Lundi 20 avril, dans une des salles du centre missionnaire Saint-Jacques, huit prêtres du diocèse de Quimper et de celui de Saint-Brieuc échangent. Comme chaque mois, ils se retrouvent pour partager ensemble selon la spiritualité du Prado.
Le Prado ? Il s’agit d’une famille spirituelle née à Lyon en 1856, sur l’impulsion du père Antoine Chevrier. Ce dernier, né dans une famille modeste, devient prêtre en 1850 et est nommé vicaire de la paroisse Saint-André de la Guillotière, un quartier pauvre de Lyon. « À Noël 1856, il fait une expérience mystique et apostolique et décide d’être le plus pauvre possible et de se consacrer à l’évangélisation des plus démunis, explique le père Diego Martín Peñas, responsable général de l’Institut des prêtres du Prado fondé par Antoine Chervier, au magazine Le Jour du Seigneur. Il a loué cette salle de danse du Prado mal famée pour accueillir les enfants du quartier pour les évangéliser et les éduquer. » « Antoine Chevrier a décidé de suivre Jésus Christ de plus près, en se faisant pauvre comme lui », confie le père Louis Quéméneur, pradosien. Lui et une dizaine d’autres prêtres diocésains ont choisi d’être prêtres du Prado, tout en restant diocésains. « Au départ, c’est Louis Bihannic qui a fondé le Prado dans le Finistère. D’autres l’ont suivi, comme Jopic Ramoné ou encore Jean Ladan. Dans les années 60, nous étions 25 environ à en faire partie. »
Autour de la table, le père Yves Paul témoigne. « Lorsque j’ai été ordonné, je me reconnaissais dans la façon de vivre le ministère diocésain, avec la spiritualité du Prado. J’étais prêtre dans une paroisse près de Carhaix et j’étais touché par les témoignages des personnes qui vivaient dans la pauvreté, étant moi-même issu d’une famille pauvre. » Pour Louis Quéméneur, c’est d’abord le souhait d’avoir un lieu de relecture de vie qui était « fondamental » pour son ministère. « Le fait de se rencontrer une fois par mois en équipe est important pour relire mon ministère à la lumière de l’Évangile et des textes du Prado. C’est comme une ligne de vie. Cela nourrit, tout en permettant de prendre du recul. »
Le premier contact avec le Prado s’est fait dès le séminaire pour le père Jean-Jacques Bivic, lorsque deux prêtres sont venus leur parler. « Leurs témoignages étaient lumineux. Ils nous ont rappelés que Jésus Christ est au centre, qu’Il est un maître en pastorale et que nous sommes invités à nous mettre à son école, tout au long de notre ministère. »
Connaître, aimer et suivre le Christ. « C’est très catéchuménal. Le but est de devenir des disciples du Christ. Le père Chevrier était un très bon catéchiste à son époque. Il a voulu revenir à Jésus, loin des catéchèses moralisantes. Il était un apôtre de l’Évangile et voulait former des prêtres pauvres pour les pauvres. » C’est d’ailleurs grâce au Prado que Guy Deraison est devenu prêtre. « Plus jeune, je faisais les marchés. Lorsque j’ai voulu rentrer au séminaire diocésain, cela m’a été refusé car il fallait avoir fait des études. À 20 ans, le séminaire du Prado m’a accepté. J’ai fait quatre ans d’études dans le Vercors, avec une trentaine de jeunes qui se sentaient appelés au ministère presbytéral, puis deux ans au grand séminaire. » Ordonné prêtre, Guy exerce son ministère pendant dix ans à Toulouse, avant de revenir dans le Finistère. Il a, entre autres, été aumônier national du cirque pendant 30 ans.
« J’ai vécu avec les prêtres pradosiens à plusieurs moments de mon ministère, raconte le père Maurice Euzen. Sans bien connaître leurs vies, je pressentais quelque chose. Lorsque j’ai été nommé à Plouzané, j’étais seul au presbytère. J’ai contacté le père Louis Hernot parce que je souhaitais rejoindre un groupe de ‘reprise’ pour relire mon ministère. Il m’a fait entrer dans une équipe de prêtres du Prado. J’ai été moins touché par la figure d’Antoine Chevrier que par la façon dont ces prêtres vivaient leur ministère. » Jean Miossec a « rejoint » le Prado à la retraite. « Toute ma vie, j’étais tenté car j’ai beaucoup vécu avec des Pradosiens. Lorsque je suis arrivé en retraite à Pontanézen, un quartier populaire de Brest, j’ai rencontré des migrants à la rue. Ça a été le point de départ de mon adhésion. »
Aumônier de la maison d’arrêt, exorciste, accompagnateur de la Fraternité des personnes malades et handicapées, aumônier du Secours catholique… Chacun des prêtres tient à mettre l’Évangile entre les mains de tous. « Il faut susciter la lecture de l’Évangile de façon simple, reconnaissent-ils. Pour cela, il faut mettre le nez dedans, avec simplicité, y compris dans nos homélies en utilisant un langage pour tous. » « Le prêtre est un homme mangé », disait le bienheureux Antoine Chevrier. Dans le ministère et dans leurs différents engagements, ils ont eu à cœur de devenir « du bon pain ».