2R 4, 8-11.14-16a ; Ps 88 ; Rm 6, 3-4.8-11 ; Mt 10, 37-42
Frères et sœurs,
Les textes que nous venons d’entendre nous donnent un bon éclairage sur les fondements de notre vie chrétienne et rejoignent donc plusieurs intuitions fortes de la Communauté de l’Emmanuel qui est de témoigner de la présence de Dieu dans le monde, de sa proximité et de son amour pour chacun.
En entrant dans la Communauté, vous avez fait l’expérience à un moment ou un autre de l’effusion de l’Esprit Saint. Vous avez alors compris qu’il ne suffisait pas d’être baptisé, et même confirmé, pour être un chrétien authentique. Ce qui compte, c’est la manière avec laquelle nous allons incarner cela dans notre vie quotidienne en faisant porter du fruit aux dons de l’Esprit. C’est ce que saint Paul exprime dans la deuxième lecture lorsqu’il affirme que nous avons été baptisés : « afin que nous menions nous aussi une vie nouvelle » (Rm 6, 4).
Mais qu’est-ce que cette « vie nouvelle » concrètement ? Et en quoi est-elle « nouvelle » ?
Dans ces lectures, j’ai relevé six aspects, mais j’aurais pu en relever davantage et nous allons voir que l’Esprit Saint y a un rôle essentiel.
- Il y a d’abord un préalable ! C’est de penser que, par le baptême et la confirmation, nous sommes morts au péché, dit saint Paul. La vie nouvelle dans le Christ passe par le renoncement au mal et au péché. Il ne faut pas minimiser la puissance de l’esprit du mal qui se manifeste actuellement de façon très forte dans les dérives ésotériques, les idéologies, les addictions et les tentations de tous ordres. Ne nous croyons pas trop solides. Nous avons besoin de la force de l’Esprit Saint pour ne pas nous laisser entrer en tentation comme on le demande dans le Notre Père. L’Esprit Saint est donc aussi notre Défenseur comme dit Jésus.
- Le chrétien ne croit pas seulement au Christ, il vit « avec lui », pour reprendre une expression de saint Paul. « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). C’est ainsi que l’on peut comprendre cette parole étonnante de Jésus dans l’Évangile de ce jour : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. »
Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas à aimer ceux qui nous sont le plus chers, mais que l’amour du Christ est d’un autre ordre, et il est supérieur, car, par l’Esprit Saint, il vient habiter notre cœur de croyant et transformer toute notre existence, ce que ne font pas nos proches. En renouvelant la consécration du diocèse au Sacré-Cœur de Jésus, j’ai voulu non seulement rappeler cela à tous, mais aussi inviter les fidèles à réitérer ce geste d’amour et à remettre ainsi Jésus au cœur de notre vie. Et justement, les membres de la Communauté sont bien appelés à être des témoins de la Miséricorde qui jaillit du Cœur transpercé de Jésus.
- Ensuite le chrétien baptisé et confirmé prend l’Évangile comme boussole et Jésus comme modèle. Pour un chrétien, l’Évangile doit être une nourriture quotidienne. La vie et les paroles du Christ doivent nous habiter dans tous les actes de notre existence, nos choix de vie, nos relations et même nos activités professionnelles. J’ajoute que méditer l’Évangile avec les autres permet aussi d’y entrer plus profondément et d’en avoir une interprétation plus ajustée. Là aussi, c’est par le don de l’Esprit Saint que l’Évangile a un impact sur le quotidien de nos vies. C’est ce que vous mettez en œuvre notamment dans vos Maisonnées.
- N’oublions pas non plus la fidélité au Magistère de l’Église. Dans une période de l’histoire où la vérité est bien malmenée, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, la parole de l’Église, qui se nourrit des Écritures à la lumière de l’Esprit Saint, analyse sans cesse ce qui se passe dans le monde, que ce soit dans le domaine de la morale ou de l’éthique, comme en ce moment avec les débats sur la fin de vie, mais aussi, plus largement, sur la situation de l’humanité et ses défis, comme nous le rappelle le pape Léon XIV dans son encyclique Magnifica Humanitas. Il y actualise de façon très exhaustive la doctrine sociale de l’Église par rapport à la situation actuelle du monde. Comme chrétiens, nous avons à lire ces textes et à nourrir ainsi, avec le don de l’Esprit Saint, notre capacité à discerner ce qui est vrai.
- Je souhaite souligner que la vie nouvelle dans le Christ, c’est aussi « perdre sa vie à cause de Jésus », « prendre sa croix », comme nous le demande Jésus dans l’Évangile de ce jour. Cette expression peut choquer, mais elle exprime l’amour dans son degré le plus élevé : quand on renonce à tout individualisme et à tout égoïsme et que toute notre vie devient, par amour, au service des autres et du bien commun. Comme le dit saint Jean : « Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi devons donner notre vie pour nos frères. » (1 Jn 3, 16)
« Perdre sa vie », certes, mais avec cette promesse de Jésus : « Qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 10, 39). Nous comprenons par-là, bien sûr, la promesse qu’il nous fait de vivre pour toujours avec lui. C’est là que nous voyons que tout se tient : si nous ne croyons pas en la vie éternelle avec Jésus, comment pourrions-nous accepter de « perdre notre vie », alors que nous n’en avons qu’une ?!
Et la résurrection n’est pas seulement la promesse de vivre avec Dieu après notre mort. Jésus nous sauve dès maintenant et nous fait entrer dans sa vie divine qui est éternelle, et qui trouvera son accomplissement après notre mort. Comme le dit saint Paul dans le texte de ce jour : « Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. » Et là, saint Paul évoque le baptême qui nous unit à la mort et à la résurrection de Jésus, mais il évoque aussi l’ensemble de notre vie chrétienne qui nous met déjà le pied dans la vie éternelle.
La vie nouvelle est donc totalement liée à notre foi en la vie éternelle avec le Christ. C’est cela qui a donné la force aux martyrs de tenir bon dans la persécution, c’est aussi cela qui donne sens notamment au célibat consacré dans lequel s’est engagé un certain nombre de membre de la Communauté, laïcs ou ministres ordonnés.
- Enfin j’aimerais souligner l’importance vitale de témoigner de sa foi. C’est le plus beau cadeau que nous puissions faire à ceux que nous rencontrons. Témoigner de sa foi avec audace est aussi un des fondements de la Communauté de l’Emmanuel. De plus en plus de gens actuellement cherchent un sens à leur vie face à un monde bouleversé. Le Seigneur compte sur nous pour se faire connaître à lui, mais aussi en témoignant par notre charité et le don de nous-mêmes.
Pour conclure, frères et sœurs, nous voyons bien que cette vie nouvelle dans laquelle le baptême et la confirmation nous ont fait entrer n’est pas donnée telle quelle. C’est un chemin de sainteté qui s’ouvre, une « vie nouvelle » à construire, sans cesse à renouveler, à questionner et à nourrir tout au long de notre existence grâce aux dons multiples de l’Esprit Saint. Pour nous y aider, la vie en Église est essentielle et la vie de la Communauté de l’Emmanuel est là aussi pour nous y aider.
Frères et sœurs, chers amis, invoquons l’Esprit Saint au cours de cette messe afin que nous soyons tous renouvelés dans notre foi et dans notre vie nouvelle avec Jésus. Amen.
✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon