Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  23 octobre 2026 — Année A — Pèlerinage des chefs d’établissements de l’Enseignement catholique du Finistère à Rome — Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs — (Rome) (Italie)

23 octobre 2026 — Année A — Pèlerinage des chefs d’établissements de l’Enseignement catholique du Finistère à Rome — Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs — (Rome) (Italie)

Ep 4, 1-6 ; Ps 23 (24), 1-2.3-4ab.5-6 ; Lc 12, 54-59

Frères et sœurs,

Le fil rouge de cette journée est donc : « Un envoi pour vivre l’Évangile et partager une vie fraternelle. » C’est un thème assez large !

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous parle de la météo. Je ne sais pas si c’est votre cas, mais il m’arrive assez souvent de consulter la météo sur mon smartphone lorsque nous avons un événement à vivre. Sachant qu’en Bretagne, même lorsqu’il fait beau, nous prenons quand même notre parapluie ! C’est une habitude bien de chez nous.

À l’époque de Jésus, et même encore du temps de nos anciens, il n’y avait évidemment pas de smartphone et nous ne disposions pas toujours de la radio pour connaître les prévisions météorologiques. Les gens observaient le ciel, regardaient d’où venait le vent, exactement comme Jésus l’évoque dans l’Évangile. Ils cherchaient à reconnaître les signes qui pouvaient leur donner des indications sur le temps à venir. Et nous comprenons bien combien cela était important, notamment pour l’agriculture et l’élevage.

Or, Jésus s’appuie précisément sur cette capacité à reconnaître les signes météorologiques pour souligner que certains pharisiens et sadducéens, pourtant capables d’interpréter les signes du temps, ne reconnaissaient pas ceux qu’il leur donnait. Quels étaient ces signes ? Nous les retrouvons fréquemment dans les Évangiles.

Tout d’abord, Jésus parlait avec autorité. Ses auditeurs percevaient bien que sa parole n’était pas comme celle des scribes et des pharisiens. Il y avait quelque chose de particulier dans son enseignement, quelque chose qui leur semblait venir de Dieu.

Il y avait également les miracles qu’il accomplissait. Pourtant, certains pharisiens ne reconnaissaient pas que ces signes venaient de Dieu, qu’ils manifestaient véritablement la présence de Dieu au milieu d’eux. C’est pourquoi ils ne croyaient pas en Jésus. Certains allaient même jusqu’à attribuer ses miracles à Béelzéboul, c’est-à-dire au démon. Ils en inversaient complètement le sens !

Je trouve ce témoignage très important, car nous sommes nous-mêmes invités à discerner les signes que le Seigneur nous donne.

Il y a d’abord des signes personnels, liés à notre propre histoire, aux événements de notre vie et aux expériences que nous pouvons faire. Lorsque je lis les lettres des catéchumènes qui demandent le baptême, et qui sont encore plus nombreux cette année en vue de Pâques prochain, je découvre les signes qu’ils ont eux-mêmes discernés et qu’ils évoquent dans leurs témoignages. Ce sont parfois des signes très étonnants. Par exemple, une personne écrit : « Chaque fois que j’entrais dans une église, je ressentais une grande paix intérieure. Je me suis dit qu’il y avait quand même quelque chose. » C’est cette expérience qui lui a donné envie de chercher plus loin.

Cela peut être aussi la guérison d’un proche, une guérison physique, ou bien d’autres événements encore. Il existe toutes sortes de témoignages qui révèlent des signes que nous pouvons percevoir dans notre vie personnelle et qui nous permettent de reconnaître la présence du Seigneur.

Mais il existe également des signes plus ecclésiaux, plus larges, qui ne concernent pas seulement notre histoire personnelle. Je voudrais vous donner un exemple très récent : la venue du pape Léon XIV en France. Pourquoi est-il venu en France ? Cette visite a notamment permis de mettre en lumière l’augmentation très importante et assez surprenante du nombre de catéchumènes dans notre pays. Le Pape a lui-même manifesté son étonnement et sa joie devant ce phénomène. Il a voulu comprendre cette augmentation si surprenante du nombre de catéchumènes. Il a également souhaité encourager l’Église de France, dans un pays réputé très laïque, où l’Église cherche à poursuivre sa mission. Il a lui-même reconnu dans cette augmentation un signe divin. Et nous aussi, nous y reconnaissons un signe divin.

Cette venue du Pape a également été assez spectaculaire par le nombre de personnes qui se sont rassemblées. Beaucoup n’étaient pas nécessairement chrétiennes, ou du moins pas très pratiquantes, mais elles se sont senties attirées par cet événement.

Tout cela constitue pour nous des signes que le Seigneur nous donne.

Pour pouvoir témoigner de notre foi, nous avons besoin de discerner ces signes. Si nous ne les discernons pas, notre foi risque de rester très intellectuelle. Nous aurons peut-être acquis des connaissances et découvert des choses importantes, mais notre foi ne sera pas véritablement vécue avec le cœur, dans cette expérience personnelle de l’amour du Seigneur, qui se manifeste à nous dans notre propre vie et dans la vie du monde.

Le pape François, dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, sur la joie de l’Évangile, insiste précisément sur cette nécessité de faire personnellement l’expérience de l’amour du Christ pour pouvoir en témoigner (cf. EG, n° 120 et 264).

Il l’évoque notamment à propos de la catéchèse. Comment être catéchiste aujourd’hui si nous n’avons pas nous-mêmes fait l’expérience de la présence et de l’amour du Seigneur dans notre vie ? Sans cette expérience, notre témoignage risque de rester très superficiel (cf. EG, n° 164-165).

Je trouve que ce pèlerinage a justement été l’occasion, pour chacun de nous, moi comme vous, de vivre un certain nombre d’expériences. Et, au terme de ce pèlerinage, il me paraît important que nous prenions le temps de discerner, dans tout ce que nous avons vécu, les signes que nous avons perçus et qui nous ont aidés à grandir dans la foi. Ces signes peuvent être liés à une célébration, à une visite ou à un moment particulier. Il me semble essentiel que nous sachions les reconnaître et les nommer. Que nous puissions nous dire, par exemple : « À tel moment, quelque chose m’a particulièrement touché. J’ai senti que le Seigneur se manifestait. » C’est précisément ce discernement qui nous permettra, à notre retour, de témoigner auprès de nos proches. Bien sûr, vous aurez beaucoup de choses à raconter ! Vous ne parlerez peut-être pas uniquement du pot que vous avez pris au restaurant de l’Étoile, tout en haut ! Vous pourrez aussi partager d’autres expériences. Et je trouve que le véritable témoignage que vous pourrez apporter sera justement celui de ce que vous aurez discerné de la manifestation du Seigneur dans votre vie, au cours de ce pèlerinage. Car le Seigneur se manifeste. Dans un pèlerinage, il y a toujours des grâces qui nous sont données. Il nous appartient de les accueillir, de les percevoir et de les reconnaître, pour pouvoir ensuite en témoigner auprès des autres.

Alors, que le Seigneur nous aide, les uns et les autres, à savoir reconnaître et nommer tous ces beaux signes que nous avons pu recevoir durant ce pèlerinage. Amen.

✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon