Réaction des évêques de France publiée le 27 février 2026 suite au vote solennel de l’Assemblée nationale sur les propositions de loi relatives à la fin de vie
La Conférence des évêques de France prend acte du vote solennel intervenu le 25 février 2026 en faveur des propositions de loi relatives à « l’accompagnement et aux soins palliatifs » ainsi qu’à « l’aide à mourir ».
Elle se réjouit que le renforcement des soins palliatifs, condition indispensable pour garantir le soulagement de la douleur et l’accompagnement digne de toute personne en fin de vie, ait été inscrit dans la loi. Le développement effectif de ces soins sur l’ensemble du territoire demeure une exigence prioritaire et un impératif de justice.
Cependant, la Conférence des évêques de France exprime une nouvelle fois et avec gravité sa profonde opposition à l’adoption d’un dispositif légalisant l’euthanasie et le suicide assisté. Le faible écart de voix ayant permis l’adoption du texte ainsi que l’augmentation constante du nombre de votes s’y opposant, manifestent une importante fracture au sein de la représentation nationale. Une question aussi essentielle, qui engage la conception même de la dignité humaine et du rôle de la médecine, ne peut être tranchée à une majorité aussi fragile sans laisser subsister un malaise démocratique profond.
Au cours des débats parlementaires, de nombreuses voix (soignants, juristes, philosophes, représentants de patients, acteurs de terrain, parlementaires) ont formulé des mises en garde précises et argumentées. Beaucoup ont alerté sur les risques d’ambiguïtés juridiques, sur les pressions sociales ou familiales qui pourraient peser sur les personnes vulnérables, sur la transformation radicale de la mission du médecin, appelé désormais non seulement à soigner et soulager, mais à provoquer la mort.
La CEF regrette qu’aucune de ces préoccupations majeures n’ait été prise en compte, notamment pour intégrer une clause d’établissement visant au respect des chartes éthiques propres à certains établissements. Par ailleurs, le maintien du délit d’entrave, outre le fait qu’il s’oppose gravement à la liberté de conscience, comporte un risque réel quant aux actions de prévention contre le suicide.
Sur un sujet d’une telle gravité, le choix de continuer à avancer en l’absence de consensus large est grandement préoccupant. Car légaliser l’aide à mourir ne relève pas d’un simple ajustement technique du droit : il s’agit en réalité d’un basculement anthropologique qui modifie en profondeur les repères de la société.
La Conférence des évêques de France rappelle avec force que donner délibérément la mort ne saurait constituer un progrès humain. Elle compte sur la suite du processus parlementaire pour réaffirmer qu’une société véritablement fraternelle se reconnaît à la manière dont elle entoure les plus fragiles, non à la facilité avec laquelle elle accepte de provoquer leur mort.
À Paris, le 28 janvier 2026 Après le vote du Sénat, les évêques de France invitent les députés à se mobiliser largement et à débattre sans précipitation La Conférence des…
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À Paris, le 28 janvier 2026
Après le vote du Sénat, les évêques de France invitent les députés à se mobiliser largement et à débattre sans précipitation
La Conférence des évêques de France se réjouit du vote par le Sénat de la proposition de loi pour « l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs ». Parce que le soulagement de la douleur jusqu’au terme de la vie constitue un impératif moral majeur, elle remercie les parlementaires qui, par leur vote, soutiennent le développement effectif des soins palliatifs sur tout le territoire.Dans le même temps, la Conférence des évêques de France prend acte du rejet de la proposition de loi relative au droit à l’ « aide active à mourir », texte profondément modifié au cours des débats parlementaires, qui ont mis en lumière de profondes divergences. Ce rejet apparaît comme le signe d’un blocage politique et sociétal majeur et souligne la gravité des questions éthiques qui se posent. Le vote du Sénat, en mettant en lumière l’absence de consensus, ne fait que souligner les attentes, les craintes et même les oppositions exprimées dans la société. Donner la mort ne sera jamais une réponse humaine, fraternelle et digne à la souffrance.Alors que le débat sur l’euthanasie et le suicide assisté va revenir dès le mois de février au Palais Bourbon, la Conférence des évêques de France appelle l’ensemble des députés à écouter l’immense inquiétude des soignants, des patients et de leurs familles. Elle les invite à se mobiliser largement pour faire entendre la voix de celles et ceux qui refusent la possibilité d’administrer une substance létale pour donner la mort mais s’engagent au contraire pour accompagner la vie jusqu’au bout. Enfin, les évêques de France demandent que les débats à venir se déroulent sans précipitation ni accélération dictée par des calendriers électoraux, mais avec exigence et sérénité, au service de la dignité des plus fragiles et en prenant en considération les conséquences anthropologiques et sociétales d’une éventuelle « aide active à mourir ».Le dossier de presse ci-après réunit l’ensemble des prises de parole des évêques et de quelques professionnels de santé engagés sur la fin de vie, pour éclairer le débat public au regard des enjeux humains, éthiques et médicaux qu’elle soulève. Les évêques de France réaffirment que toute vie humaine a une dignité inaliénable et qu’on ne prend pas soin de la vie en donnant la mort.
Paris, le 15 janvier 2026, Tribune des évêques de France « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort » Dans les prochains jours, le Sénat…
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Paris, le 15 janvier 2026,
Tribune des évêques de France « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort »
Dans les prochains jours, le Sénat examinera une proposition de loi instituant un « droit à l’aide à mourir ». Ce débat engage notre société dans ce qu’elle a de plus intime et de plus grave : la manière dont elle accompagne ses membres les plus vulnérables jusqu’au terme de leur vie.
Nous, évêques de France, voulons redire notre profond respect pour les personnes confrontées à la fin de vie, à la maladie grave ou incurable, à la souffrance et à la peur de dépendre des autres.
L’Église a une longue expérience d’accompagnement des malades ou des personnes en situation
de handicap, des aidants, des soignants, des aumôniers d’hôpitaux ou d’Ehpad, et nous entendons l’angoisse de celles et ceux qui redoutent la douleur, la solitude ou la perte de
maîtrise. Nous rencontrons directement cette angoisse, quand des personnes proches, des membres de nos familles, des fidèles de nos diocèses, y sont confrontés et nous la partagent. Ces peurs sont réelles. Elles appellent des réponses humaines, fraternelles, médicales et sociales à la hauteur.
Depuis plus de vingt-cinq ans, la France a fait un choix singulier et précieux : refuser à la fois l’acharnement déraisonnable et la mort provoquée, en affirmant à la fois le droit de ne pas souffrir et le devoir d’accompagner la vie jusqu’au bout. Les lois successives, jusqu’à la loi Claeys Leonetti et, aujourd’hui, la nouvelle loi en cours d’élaboration pour l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs, dessinent une « voie française » cohérente, reconnue,
fondée sur le développement de la culture palliative, la prise en compte de la parole du patient, les directives anticipées et la possibilité de la sédation profonde et continue, non pour donner la mort mais pour soulager la douleur.
Les soins palliatifs sont l’unique bonne réponse aux situations éprouvantes de la fin de vie et nous exprimons ici notre reconnaissance aux élus qui, par leur vote, soutiennent l’actuelle proposition de loi pour l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs.
Beaucoup de soignants engagés dans cette voie témoignent que la prise en considération de la personne en fin de vie ou malade, dans sa dimension physique, mais aussi psychologique, relationnelle et, le cas échéant, spirituelle, telle que le proposent les soins palliatifs, entraîne quasiment toujours chez les patients en fin de vie la disparition des demandes à mourir. Car même derrière une demande de mort, c’est souvent le désir de vivre qui se dit. Pour permettre à tous d’accéder aux soins palliatifs, l’Église, qui est déjà présente dans le monde hospitalier et la pratique des soins, est prête à apporter sa contribution au développement de la culture palliative, en intensifiant son engagement sur le sujet.
Dès lors, une question s’impose : pourquoi une nouvelle loi ? Si l’« on meurt mal en France », comme on l’entend parfois, ce n’est pas parce que l’administration d’une substance létale aux patients n’est pas encore autorisée, mais parce que la loi existante est insuffisamment appliquée et que l’accès aux soins palliatifs demeure très inégal sur le territoire national. Aujourd’hui encore, près d’un quart des besoins en soins palliatifs ne sont pas couverts. Comment proposer la mort comme une option, quand l’accès effectif au soin, au soulagement de la douleur (les progrès médicaux permettent de venir à bout de quasiment toutes les douleurs réfractaires), à la présence humaine et à l’accompagnement n’est pas garanti pour tous ?
Légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté changerait profondément la nature de notre pacte social. Derrière des mots qui se veulent rassurants se cache une réalité que le langage tend à dissimuler. Présenter l’euthanasie et le suicide assisté comme des actes de soin brouille gravement les repères éthiques. On détourne les mots de leur véritable sens pour mieux anesthésier les consciences : ce brouillage n’est jamais neutre. On ne prend pas soin de la vie en
donnant la mort.
Nous refusons en particulier l’instrumentalisation de notions essentielles telles que la dignité, la liberté ou la fraternité.
Nous rappelons avec force que la dignité d’une personne humaine n’est pas variable selon son état de santé, son autonomie ou son utilité sociale ; elle est inhérente à son humanité, jusqu’au bout. Elle est inaliénable.
La liberté, quant à elle, ne peut être pensée de manière abstraite, comme si la souffrance, la peur, la solitude ou la pression sociale n’avaient aucun impact sur le discernement. La demande d’en finir avec la vie n’est-elle pas une demande d’en finir avec une vie qui ne correspond plus aux critères socialement normés : être en bonne santé, utile, valide et ne pas représenter un poids financier a priori lourd ? La liberté ainsi conçue risque de devenir une pression silencieuse,
surtout pour les plus fragiles.
La liberté de tout individu doit aussi être envisagée dans sa dimension relationnelle : nous sommes interdépendants et les choix des uns engagent les autres. Faire porter un choix de mort à un malade, à une famille, à une équipe médicale formée pour soigner et non pour tuer, c’est nier le mystère de communion qui nous lie les uns aux autres. Paul Ricoeur invitait à « penser à la responsabilité qu’on a des autres, qui sont confiés à notre soin et à notre garde, et pas seulement à la responsabilité qu’on a à l’égard de soi-même. »1
Enfin, évoquer une « loi de fraternité » quand il s’agit de faire mourir, de donner la possibilité de s’administrer une substance létale, ou d’inciter un soignant de le faire contre sa conscience, est un mensonge. La fraternité, valeur centrale de notre République, ne consiste pas à hâter la mort de ceux qui souffrent ou à forcer des soignants à la provoquer, mais au contraire à ne jamais abandonner celles et ceux qui vivent ces moments si difficiles et douloureux. La fraternité invite à refuser définitivement la tentation de donner la mort, et, dans le même temps, à s’engager résolument pour développer effectivement les soins palliatifs sur tout le territoire, à renforcer la formation des soignants, à soutenir les aidants, à rompre la solitude et à reconnaître que la vulnérabilité fait partie de la condition humaine.
Aussi, nous appelons solennellement les responsables politiques à mesurer la portée anthropologique, sociale et éthique de leurs débats et de leurs votes. Nous comptons sur la décision personnelle et courageuse de nos élus nationaux. La vie, à toutes ses étapes et jusqu’à la fin, n’est pas une cause que l’on porte comme une autre, avec des idées toutes faites et l’orgueil de nous croire tout-puissants, mais un mystère à accueillir, avec une écoute attentive de ceux que la souffrance transperce et avec humilité : il faut beaucoup d’humilité pour un peu d’humanité.
Notre motivation n’est pas d’abord ni exclusivement confessionnelle. Nous voulons donner un écho à l’inquiétude profonde exprimée par de très nombreuses personnes malades, personnes en situation de handicap, familles ou soignants. Avec cette proposition de loi, ces derniers seraient encore en première ligne et sommés de poser des actes contraires à l’éthique du soin et au pacte de confiance qui les lie aux patients et à leurs familles ou leurs proches. Le risque est grand de mettre à mal la relation de confiance entre le soignant, le soigné, son entourage proche.
Le vote qui se présente aux représentants de la Nation n’engage donc pas seulement un choix individuel, mais un choix de société. Car au-delà de « l’aide à mourir », c’est la question du sens de la vie, de la souffrance et de la mort qui se pose à nous. Une vie humaine, aussi affaiblie soitelle, peut-elle décemment être considérée comme inutile au point de s’en débarrasser ?
Sommes-nous des êtres parfaitement autonomes ou des personnes qui faisons alliance pour prendre soin les unes et les autres ? L’inquiétude humaine aux confins de la mort est-elle une absurdité à effacer ou une condition de notre existence, à soulager et à accompagner ? Nous croyons qu’une société grandit, non pas lorsqu’elle propose la mort comme solution, mais bien lorsqu’elle se mobilise pour accompagner la fragilité et protéger la vie, jusqu’au bout. Le chemin est exigeant, certes, mais c’est le seul qui soit véritablement humain, digne et fraternel.
Les évêques du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF) *
Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la CEF
Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise et vice-président de la CEF
Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours et vice-président de la CEF
Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque coadjuteur de La Rochelle
Mgr Sylvain Bataille, archevêque de Bourges
Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Nîmes
Mgr Alexandre de Bucy, évêque d’Agen
Mgr Jacques Habert, évêque de Bayeux et Lisieux
Mgr Alexandre Joly, évêque de Troyes
Mgr Laurent Le Boulc’h, archevêque de Lille
Mgr Luc Meyer, évêque de Rodez
Mgr Pierre-Yves Michel, évêque de Nancy
Mgr Didier Noblot, évêque de Saint-Flour
Mgr Laurent Percerou, évêque de Nantes
Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris
Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Sens-Auxerre
*Présidence et Conseil Permanent
1 Paul RICOEUR, Accompagner la vie jusqu’à la mort, Esprit, mars-avril 2006, p. 320