Ac, 8, 5-8.14-17 ; Ps 65 (66) ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21
Frères et sœurs,
Nous approchons de la fête de la Pentecôte, où les apôtres ont reçu le Saint-Esprit pour le transmettre à tous les fidèles. Et je trouve intéressant en ce 6e dimanche de Pâques de méditer aujourd’hui sur le défi toujours plus actuel d’accueillir le Saint-Esprit dans notre vie. Cela peut nous paraître peu concret, mais ça l’est en fait.
Jésus promet à ses disciples que l’Esprit-Saint va leur être donné. Il le présente comme celui qui va manifester sa présence en eux. Il va les mettre en lien avec lui et avec le Père dans une communion profonde.
On peut dire qu’il n’y a rien de plus important que cela dans la foi chrétienne. Notre foi n’est pas de croire qu’il y a quelqu’un au-dessus, comme on l’entend souvent. La foi chrétienne, c’est justement de vivre cette communion profonde avec Jésus, une véritable amitié avec lui qui change tout dans notre vie.
Ce qui est étonnant dans ce passage d’Évangile c’est qu’on a l’impression que ce n’est pas si facile que ça d’accueillir l’Esprit-Saint. Jésus dit : « le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas. »
Mais alors comment peut-on faire pour accueillir l’Esprit-Saint ?
Eh bien, Jésus nous dit qu’il faut entrer dans une démarche de foi. Une foi qui ne repose pas d’abord sur une recherche intellectuelle. On peut avoir lu toute la bible et ne pas avoir la foi si on ne comprend pas que le Seigneur nous parle à travers ces textes. Je me souviens d’une détenue de la maison d’arrêt de Brest qui a ouvert la bible par curiosité et elle a dit « on parle de moi dans ce livre », et elle a commencé à prier. Elle a été baptisée en sortant de prison. Ce qui compte, c’est d’entrer dans une relation avec le Christ. « Si vous m’aimez », dit Jésus. C’est donc une condition pour recevoir l’Esprit-Saint et entrer dans une vie chrétienne.
En consacrant mon diocèse de Quimper et Léon au Sacré-Cœur de Jésus en décembre dernier, c’est ce que j’ai voulu rappeler et engager tous les fidèles. Et ce n’est pas rien de nous le rappeler aussi dans cette Basilique qui lui est consacré. Et la conséquence, c’est comme le dit Jésus, « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » Et ses commandements c’est de nous aimer les uns, les autres, comme il nous a aimés en donnant sa vie pour nous sur la Croix.
Autrement dit, pour pouvoir accueillir l’Esprit-Saint, nous devons d’abord vivre de cet amour du Christ qui doit se concrétiser dans l’amour des autres. Voilà donc la condition que Jésus met, pour nous donner la grâce d’accueillir l’Esprit-Saint.
Mais qu’est-ce que l’Esprit-Saint produit en nous ?
Jésus nous parle ici d’Esprit de vérité et il le présente comme un Défenseur. J’aimerais reprendre ces deux termes qui me semblent très pertinents dans le contexte actuel.
D’abord pourquoi parle-t-il de vérité, d’Esprit de vérité ?
Nous vivons dans une société où la vérité est relative, c’est-à-dire où chacun pense avoir sa vérité, et où l’intérêt de chaque personne passe en priorité, souvent au dépens du bien commun. L’Esprit de vérité nous fait découvrir que même si chacun peut avoir son opinion, bien sûr, il y a une vérité objective. Une Vérité qui ne dépend pas de nous et qui nous est révélée. Une Vérité qui nous engage.
C’est le dessein de Dieu pour l’humanité. « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance », dit Jésus. Ou encore « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Donc il y a une vérité qui est celle de cet amour de Dieu pour les hommes manifesté en Jésus Christ.
Jésus parle aussi de l’Esprit-Saint comme un Défenseur. On peut le comprendre de deux manières. D’une part pour nous défendre contre le mal. L’Esprit-Saint nous donne la force de tenir bon dans le combat spirituel pour ne pas « nous laisser entrer en tentation » comme nous le demandons dans le Notre Père.
Comme tout chrétien, nous sommes appelés à vivre un combat spirituel qui est finalement un combat contre Satan et contre ses tentations qui pourraient nous dévier du chemin du Christ. Donc, accueillir la force de l’Esprit-Saint pour être fidèle au Christ et à son Évangile. Je ne sais pas si c’est plus difficile aujourd’hui, mais les mensonges qui se propagent avec la puissance des réseaux sociaux, et celle maintenant de l’Intelligence Artificielle, peuvent facilement nous induire en erreur.
Lors d’une formation sur l’IA, on nous a appris à douter quand on recevait une information. Mais il faut aussi prier l’Esprit-Saint pour qu’il nous aide à discerner en nous appuyant sur la Parole de Dieu, et à choisir ce qui est juste et ce qui conduit à la vie.
L’autre aspect de l’Esprit-Saint comme Défenseur, c’est celui qui va nous donner la capacité de ne pas craindre de témoigner du Christ en toute circonstance, même dans l’adversité. Saint Pierre dans la deuxième lecture nous le dit clairement, alors qu’il se trouvait dans une période de grandes persécutions : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. »
Il est déjà très intéressant de voir que saint Pierre n’invite pas les chrétiens à se taire, ni à se cacher, ni à se protéger et ils ne les invitent pas à se défendre avec des moyens violents. Il les invite à témoigner avec la seule force de l’Esprit-Saint. Et cela est tellement important dans notre société très sécularisée. Un de mes prédécesseurs, Mgr FAUVEL, évêque de Quimper, parlait déjà en 1948 d’un « raz de marée de la sécularisation ».
Nous y sommes, mais il se passe des choses étonnantes actuellement. La foi chrétienne apparaît moins ringarde qu’il y a quelques années. On peut en parler plus ouvertement sans être forcément ridiculisé. On constate que même les médias régionaux et nationaux, qui sont habituellement assez critiques sur la religion catholique, nous interrogent, nous les évêques, notamment parce qu’ils sont surpris par les demandes de plus en plus nombreuses de baptême et de confirmation alors qu’ils ont habituellement l’image d’une Église qui se vide, qui se meure ! J’entends, de la part d’étudiants ou de jeunes professionnels, que ce n’est plus si ringard que cela de témoigner de notre espérance comme nous le demande saint Pierre. Beaucoup s’interrogent, même s’il y aura toujours des oppositions, voire des persécutions.
Frères et sœurs, en tous cas, accueillir l’Esprit-Saint en cette période de préparation à la Pentecôte, c’est vraiment une grâce qu’on ne peut pas mettre de côté. C’est lui qui nous permet de discerner ce qui est vrai et de lutter contre l’esprit du mal et qui nous donne la force de témoigner de notre foi et de notre joie de croire… avec douceur et respect. Amen.
+ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon