catéchistes. » La paroisse souhaite également réfléchir à un parcours adapté pour les enfants porteurs de handicap. « Nous devons y porter une attention pour les inclure dans nos propositions. »
Le père Stéphane Le Sonn, curé, a invité les membres de l’équipe pastorale à partager leurs joies, leurs soucis, les fragilités de leurs engagements. « La rédaction du projet pastoral, promulgué en 2020, a permis de penser la mission pas seulement comme une question d’organisation, a démarré Georges. Je pense qu’il a permis la vitalisation de la mission et de l’annonce de l’Évangile. Lorsque j’ai croisé le projet pastoral avec les orientations diocésaines, je me suis réjoui du nombre de consonnances. Marcher ensemble fonctionne toujours. » Hervé a souligné l’importance des accueils paroissiaux. « On accueille parfois des gens très éloignés de l’Église. Cela permet de découvrir les réalités, parfois difficiles, des familles. Il est nécessaire d’avoir une équipe de chrétiens qui accueillent dans les lieux d’Église. » Se pose, malgré tout, la question de la relève des bénévoles. « Lorsqu’on interpelle telle ou telle personne, on a souvent un ‘oui’ mais pour un engagement ponctuel », a souligné Geneviève. Et Philippe d’ajouter : « Pourquoi il n’y a que les retraités qui s’engagent ? Est-ce qu’on laisse la place aux jeunes, aux familles ? » Des questions qui relèvent de la vitalité et de la proximité de l’Église locale.
La suite de la visite pastorale a conduit Mgr Dognin à Plouguin, pour la visite de l’exploitation laitière de la famille Laot. Une affaire de famille qui compte aujourd’hui près de 140 vaches et au moins autant de génisses. « Nous livrons 1,3 millions de litres de lait chaque année à la Sill, a commenté Jean-Marc Laot, co-gérant. Ce que mon grand-père produisait en un an, on le fait en 15 jours et ce que mes parents faisaient, cela nous demande cinq semaines. » Lui et sa femme, Lucie, ont déploré le regard porté sur le monde agricole. « Une courbe de productivité comme la nôtre existe rarement dans le monde de l’entreprise. Pourtant, cela reste mal vu de s’agrandir, alors que lorsque c’est une entreprise lambda, cela ne pose aucun problème. Nous avons besoin de reconnaissance de notre travail. » Le couple se réjouit de voir leurs deux fils s’intéresser au métier. « Ils nous aident à la mesure du temps qu’ils ont. Quand les enfants envisagent de rester pour prendre la suite, on se dit qu’on a réussi à transmettre notre métier et la valeur du travail. »
Après avoir célébré la messe en l’église de Porspoder, Mgr Dognin a rencontré l’équipe locale du Secours catholique.
Samedi, l’évêque a célébré la messe à 8h30 en l’église de Saint-Renan, avant de prendre un temps d’échanges avec des paroissiens, à l’heure du marché. Dans la matinée, Mgr Dognin a pu découvrir La Récré des 3 Curés. Le parc d’attractions de Milizac a été créé en 1989, par deux frères et leurs épouses. L’un était agriculteur, l’autre chauffeur de taxi. « Ils sont passés de la ferme au camping à la forme avec quelques attractions », raconte Delphine Bonnefoy-Podeur, co-gérante depuis 2011, la deuxième génération de propriétaires du parc. Aujourd’hui, le parc compte 25 salariés en CDI et emploie jusqu’à 120 saisonniers chaque année. « Nous faisons près de 60% de notre chiffre d’affaires sur les mois de juillet et d’août. » Avec 160 jours d’ouverture, la Récré des 3 Curés a accueilli 267 600 visiteurs en 2025 et enregistré 3000 séjours au camping. « Nous touchons la population de la moitié Ouest de la Bretagne mais nous aimerions attirer davantage. Les familles sont notre cœur de cible. Chaque attraction à sensations, comme le Trémor, la dernière en date, est à proximité de manèges plus calmes pour permettre aux familles de rester ensemble tout au long de la visite. »
L’après-midi, en écho à la première rencontre de la visite pastorale, Mgr Dognin a rencontré les bénévoles de la SNSM de Portsall. Celle-ci compte 22 sauveteurs opérationnels et 5 sont en formation. « Nous comptons parmi les bénévoles, les épouses, les enfants et les sympathisants. Ils nous aident pour l’organisation de la Fête de la mer par exemple, a confié Bruno Chantry, président de la station. 60% de nos revenus viennent de dons et nous avons besoin de 60 000 euros par an pour le fonctionnement. » La SNSM de Portsall a été appelée à cinq reprises depuis le début d’année, principalement pour des pannes. À la suite de la visite, l’évêque est sorti en mer pour un temps de prière pour les péris en mer.
L’évêque a poursuivi sa visite par la visite de la Maison de l’algue à Lanildut, avant de prendre un temps d’échanges avec quelques goëmoniers du secteur.
Dimanche 14 juin, pour clore la visite pastorale, l’évêque a célébré la confirmation en l’église de Ploudalmézeau.
Ces cinq jours dans la paroisse Saint-Mathieu en Pays d’Iroise ont permis de découvrir un territoire vivant et accueillant, où l’Église locale se veut missionnaire pour rejoindre toujours davantage celles et ceux qui franchissent le seuil.