So 2, 3 ; 3, 12-13 ; Ps 145 (146) ; 1 Co 1, 26-31 ; Mc 5, 1-12a
Emmanuel et Pierre,
Aujourd’hui, l’Esprit Saint se manifeste à vous pour vous consacrer dans ce ministère de diacre. Mais qu’est-ce qu’un diacre ? Il n’est pas facile de le décrire et je ne sais pas comment vous l’avez expliqué à votre entourage, car on s’attache surtout à décrire les tâches qu’un diacre peut accomplir et il est plus difficile de décrire ce qu’il devient dans son être. Oui, bien sûr, un diacre a un ministère repérable. Vous célébrerez des baptêmes, des mariages, vous assurerez de temps en temps la prédication. Mais la part la plus importante sans doute, c’est ce qui ne se voit pas. Car par ce sacrement de l’ordination, le Seigneur va toucher votre être le plus profond.
Par le don de Dieu, c’est votre vie dans sa globalité qui recevra une grâce particulière. Il y aura de la nouveauté dans l’amour de votre couple et de vos enfants, dans les relations que vous avez dans votre métier ou vos engagements associatifs et bien sûr aussi dans l’Église. Et les humbles actes de votre ministère auront une portée beaucoup plus importante que ce que vous pouvez en voir. Avec la grâce de Dieu, cela touchera beaucoup de gens.
Pour essayer d’entrer dans la profondeur de ce ministère de diacre, j’aimerais commenter ce qui est résumé en une phrase dans le rituel d’ordination : « Ayant reçu le don de l’Esprit qui les fortifie, les diacres apporteront de l’aide à l’évêque et à son presbyterium , dans le ministère de la Parole, de l’autel et de la charité, en se montrant les serviteurs de tous[1] ».
« Ayant reçu le don de l’Esprit Saint qui les fortifie ». Par cette phrase, nous comprenons déjà que le ministère de diacre est une œuvre divine. C’est Dieu qui vous appelle et qui vous envoie, et c’est lui qui vous en donne la force. Je n’irai pas jusqu’à dire comme saint Paul dans la 2e lecture : « Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas de gens puissants ou de haute naissance. » Mais, je dirai volontiers comme saint Paul « Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages… pour couvrir de confusion ce qui est fort… »
En effet, vous n’avez pas été appelés d’abord pour vos qualités personnelles, qui sont par ailleurs importantes, mais l’Église a discerné en vous l’œuvre de l’Esprit Saint dans différents aspects de votre vie, et durant vos années de formation, nous avons reconnu que c’était bien le Seigneur qui vous appelait et qui vous préparait à entrer dans ce ministère diaconal, c’est-à-dire du service. Et maintenant, par ce sacrement, l’Esprit de Dieu vous fortifie pour que vous puissiez faire fructifier ce don dans votre vie et les missions que je vous confierai.
La suite de la phrase du rituel parle « d’aide que vous apporterez à l’évêque et à son presbyterium dans le ministère de la Parole, de l’autel et de la charité. »
Les diacres apportent en effet une aide précieuse à l’évêque et aux prêtres dans des missions diocésaines et paroissiales. Il y a quelques années, les curés ne savaient pas trop quoi confier aux diacres, mais maintenant, les paroisses qui n’en ont pas, en ressentent le manque parce que nous pourrions qualifier cette « aide » dont parle le rituel, comme une véritable « complémentarité ».
Cette complémentarité, vous l’apporterez en annonçant l’Évangile, la Bonne Nouvelle du Salut là où vous vivez, par votre prédication qui se nourrira de ce que vous vivez dans votre famille, votre métier, vos engagements. Également par les enseignements que vous pourrez apporter pour contribuer à la formation des catéchumènes, mais aussi à tous les fidèles. Je pense notamment à la création et l’accompagnement de Petites Fraternités Chrétiennes Locales qui sont de vrais lieux de ressourcement où la Parole de Dieu est accueillie et méditée dans des relations fraternelles si importantes aujourd’hui.
Cette complémentarité, vous l’apportez aussi à l’autel, c’est-à-dire dans la liturgie. On pense bien sûr aux baptêmes, aux mariages, aux obsèques que vous pourrez célébrer, mais aussi dans l’humble service que vous accomplissez au cours de la messe où votre place est là aussi complémentaire, car elle manifeste par des gestes liturgiques un rappel adressé à tous que Jésus s’est mis à notre service et a donné sa vie pour nous et que nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères.
Une aide aussi dans « le ministère de la Charité ». Vous remarquez que le rituel ne parle pas de « ministère pastoral », car ce sont les évêques et les prêtres qui sont appelés à être les pasteurs, les bergers des brebis au nom de Jésus. Ce qui est aussi un service de la Charité ! Mais votre ministère de la Charité, Jésus l’exprime dans les Béatitudes que nous avons entendues dans le passage d’Évangile. Le diacre manifeste par sa vie ce souci d’être doux, miséricordieux, artisan de paix, et de pleurer avec ceux qui pleurent, de partager la souffrance de Jésus pour sauver l’humanité.
Bien sûr tous les baptisés doivent vivre cela au point que le pape François désignait les Béatitudes comme la carte d’identité du Chrétien. Pourquoi ? Parce que Jésus a incarné par toute sa vie ces Béatitudes et qu’il nous a demandé de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. Le diacre a donc un rôle d’incitateur pour nous rappeler cela et nous encourager à les mettre en œuvre dans notre vie.
Comme le disait le pape François à l’occasion du jubilé des diacres[2] : « … le diacre, personnellement investi d’un ministère qui le conduit aux périphéries du monde, s’engage à voir – et à enseigner aux autres à voir – en tous, même en ceux qui se trompent et font souffrir, une sœur et un frère blessés dans l’âme, et donc ayant plus besoin que quiconque de réconciliation, d’accompagnement et d’aide. »
Enfin, le rituel nous dit que le diacre doit être « le serviteur de tous ». Votre faire-part d’ordination représente Jésus lavant les pieds de ses disciples. Par ce geste hautement symbolique, Jésus nous invite tous à nous mettre au service les uns des autres. Là encore, le diacre est là pour nous inciter à être tous des serviteurs dans un contexte de société où la priorité est mise sur son développement personnel, son bien-être, ses droits, mais qui devient malheureusement souvent de l’égoïsme, du chacun pour soi.
Le diacre, puisqu’il est configuré au Christ Serviteur, nous montre par son ministère que Jésus n’a pas pensé à protéger sa vie, mais au contraire l’a offerte pour nous délivrer du mal et de la mort. Le diacre a cette vocation d’entraîner tout le monde à se mettre au service des autres et du bien commun.
Comme le disait encore le pape François : « Votre action concertée et généreuse sera ainsi un pont qui reliera l’Autel à la rue, l’Eucharistie à la vie quotidienne des gens. La charité sera votre plus belle liturgie et la liturgie votre plus humble service. »
Vous pourrez dire alors comme Jésus : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22, 27). Amen.
+ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon
[1] Rituel de l’ordination no199
[2] Jubilé des diacres — Sainte messe et ordinations diaconales — Homélie du pape François lue par son Excellence Mgr Rino Fisichella — Basilique Saint-Pierre — VIIe dimanche du Temps ordinaire, 23 février 2025