Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  17 février 2021 — Mercredi des Cendres — Cathédrale Saint-Corentin — Quimper (29)

17 février 2021 — Mercredi des Cendres — Cathédrale Saint-Corentin — Quimper (29)

Jl 2, 12-18 ; Ps 50 ; 2 Co 5, 20-6, 2 ; Mt 6, 1-6.16-18

Frères et Sœurs,

Cette entrée en Carême n’est pas comme les autres. En raison de la pandémie qui bouscule le monde depuis plus d’un an, nous ne pouvons pas la vivre comme une simple étape de l’année liturgique.
L’appel à nous réconcilier avec Dieu est d’autant plus pertinent que nous sommes atteints dans notre chair, dans nos relations, dans notre vie professionnelle, notre vie sociale. Depuis un an, nous ne manquons pas de privations ! Mais justement, c’est lorsque notre vie est en souffrance, et que nous prenons conscience de notre finitude, de notre péché, que le Christ peut creuser en nous un chemin de salut, que sa miséricorde peut se manifester pleinement dans un cœur qui se laisse toucher.

Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, Jésus reprend les trois moyens du combat spirituel qui étaient traditionnels à l’époque : l’aumône, la prière et le jeûne, mais il nous invite à les vivre autrement, à renouveler l’esprit dans lequel nous voulons les vivre. Il nous demande de vivre cela dans la discrétion et dans une relation renouvelée avec Dieu, notre Père. Afin, comme il nous le dit, que nos gestes « ne soient pas connus des hommes, mais seulement de (notre) Père qui est présent dans le secret ; (notre) Père qui voit dans le secret (nous) le rendra. »
Il nous le rendra par l’œuvre du salut qu’il réalise en nous, c’est-à-dire la vie, la vraie Vie dont il nous comble par son amour et sa miséricorde. Nous avons tellement besoin d’être pardonnés de tout ce qui nous sépare de lui et des autres, de retrouver la paix et la joie de vivre.

La pandémie dans laquelle nous sommes plongés nous appelle à des conversions et cela peut orienter nos efforts de Carême. Ainsi le Seigneur nous délivrera de nos peurs, de nos idées noires, de nos replis sur nous-mêmes, de nos complotismes, pour nous donner la paix et le désir de nous donner aux autres par amour.

L’invitation à l’aumône, que Jésus place en premier, nous touche particulièrement en ce moment, car la pandémie et ses conséquences économiques engendrent de plus en plus de précarité. Nous prenons davantage conscience de la nécessité de construire une vraie fraternité et une solidarité locale et planétaire. Une fraternité qui est déjà à développer dans nos communautés paroissiales en ayant davantage souci les uns des autres. En prenant des nouvelles et en nous entraidant.
Mais aussi une fraternité universelle, comme le disait le bienheureux Charles de FOUCAULD, en nous engageant autant que possible dans la société pour prendre soin de tous. Je pense en particulier à ceux qui ne peuvent plus travailler, aux jeunes et aux étudiants démunis, aux personnes âgées qui meurent de solitude. Nous pouvons tous faire quelque chose à notre niveau. Et c’est en nous mobilisant ensemble que nous pouvons sortir des clivages qui se creusent actuellement dans la société et malheureusement aussi, dans l’Église.

Jésus nous invite ensuite à la prière. Il nous invite à nous retirer dans le secret de notre chambre pour cela. Nous comprenons bien que la chambre dont parle Jésus est d’abord celle de notre cœur, afin de ne pas être tenté de prier pour se faire remarquer, mais les confinements ont remis à l’honneur la prière personnelle et familiale. Le temps du Carême est une belle occasion pour développer la prière en famille, la méditation de la Parole de Dieu avec adultes et enfants. Les personnes seules peuvent aussi y contribuer par leur prière personnelle, mais aussi en priant avec d’autres.
Nous sommes appelés à retrouver le sens de l’Église domestique, socle de l’Église paroissiale. Donc pas une petite Église individuelle, mais une foi vivante qui rayonne au cœur de la famille, mais aussi dans le quartier et dans la paroisse ! Bien sûr, cela ne nous dispense pas de nous retrouver aussi à l’église pour prier ensemble et recevoir la grâce des sacrements ! L’anniversaire de l’exhortation apostolique AMORIS LAETITIA est l’occasion de nous replonger dans ce texte qui nous fait découvrir la beauté de la famille et de le lire à la lumière de ce que nous vivons en ce moment.

Enfin, Jésus nous invite à jeûner. Il ne s’agit pas seulement de se priver de quelques gourmandises ! La pandémie donne à cet appel du Christ une certaine gravité. Nous avons construit une société qui ressemble un peu à la tour de Babel comme nous le lisons dans le Livre de la Genèse : « Allons ! bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. » (Gn 11, 4) N’est-ce pas ce que nous faisons en voulant rejoindre le Ciel par nos moyens techniques, notre science, nos économies mondialisées ?
Un simple virus a tout bousculé et nous rappelle, à nous chrétiens, qu’il y a un seul moyen pour rejoindre le Ciel, c’est la Croix de Jésus. Car, comme le dit saint Paul : « … le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. » (Rm 1, 18) Comme chrétiens, nous savions cela, mais nous l’avions peut-être un peu trop oublié et le Carême peut nous aider à raviver notre foi et notre espérance en Jésus, le Sauveur du monde.

La nature a repris ses droits durant le premier confinement et nous avons davantage pris conscience de l’impact de l’activité humaine sur notre Maison commune. On ne peut plus recommencer comme avant, mais on ne sait pas bien comment faire à notre niveau personnel ! Le parcours de Carême proposé par nos services diocésains sur l’encyclique Laudato Si’ peut nous aider à faire un beau chemin ! On peut trouver ces fiches sur le site Internet du diocèse (https://www.diocese-quimper.fr/actualites/itineraire-de-careme-nous-invitant-a-nous-convertir-a-lecologie-integrale/).
Il est évident que cette pandémie a des aspects très négatifs, car elle provoque beaucoup de souffrance. Mais notre attitude dans cette tempête est déterminante. Nous pouvons la prendre en pleine face de façon passive et nous en sommes alors d’autant plus affectés, physiquement, moralement et spirituellement au point d’en devenir méchants et injustes, mais en ce temps de Carême, nous pouvons aussi l’accueillir comme un appel à la conversion, en prenant des initiatives pour faire grandir dans notre vie les trois vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité. La plus grande des trois étant la charité nous dit saint Paul ! Amen.

† Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon