Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  1er mai 2026 — Année A – Pardon de saint Guénolé et Pèlerinage diocésain des vocations — Abbaye Saint-Guénolé — (Landévennec) (29)

1er mai 2026 — Année A – Pardon de saint Guénolé et Pèlerinage diocésain des vocations — Abbaye Saint-Guénolé — (Landévennec) (29)

Gn 28, 10-17 ; Ps 111 ; Jn 15, 1-8

Frères et sœurs,

Nous célébrons cette année le pèlerinage des vocations au cours du pardon de saint Guénolé et dans son abbaye qui a vu naître les premières communautés chrétiennes dans ce bout de la terre, le Penn ar bed. C’est une magnifique opportunité de se rappeler que depuis la fin du 5e siècle, des hommes ont entendu ici l’appel du Seigneur à ne vivre que pour lui et à consacrer leur vie dans la prière, le travail et la vie communautaire. 

L’hagiographe de saint Guénolé, moine de l’abbaye au 9e siècle, dit qu’aux heures privilégiées du crépuscule, on voyait le ciel ouvert, et au-dessus du monastère, les anges de Dieu descendre et remonter… Comme dans le songe de Jacob que nous avons entendu en première lecture. Et Jacob ajoute : « En vérité, le Seigneur est en ce lieu ! Et moi je ne le savais pas. » Nous pourrions le dire pour l’abbaye saint Guénolé !

Ce n’est pas un hasard si des personnes très nombreuses viennent se ressourcer en ce lieu. Et c’est aussi pour cette raison que depuis l’an dernier je viens prêcher ici les récollections des catéchumènes et des confirmands adultes. La plupart découvrent l’abbaye et y vivent une belle expérience spirituelle. Ils peuvent y découvrir, comme Jacob, que « c’est la Maison de Dieu, la porte du ciel ! » et y revenir par la suite pour s’y ressourcer.

Faire pèlerinage ici, c’est une manière de nous enraciner dans la foi de nos ancêtres et des moines qui se sont succédé dans cette abbaye, de nous confier à leur prière et aussi de prier pour que, aujourd’hui, des jeunes entendent à leur tour l’appel du Seigneur à se consacrer ici même à Dieu dans la vie monastique. Car le lieu est saint parce qu’il y a des moines qui y consacrent leur vie.

Comment ne pas être remué intérieurement par cet appel de Jésus : « Priez le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson. » Pourquoi faut-il prier pour cela ? 

Dieu qui nous aime, a-t-il besoin de nos prières pour savoir quels sont les besoins que nécessite l’annonce de la Bonne Nouvelle dans le contexte historique qui est le nôtre aujourd’hui ? 

J’aimerais creuser cette question dans cette homélie. Au fond, pourquoi prier pour les vocations et quelles sont les conditions pour que notre prière soit entendue ?

Quand on parle de vocations, nous pourrions parler de tous les baptisés, car nous avons tous une vocation à engager notre vie d’une manière ou d’une autre à la suite du Christ pour la croissance du Royaume de Dieu. Mais dans ce pèlerinage des vocations, j’aimerais parler plus spécifiquement des vocations sacerdotales et religieuses. 

D’abord, pourquoi prier pour ces vocations spécifiques ? 

En fait, saint Augustin, dans sa lettre à Proba sur la prière, est très clair là-dessus : « Dieu notre Seigneur ne veut pas être informé de notre désir, qu’il ne peut ignorer. Mais il veut que notre désir s’excite par la prière, afin que nous soyons capables d’accueillir ce qu’il s’apprête à nous donner. »

En effet, le Seigneur sait, mieux que nous, quels sont nos besoins pour la moisson, c’est-à-dire pour l’annonce de l’Évangile et la célébration des sacrements. Notre prière pour les vocations ne cherche donc pas à le convaincre. Il sait mieux que nous ce qu’il a à faire et il ne manque pas d’appeler des personnes. Mais savons-nous créer les conditions pour que ses appels soient entendus et accueillis ? 

Cette prière vise donc à exciter notre désir d’accueillir les vocations qu’il s’apprête à nous donner. D’une part, ceux qui reçoivent un appel particulier, et d’autre part, ceux qui sont censés les éclairer et les accompagner, autrement dit chacun de nous. 

Quand saint Augustin dit que la prière excite notre désir, cela concerne donc bien sûr les personnes que le Seigneur appelle à devenir prêtres ou religieux, religieuses. L’appel de Dieu se manifeste par une paix et une joie intérieure, une attirance, à l’idée de donner sa vie entière pour le Seigneur. C’est par la prière que nous pouvons ressentir cette joie spirituelle. Il ne s’agit pas d’une ambition personnelle ou d’un projet professionnel. 

D’ailleurs, l’appel du Seigneur est toujours déroutant, il se manifeste alors que la personne poursuit ses études pour acquérir des compétences professionnelles ou travaille déjà dans tel ou tel domaine, et elle est touchée en plein cœur par le Seigneur qui la pousse à emprunter un tout autre chemin. Cet appel nécessite un discernement en Église qui prend des années, mais c’est bien par la prière et l’intériorité que le Seigneur se manifeste.

Mais nous pouvons aussi comprendre la phrase de saint Augustin par le fait que la prière excite aussi le désir de ceux qui ne sont pas eux-mêmes appelés à une telle vocation, mais qui ont la responsabilité de les accompagner, de les soutenir dans leur discernement et leur cheminement. Je veux parler déjà des parents qui ont à se convertir pour accepter qu’un de leurs enfants se sente appelé. 

Il arrive souvent que des parents essaient de dissuader leur enfant de répondre à cet appel, pensant à tort que leur enfant ne sera pas heureux, ou peut-être eux-mêmes déçus de ne pas avoir de descendance. En fait, s’il est vraiment appelé par le Seigneur, leur enfant rayonnera de la joie profonde de se donner et multipliera les fruits au sein de toute la famille. 

Mais pensons aussi à nous, aux communautés chrétiennes, qui ont la responsabilité d’exprimer vis-à-vis des jeunes leur besoin de recevoir ce don de Dieu dans les vocations sacerdotales ou religieuses que le Seigneur leur donne et de les accompagner dans leur discernement. 

Comme l’écrit le pape Léon XIV : « Ce n’est que si nos milieux rayonnent d’une foi vivante, d’une prière constante et d’un accompagnement fraternel, que l’appel de Dieu pourra s’épanouir et mûrir, devenant un chemin de bonheur et de salut pour chacun et pour le monde. » 

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus dit : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. » Jésus nous promet donc d’être exaucé, mais il y met une condition… c’est d’être habités par sa présence et nourris par sa parole. 

Et encore faut-il avoir la foi, c’est-à-dire croire que c’est vraiment Dieu qui se manifeste en appelant des jeunes à ces vocations particulières, mais également croire que l’Église a vraiment besoin de ces vocations pour accomplir sa mission. N’oublions pas qu’il y a encore peu de temps, certains disaient haut et fort qu’il fallait que les paroisses se préparent à ne plus avoir de prêtres ! Non seulement nous avons besoin de prêtres, de religieux et de religieuses, mais c’est vital pour l’Église. 

Frères et sœurs, dès son plus jeune âge saint Guénolé a été attiré par le Seigneur et soutenu dans sa vocation, d’abord par ses parents Fragan et Gwen, puis par le moine Budoc. Prions-le de faire grandir notre foi et notre désir d’accueillir ceux et celles que le Seigneur veut nous donner comme prêtre, religieux, religieuse, moine, pour annoncer l’Évangile dans le Finistère. Amen.

+ Laurent DOGNIN

Évêque de Quimper et Léon