Frères et sœurs, chers auditeurs qui nous écoutaient sur RCF,
La messe chrismale s’inscrit cette année dans un contexte social et mondial marqué par la violence, avec les guerres qui s’étendent et font beaucoup de victimes, mais aussi plus près de nous les violences quotidiennes, y compris au sein de nos quartiers, de nos familles parfois avec les violences conjugales !
Alors que je vais dans quelques instants bénir les huiles pour la célébration des sacrements, je voudrais souligner dans cette homélie à quel point les sacrements sont des facteurs de paix en ce monde. Même s’il peut paraître osé d’affirmer cela, n’oublions pas que les violences et les guerres viennent du cœur de l’être humain comme le rappelle Jésus : « C’est du cœur que proviennent les pensées mauvaises : meurtres, adultères, inconduite, vols, faux témoignages, diffamations. » (Mt 15, 19).
La paix du monde commence par la paix en nous et entre nous. Il n’y a pas d’autre chemin pour faire grandir la paix que celle d’accueillir la grâce de Dieu et de la faire fructifier en nous. C’est lorsque Dieu est rejeté que la violence se développe. Comme le dit Jésus : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jn 14, 27).
Le fait d’être chrétien et de vouloir mettre en œuvre l’Évangile dans nos vies nous pousse à promouvoir la paix de Jésus et à la faire grandir déjà dans nos relations quotidiennes. Dans les Béatitudes, Jésus nous appelle à l’être : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu. » Et précisément, ce sont bien les sacrements, donnés dans la foi, qui font de nous des chrétiens car la paix est un don de Dieu à recevoir.
En effet, les sacrements manifestent à notre égard le don de Dieu, comme des « bienfaits accordés par le Seigneur… l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu… » comme le dit Isaïe dans la première lecture. Un certain nombre de témoignages de catéchumènes disent à quel point la foi les a apaisés. Une paix différente de la tranquillité. Une paix intérieure qui révèle l’amour que le Seigneur a pour nous. Cela n’a pas changé nécessairement le quotidien de leur vie, mais cette paix a transformé leur estime de soi, leur a donné la joie et a transformé leurs relations. Autrement dit, ce qui est essentiel dans la vie !
Ces « bienfaits accordés par le Seigneur », ils vont en faire l’expérience très concrète dans quelques jours en recevant les sacrements de l’initiation chrétienne, mais nous qui sommes déjà baptisés, nous faisons aussi l’expérience de ce don de Dieu dans le sacrement du pardon qui renouvelle la grâce du baptême, et dans l’eucharistie bien sûr qui est la source et le sommet de toute notre vie chrétienne.
Dans quelques instants, je vais bénir les huiles des malades et des catéchumènes et je vais consacrer le Saint Chrême. Ces huiles deviendront source de paix pour tous ceux qui les recevront car elles manifestent concrètement le don de Dieu.
L’huile des malades manifeste le don de Dieu pour « soulager l’âme et l’esprit des malades qui en recevront l’onction, pour chasser toute douleur, toute maladie, tout mal physique, moral et spirituel. » Dans un contexte sociétal qui veut pouvoir provoquer la mort de façon légale pour ceux qui souffrent, le Seigneur veut au contraire accompagner les malades et les soutenir.
Bien sûr, il est nécessaire d’apaiser médicalement les souffrances physiques, mais cela ne suffit pas. Le soutien fraternel et spirituel est essentiel. Les aumôniers de la santé peuvent en témoigner. En ce sens, l’huile des malades est source de paix car elle apporte aux malades « la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir… » (Ph 4, 7) comme le dit saint Paul et qui permet au médecin comme à l’entourage familial et amical d’accompagner le malade de façon apaisée. Et n’oublions pas que le malade a aussi un témoignage à donner lorsqu’il reçoit le don de Dieu.
L’huile des catéchumènes est source de paix car elle donne la force aux catéchumènes de lutter contre le mal, et de sortir vainqueur du combat spirituel auquel tout chrétien est confronté. Ainsi, comme pour Jésus dans les tentations au désert, un ange vient les réconforter par cette onction. Ils recevront du Seigneur « intelligence et énergie » pour « comprendre plus profondément la Bonne Nouvelle et s’engager de grand cœur dans les luttes de la vie chrétienne. » Ils pourront ainsi devenir à leur tour des artisans de paix au sein de leur couple, de leur famille, de leurs relations quotidiennes et de la société en général.
Le Saint Chrême est source de paix car il manifeste le don du Saint Esprit dans le sacrement du baptême et de la confirmation et dans l’ordination des évêques et des prêtres. Or comme le dit saint Paul dans sa lettre aux Galates : « Le fruit de l’Esprit est : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. » (Ga 5, 22-23) Or, ces fruits sont précisément ceux dont on a absolument besoin pour devenir des artisans de paix en ce monde. « Laissons-nous conduire par l’Esprit » comme nous demande saint Paul.
Le Saint Chrême est aussi source de paix dans l’ordination des évêques et des prêtres précisément parce que, par eux, c’est le Christ lui-même qui construit son Église pour qu’elle soit Peuple de Dieu, corps du Christ, Temple de l’Esprit. Ce sont eux qui, grâce à ce don si particulier qu’ils reçoivent dans l’ordination, célèbrent justement les sacrements, source de paix, dans le monde entier.
Ainsi, le Seigneur continue son œuvre de Salut. À nous d’en être les acteurs en mettant notre vie à la disposition de Dieu qui a besoin de nous pour répandre sa paix. Comme le disait saint Augustin : « Si vous désirez que les autres aussi soient en paix, soyez-y vous-mêmes, restez-y vous-mêmes. Pour embraser les autres, que la paix de votre charité soit en vous tout ardente[1] ».
Comme l’exprimait le pape Léon XIV, la parole que le Christ adresse aux apôtres : « La paix soit avec vous » ( Jn 20, 19.21) est (une parole) qui non seulement souhaite, mais réalise un changement définitif en celui qui l’accueille et, ainsi, dans toute la réalité. C’est pourquoi les successeurs des Apôtres donnent de la voix, chaque jour et dans le monde entier, à la plus silencieuse révolution : « La paix soit avec vous ! (…) Il s’agit de la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement.[2] » Et cela, il le manifeste concrètement dans les sacrements et par les huiles saintes que je vais maintenant bénir. Amen.
X Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon
[1] Augustin d’Hippone, Discours 357, 3
[2] Message du Pape Léon XIV pour la 59ème journée Mondiale de la Paix